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Attentat à la prison de Condé-sur-Sarthe : ouverture du procès du « club des cinq » djihadiste

·La rédaction ⏱ 4 min
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Ce lundi s’ouvre à Paris le procès de Michaël Chiolo et de quatre autres détenus radicalisés, accusés d’avoir fomenté une attaque contre des surveillants à la prison de Condé-sur-Sarthe en 2019. Un acte revendiqué au nom de l’État islamique.

PARIS — C’est une plongée dans l’univers carcéral radicalisé et les failles du dispositif de sécurité que propose le procès qui débute ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris. Michaël Chiolo, 33 ans, y comparaît pour l’attaque violente de deux surveillants pénitentiaires à Condé-sur-Sarthe (Orne) en mars 2019, aux côtés de quatre autres détenus présentés comme ses complices au sein d’un groupe djihadiste surnommé le « club des cinq » comme le relate Le Parisien.

Le dossier, complexe, mêle projet terroriste prémédité, influence idéologique en détention et remise en question de l’efficacité du renseignement pénitentiaire. Il éclaire une nouvelle fois les espaces conspiratifs en prison : après la crêperie de Villejuif ou la boucherie de Brest, c’est désormais la salle de convivialité de l’aile MC2 qui est au cœur des débats judiciaires.

Une attaque préméditée et revendiquée

Le 5 mars 2019, Michaël Chiolo, détenu de droit commun converti à l’islam radical, bénéficie d’un moment en unité de vie familiale (UVF) avec sa compagne, Hanane Aboulhana. Vers 9 heures, il indique vouloir interrompre la visite. Lorsque deux surveillants interviennent, le couple les attaque avec des couteaux en céramique aux cris de « Allahou akbar ». Les agents, grièvement blessés, parviennent à s’échapper. Le couple se retranche alors, prétendant être porteur d’explosifs.


Après de longues heures de siège, le Raid donne l’assaut. Le couple tente une nouvelle attaque en projetant un liquide acide. Hanane Aboulhana est abattue, Chiolo grièvement blessé. Il revendique aussitôt l’attaque au nom du groupe État islamique, déclarant vouloir venger la mort de Chérif Chekatt, auteur de l’attentat de Strasbourg qu’il avait côtoyé en détention.

Le rôle central d’un groupe radicalisé

L’enquête met rapidement en lumière les liens de Chiolo avec quatre autres détenus radicalisés, avec qui il partageait la salle de vie de l’aile MC2. Des écoutes, posées par le renseignement pénitentiaire mais analysées trop tardivement, révèlent des échanges troublants. Abdelaziz Fahd, 39 ans, figure centrale du groupe, est décrit comme le « leader charismatique » du cercle. Ancien complice du terroriste Smaïn Ait Ali Belkacem, il aurait encouragé Chiolo à passer à l’acte.

Trois autres hommes, Nabil Ganned, Jérémy Bailly et Yassine Merai, sont également jugés. Tous étaient proches du cercle radicalisé, bien que les deux derniers n’étaient pas présents dans la salle au moment des échanges cruciaux. D’abord écartés de la procédure par un non-lieu, ils sont finalement renvoyés devant la cour par décision de la chambre de l’instruction, qui a retenu leur adhésion idéologique et leur appartenance au groupe.

Un procès sous tension judiciaire et politique

Outre la tentative d’assassinat et l’association de malfaiteurs terroriste criminelle (AMT), le procès interroge sur les contours de l’infraction d’association de malfaiteurs. La défense de Yassine Merai dénonce un « crime d’atmosphère », un concept flou basé sur la proximité idéologique, plus que sur des preuves tangibles.

« Ce procès doit aussi être celui de l’institution pénitentiaire », déclare Me Romain Ruiz, avocat de Michaël Chiolo, en appelant directement le garde des Sceaux, Gérald Darmanin. L’attaque de 2019 a en effet mis en lumière les limites du renseignement carcéral, dont les alertes sur le groupe radicalisé n’ont pas empêché le passage à l’acte.

Le verdict est attendu pour le 4 juillet. En jeu : la capacité de la justice antiterroriste à démêler les intentions, les complicités et les responsabilités individuelles dans l’univers clos de la prison – mais aussi à poser les limites du « djihad d’atmosphère », concept controversé au cœur du débat.

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