« J’ai tué mon pote » : Au tribunal de Créteil, la chute de Koba LaD, condamné à six ans de prison pour homicide involontaire
Montrez votre soutien aux forces de l’ordre en ajoutant notre média à vos favoris sur GoogleLe silence est tombé comme un couperet dans la 11e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Créteil. Ce mercredi, Marcel Junior Loutarila, plus connu sous le nom de Koba LaD, a été condamné à six ans de prison ferme pour homicide involontaire aggravé après un accident dramatique survenu le 10 septembre 2024. À ses côtés dans la voiture, son ami et styliste William Dogbey, 30 ans, a perdu la vie sur le coup.
« J’ai tué mon pote », a lâché le rappeur à la barre, la voix tremblante, le regard vide. « Je dors mal, j’ai mal à la tête, je n’ai pas pu aller à son enterrement. Je n’ai pas pu dire un mot à son père. »
Un drame aux airs de récidive
Le choc s’est produit sur l’autoroute A86, alors que le rappeur circulait à vive allure au volant d’une Audi RS4. Comme le relate Libération, sous l’emprise du cannabis, il percute un camion stationné près d’une station-service. L’expertise conclura à une vitesse excessive : 103 km/h lors d’un premier impact, 90 km/h lors du second, là où la limite pour un jeune conducteur était fixée à 80 km/h.
Le scénario rappelle un précédent : en novembre 2020, à Marseille, Koba LaD avait déjà provoqué un accident en grillant un stop. Il avait ensuite pris la fuite à pied, abandonnant la conductrice blessée sans assistance. « C’était déjà les prémices de ce qu’on a aujourd’hui », a martelé le procureur Jean-Baptiste Doubliez, qui a requis sept ans de prison ferme. Le tribunal a finalement opté pour une peine d’un an de moins.
Le deuil impossible d’une famille
À la barre, les mots des proches de William Dogbey ont pesé lourd. « J’aurais aimé voir Junior, pas Koba. J’espère que tu prendras un jour la mesure de tes actes », a déclaré Lauriane, la compagne du défunt, mère de leurs deux jeunes enfants. Le père de William, Luc Dogbey, s’est montré digne : « Ils s’aimaient énormément. Ce soir-là, ils sont passés me voir. On a passé un bon moment. Puis la nuit est tombée sur notre famille. »
La sœur et le frère de la victime, ainsi que ses amis, présents en nombre dans la salle, ont écouté les excuses de l’artiste, partagés entre chagrin et incompréhension. Dans un moment de tension, la petite amie de William, rescapée de l’accident, a crié : « Koba, t’as fait quoi ? » Elle se souvient : « J’ai mis du temps à comprendre que j’étais vivante. Puis j’ai regardé William… son visage… »
Un parcours judiciaire en dents de scie
Artiste à succès, Koba LaD était aussi un habitué des prétoires. Sept condamnations figurent à son casier. En janvier dernier, il écopait de 15 mois ferme pour violences contre son ex-manager. En mars, il était mis en examen dans une affaire d’évasion liée au narcotrafiquant Mohamed Amra. Même en détention, il cumule les incidents : saisies de téléphones et de cannabis en cellule.
« La contrition de façade ne suffit pas », a lancé le procureur, qui a exclu toute alternative à la détention. Pour lui, les faits sont indiscutables : « La vitesse est mesurée, le THC détecté. Ce sont des mathématiques et de la médecine. »
L’homme derrière l’artiste
Pour sa défense, les avocats de Koba LaD ont tenté de séparer la célébrité de l’homme. « Ne jugez pas le rappeur, jugez le justiciable Marcel Loutarila », a plaidé Me Stéphane Cherqui. Son confrère, Me Arthur Vercken, a exhorté le tribunal à ne pas se laisser submerger par « la détestation de ce qu’il est ».
Dans un dernier mot, l’artiste a tenté, une fois encore, de présenter ses regrets : « Je suis fautif de A à Z. Je ne cherche pas d’excuse. À cause de moi, j’ai tué mon pote. » Une confession qui n’a pas suffi à convaincre tout le monde. « Je me demande si c’est sincère », a soufflé Thomas, le frère de la victime.
Verdict sans appel
En plus des six ans de prison, le tribunal a prononcé l’annulation du permis de conduire du rappeur, l’interdiction de le repasser pendant dix ans, et l’interdiction de tout contact avec les victimes pendant trois ans. Ses avocats ont dix jours pour faire appel.
À 25 ans, celui qui était monté en flèche depuis sa cité d’Évry avec l’album VII voit sa carrière brisée net. La success-story s’est transformée en tragédie. Le deuil, lui, reste en suspens pour la famille Dogbey. « Pour faire société, on doit être rattrapé par la justice, » a dit le père du défunt. Ce jour-là, elle est passée.
À lire également
Deux surveillants blessés par un détenu lors d’un changement de cellule à Saint-Brieuc, une enquête ouverte
262 détenus et 55 matelas au sol à la prison de Pau, les syndicats menacent d’un blocage total
Trois détenus transférés de Domenjod vers l’Hexagone après la bagarre générale, une première à La Réunion
