« C’était Apocalypse Now ! » : le récit de Charly, ex-gendarme, sur la traque des frères Kouachi
Montrez votre soutien aux forces de l’ordre en ajoutant notre média à vos favoris sur GoogleDix ans ont passé, mais pour Charly, ancien militaire du peloton d’intervention et de surveillance de la gendarmerie (Psig) de Senlis, les souvenirs sont toujours aussi vifs. Il a participé à la traque des frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo, durant quarante-huit heures intenses à travers l’Oise. Il raconte au Parisien.
Une chasse à l’homme hors du commun
Tout commence le 7 janvier 2015. Charly et ses collègues visionnent les images des Kouachi abattant de sang-froid Ahmed Merabet, policier en faction devant Charlie Hebdo. « Ça dénote leur dangerosité, leur niveau de menace », se souvient-il. Le lendemain matin, une information à la radio met les militaires en alerte : une station-service de Villers-Cotterêts, en limite de l’Oise, vient d’être braquée. C’est le top départ d’une traque sans précédent.
« J’entends que l’un des deux porte un lance-roquettes », raconte Charly, persuadé que les terroristes vont tenter de regagner Paris. « On monte à quatre dans une voiture pour les intercepter et on file vers Nanteuil-le-Haudouin avec un équipement lourd. »
La tension monte d’un cran lorsque le colonel Boget prend la parole à la radio : « Psig Senlis, préparez-vous à un combat de haute intensité ! » « On s’est sentis investis d’une mission », confie Charly. Le GIGN est appelé en renfort, des colonnes de véhicules convergent, trois hélicoptères sillonnent la région pour localiser les fugitifs qui profitent du terrain boisié pour se dissimuler. « C’était un déploiement de forces inédit ! C’était Apocalypse Now ! »
« On allait clairement au contact »
Les gendarmes approchent de Vaumoise, où les frères Kouachi ont été repérés près d’une ferme. « Peut-être cinq ou dix minutes avant notre arrivée, ils avaient fait demi-tour », raconte Charly. Une fouille systématique commence. « On a monté des postes d’interception, des checkpoints, on a fait toutes les levées de doute. On a vérifié les grottes, les maisons forestières, les cabanes de chasse, les fermes… »
L’opération dure toute la nuit. « On contrôlait toutes les Clio qui circulaient, arme à la main. Les automobilistes étaient terrifiés. On faisait de notre mieux pour les rassurer. » Exténués, Charly et ses collègues rejoignent la brigade de Crépy-en-Valois. « On dormait sur les tables, on était morts. »
Un final sous haute tension
Alors qu’ils s’apprêtent à être relevés, un signal radio relance la traque : les frères Kouachi ont braqué une voiture à Montagny-Sainte-Félicité, près de la forêt d’Ermenonville. « On est repartis. »
Sans véhicule, les terroristes avaient passé la nuit dans les bois avant de s’emparer d’une Peugeot 206. Charly et son unité les suivent jusqu’au Plessis-Belleville, mais un nouvel appel radio interrompt leur progression. « Ils sont à Dammartin-en-Goële. Une fusillade a éclaté. On ne nous a pas donné l’autorisation d’y aller. »
La traque s’arrête là pour Charly et ses collègues. « On a vécu quarante-huit heures intenses. » Une traque qui restera gravée dans sa mémoire à jamais.
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