đ«đ· Entre scĂšnes dâhorreur et richesse humaine : le directeur de la prison de ChĂąteaudun nous raconteâŠ
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Le directeur du centre de dĂ©tention de ChĂąteaudun a fermĂ© une derniĂšre fois les portes de lâĂ©tablissement, jeudi soir. Lâultime geste dâune carriĂšre intense, entre violences et relations humaines intenses.
AprĂšs quarante et un ans dans la pĂ©nitentiaire, RĂ©gis Pascal, directeur du centre de dĂ©tention de ChĂąteaudun, 66 ans, a du mal Ă rĂ©aliser. Il a la sensation de vivre une Ă©niĂšme mutation. Pourtant, cette fois-ci, la porte de la prison se ferme dĂ©finitivement. Il laisse derriĂšre lui des souvenirs dâune violence inouĂŻe, mais aussi une carriĂšre enrichissante quâil a toujours menĂ©e avec passion.
Quel regard portez-vous sur lâĂ©volution du milieu en quarante ans ? LâĂ©volution est trĂšs positive. Jâai en tĂȘte deux grandes avancĂ©es marquantes, lâarrivĂ©e des parloirs sans sĂ©paration et la tĂ©lĂ©vision. Jâai connu jusquâĂ cinq dĂ©tenus dans une mĂȘme cellule, avec des matelas au sol en maison dâarrĂȘt. Aujourdâhui, le parc pĂ©nitentiaire est rĂ©novĂ©. Le travail, la formation professionnelle, la culture, lâĂ©ducation et lâoffre de soins dans les Ă©tablissements se sont dĂ©veloppĂ©s.
Lorsque jâĂ©tais Ă la maison dâarrĂȘt de Fresnes, je voyais tous les mois le bourreau venir graisser la guillotine
Lorsque vous avez dĂ©butĂ©, la peine de mort existait toujours⊠Oui, jâai gardĂ© deux condamnĂ©s Ă mort qui ont Ă©tĂ© graciĂ©s. Lorsque jâĂ©tais Ă la maison dâarrĂȘt de Fresnes (Val-de-Marne), je voyais tous les mois le bourreau venir graisser la guillotine.
Avez-vous cĂŽtoyĂ© de grands criminels ? Je me souviens bien de Jacques Mesrine, quand il Ă©tait Ă Fresnes, au quartier de haute sĂ©curitĂ©. Il avait mis le feu Ă la porte de sa cellule. Mesrine avait aussi dĂ©dicacĂ© son livre LâInstinct de mort au chef dâescorte de la gendarmerie mobile, lors de son extraction pour la cour dâassises. Tout lâĂ©tablissement en parlait.
Nous vivons des scĂšnes dâhorreur, comme des suicides, et subissons des violences physiques. Mais ce mĂ©tier est riche humainement et nous vivons aussi de bons moments
Quel est votre plus beau souvenir ? CâĂ©tait pendant un arbre de NoĂ«l, le regard dâune fille de dĂ©tenue de 3 ans lorsquâelle a vu sa mĂšre, le PĂšre NoĂ«l, les cadeaux et le sapin.
Le pire ? Nous vivons des scĂšnes dâhorreur, comme des suicides, et subissons des violences physiques. Mais ce mĂ©tier est riche humainement et nous vivons aussi de bons moments quand on voit lâĂ©volution des collĂšgues ou la rĂ©insertion de dĂ©tenus, par exemple.
Quelle anecdote marquante pourriez-vous partager avec nous ? LâarrivĂ©e du VIH en dĂ©tention et les peurs que ça a pu gĂ©nĂ©rer, chez les dĂ©tenus comme chez les surveillants, lorsque les modes de contamination nâĂ©taient pas encore clairement identifiĂ©s. Certains dĂ©tenus ne voulaient pas prendre de douche derriĂšre dâautres.
Votre passage Ă Borgo, en Corse, a Ă©tĂ© une pĂ©riode difficile⊠Lâapplication de la loi nâa effectivement pas toujours Ă©tĂ© bien perçue en Corse. Jâai reçu des menaces de mort et vĂ©cu les cinq derniers mois lĂ -bas escortĂ© en permanence par deux gardiens de la paix. Je bĂ©nĂ©ficiais dâune protection du service de protection des hautes personnalitĂ©s (SPHP).
Comment envisagez-vous de vous occuper Ă la retraite ? Je vais mâinstaller en Charente, oĂč jâai postulĂ© pour devenir dĂ©lĂ©guĂ© du Procureur de la RĂ©publique. Jâenvisage aussi de mâoccuper de mes enfants et de faire du sport.
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