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« J’hésite à déménager » : après la vague d’attaques, l’inquiétude grandit chez les surveillants pénitentiaires

·La rédaction ⏱ 4 min
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Depuis le 13 avril, une série d’attaques vise les établissements pénitentiaires et les domiciles d’agents, plongeant tout un corps de métier dans l’inquiétude. Incendies, tags menaçants, rafales d’armes à feu : une dizaine d’incidents ont été recensés en quelques jours à peine. Face à l’intimidation croissante, les surveillants se sentent plus que jamais exposés, jusque dans leur intimité.

Charlotte*, 25 ans de service dans l’administration pénitentiaire, n’a jamais connu une telle tension. Logée dans la résidence des Chutes Lavie, à Marseille, à quelques pas des locaux de la Protection judiciaire de la jeunesse, elle s’interroge désormais pour le journal l’Express: « On a toujours été bien ici, mais la sécurité ne fait que se dégrader. Je me pose presque la question de déménager. »

La nuit du 14 au 15 avril a marqué un tournant. Sur le parking de sa résidence, une voiture a été incendiée, plusieurs autres taguées « DDPF » – acronyme pour Défense des prisonniers français. Le bâtiment 2, abritant de nombreux agents pénitentiaires, a lui aussi été ciblé. « C’est la colère et la crainte qui dominent. N’importe qui peut entrer ici, c’est ouvert à tous vents. Ils savent très bien où nous trouver. »

Le sentiment d’insécurité est renforcé par l’état des lieux : portail électrique hors d’usage, porte d’entrée cassée, caméra de surveillance fictive. « Aujourd’hui, c’est une voiture. Et demain ? », s’interroge Charlotte, résignée à vivre dans l’ombre de sa fonction. « Je dis simplement que je travaille dans l’administration, sans plus de détails. »

Cette prudence n’est pas isolée. Partout en France, les agents pénitentiaires renforcent leur vigilance. Alarmes, caméras, trajets modifiés, anonymisation de leurs boîtes aux lettres : chacun cherche à se protéger comme il peut.

La nuit suivante, à Aix-Luynes (Bouches-du-Rhône), la base des équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) est prise pour cible. Un fusil à pompe s’enraye de justesse, évitant un drame. Non loin, deux véhicules de détenus en semi-liberté partent en fumée. Un surveillant est suivi jusqu’à son domicile. Sa voiture, elle aussi, incendiée. Pire encore : des photos de son logement et de sa boîte aux lettres circulent sur les réseaux sociaux.

« On ne fait pas ce métier pour être traqués jusque chez nous », s’indigne A. Cordier, représentante du syndicat UFAP-UNSa à Aix-Luynes. La hiérarchie a renforcé les consignes : ne pas porter l’uniforme en dehors de l’établissement, éviter de divulguer son identité aux détenus, changer ses habitudes.

Cette paranoïa du quotidien n’est pas nouvelle, assure la représentante syndicale : « Certains agents refusent des logements sociaux, habitent dans d’autres départements, vérifient même les noms des camarades de classe de leurs enfants. »Désormais, les syndicats vont plus loin et encouragent leurs collègues à enregistrer leurs coordonnées auprès des commissariats pour des interventions plus rapides en cas de danger.

À Arles, trois voitures de personnels ont été brûlées le 16 avril. « On se demande qui sera le prochain », confie Thomas Forner, délégué UFAP-UNSa. Malgré des rondes de police accrues, le sentiment d’insécurité persiste. Là aussi, les agents modifient leurs habitudes : certains garent leur voiture à distance, d’autres effacent leur nom des boîtes aux lettres. « On développe des stratégies de survie », résume Forner.

La peur s’étend aussi aux réseaux sociaux. David Lacroix, représentant FO Justice à Vendin-le-Vieil, a tout supprimé de ses comptes personnels : « Je n’ai pas envie de tenter le diable. » Dans une prison récemment désignée pour accueillir de grands narcotrafiquants, la prudence est de mise. « On sait qu’ils ont les moyens de nous retrouver. »

À Saint-Maur (Indre), Frédéric Chauvet préconise l’anonymat numérique : faux noms, photos neutres, contacts limités. « Même entre collègues, on évite de se suivre. On ne peut pas faire confiance à tout le monde. »

Et à Marseille, Catherine Forzi, secrétaire FO Justice, sait combien ces menaces sont réelles. En décembre, un chef de détention a vu sa tête mise à prix pour 120 000 euros. Lui et sa directrice ont dû être exfiltrés. « Aujourd’hui, plus personne ne se gêne pour menacer. Un collègue s’est entendu dire par un détenu : ‘Tu veux un contrat sur ta tête ?’ »

Entre peur, colère et résignation, les agents pénitentiaires vivent une période d’alerte maximale. Invisibles, discrets, ils gardent les clés de nos prisons. Mais aujourd’hui, c’est leur propre sécurité qu’ils doivent verrouiller.

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