đ«đ· Un tĂ©lĂ©phone pour chaque dĂ©tenu : en France et Ă lâĂ©tranger, quel est le bilan des expĂ©rimentations ?
Montrez votre soutien aux forces de lâordre en ajoutant notre mĂ©dia Ă vos favoris sur GoogleâCette idĂ©e nâa rien dâabsurde.â Câest par ces mots que la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a provoquĂ© un nouveau dĂ©bat, lundi 21 aoĂ»t. La garde des Sceaux, en visite au centre pĂ©nitentiaire de La FarlĂšde (Var), rĂ©pondait Ă une question de La Provence sur lâautorisation des tĂ©lĂ©phones portables en prison. La ministre a par la suite prĂ©cisĂ© ses propos. âIl faut donner aux dĂ©tenus des moyens de communication, a-t-elle dĂ©fendu. Par des portables contrĂŽlĂ©s ou des lignes fixes.â
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La question des tĂ©lĂ©phones individuels pour les dĂ©tenus, quâils soient fixes ou mobiles, se pose de plus en plus en France comme Ă lâĂ©tranger. Certains avancent lâidĂ©e en estimant quâelle permettra de mieux lutter contre les tĂ©lĂ©phones introduits illĂ©galement en prison. Plus de 33 000 appareils ont Ă©tĂ© dĂ©couverts en dĂ©tention en France en 2016, et le chiffre ne cesse dâaugmenter depuis trois ans, selon la direction de lâadministration pĂ©nitentiaire. Des tĂ©lĂ©phones contrĂŽlĂ©s peuvent-ils aussi rompre lâisolement des dĂ©tenus, et faciliter le travail des surveillants pĂ©nitentiaires ? De la Meuse Ă la Belgique, du Royaume-Uni au Danemark, les premiers exemples de tĂ©lĂ©phones personnels en dĂ©tention apportent un Ă©clairage.
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Renouer avec la famille et la société
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En France, une prison a dĂ©jĂ franchi le pas. Il sâagit du centre de dĂ©tention de MontmĂ©dy (Meuse). Depuis lâĂ©tĂ© 2016, les 290 cellules individuelles du centre sont Ă©quipĂ©es dâun tĂ©lĂ©phone fixe. Chaque dĂ©tenu a donc son propre moyen de communication avec lâextĂ©rieur. A MontmĂ©dy, une personne incarcĂ©rĂ©e peut appeler en moyenne dix numĂ©ros de proches ou dâamis, scrupuleusement vĂ©rifiĂ©s par la direction. Les conversations sont payantes et contrĂŽlĂ©es, voire enregistrĂ©es si le dĂ©tenu prĂ©sente un comportement troublant.
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Pourquoi avoir lancĂ© cette premiĂšre en France ? âNous voulions reconnecter la tĂ©lĂ©phonie avec les plages horaires des familles et amĂ©liorer la confidentialitĂ© des communicationsâ, rĂ©pond Ă franceinfo la direction de lâadministration pĂ©nitentiaire. Auparavant, les tĂ©lĂ©phones accessibles aux dĂ©tenus se trouvaient dans les coursives, et Ă©taient uniquement disponibles avant 18 heures. Les conversations avec les proches, souvent au travail Ă ces heures-lĂ , Ă©taient rĂ©guliĂšrement compromises.
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Un an plus tard, la direction de lâadministration pĂ©nitentiaire assure que âdes dĂ©tenus qui tĂ©lĂ©phonaient peu, voire pas du tout, le font maintenant rĂ©guliĂšrementâ. DĂ©but 2016, avant lâexpĂ©rience, le centre de dĂ©tention recensait en moyenne 836 appels de dĂ©tenus par mois. Ce chiffre a triplĂ© avec lâarrivĂ©e des tĂ©lĂ©phones dans les cellules. Des appels plus nombreux, qui ont pu aussi Ă©viter des tentatives de suicide parmi les dĂ©tenus. âCela peut avoir un impact dĂ©cisif sur quelquâun sâapprĂȘtant Ă commettre un suicideâ, affirme Martine Herzog-Evans, professeure Ă lâuniversitĂ© de Reims et spĂ©cialiste en exĂ©cution des peines. âCette personne ne va pas se suicider si elle peut parler Ă son conjoint ou Ă son frĂšre pendant une heureâ dans sa cellule.
Le travail des surveillants allégés
A 130 kilomĂštres de MontmĂ©dy, une expĂ©rience similaire a lieu dans la prison de Marche-en-Famenne (Belgique). Comme les nouveaux centres de dĂ©tention belges de Beveren et de Leuze-en-Hainaut, cette prison a installĂ© un tĂ©lĂ©phone pour chacun de ses quelque 300 dĂ©tenus, dĂšs son ouverture en 2013. Dans chaque cellule, un ordinateur et un casque connectĂ©s au systĂšme PrisonCloud permettent aux prisonniers dâappeler leurs proches, prĂ©cise la BBC (lien en anglais). A Marche-en-Famenne, ni les temps de communication ni les numĂ©ros ne sont limitĂ©s.
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âCela demande beaucoup moins de travail au personnelâ, constate FrĂ©dĂ©ric Dethier, directeur de lâĂ©tablissement. Avant ces appels dans les cellules, âles cabines tĂ©lĂ©phoniques engendraient Ă©normĂ©ment de soucis. Il fallait un agent pour accompagner chaque dĂ©tenu pour un coup de fil.â Lorsque les appels Ă©taient plus frĂ©quents, vers 17 heures, âvous pouviez avoir 25 âmouvementsâ dâagents et de dĂ©tenus dans une prisonâ, raconte FrĂ©dĂ©ric Dethier. âCâĂ©tait lâune des causes de violences les plus habituelles. Nous nâavons plus ça.â
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Ces exemples se multiplient aussi outre-Manche, notamment Ă Bristol, comme le note la BBC (article en anglais). Pour Mark Fairhurst, prĂ©sident de la Prison Officerâs Association, qui reprĂ©sente les personnels pĂ©nitentiaires au Royaume-Uni, les tĂ©lĂ©phones en cellule âvont sĂ»rement calmer les tensionsâ entre dĂ©tenus et surveillants. âQuand vous enfermez une personne, cela crĂ©e des tensions. Une personne enfermĂ©e qui peut appeler ses proches est apaisĂ©e.â
Une solution contre les téléphones cachés ?
Ces nouvelles initiatives visent aussi Ă permettre aux personnels âdâarrĂȘter de sâĂ©puiser Ă chercher des tĂ©lĂ©phones illicitesâ, poursuit Martine Herzog-Evans. âLes surveillants ne font que ça.â Et le problĂšme ne sâarrĂȘte pas Ă la France : dans les prisons dites âfermĂ©esâ du Danemark, oĂč les tĂ©lĂ©phones individuels sont interdits, âon a augmentĂ© le contrĂŽle car il y a des problĂšmes, le nombre de tĂ©lĂ©phones illĂ©gaux augmenteâ, confirme Georg Lett, avocat Ă Copenhague. Les autres prisons danoises â les prisons âouvertesâ, sans murs et sans barreaux, oĂč les dĂ©tenus travaillent et suivent des Ă©tudes â autorisent un tĂ©lĂ©phone basique par cellule.
LâarrivĂ©e de ces nouveaux tĂ©lĂ©phones sonne-t-elle la fin des portables cachĂ©s en prison ? A MontmĂ©dy, les saisies de tĂ©lĂ©phones mobiles illicites ont baissĂ© de 31% en un an, avec les dĂ©buts de lâexpĂ©rimentation. âCâest un peu tĂŽt pour dire si cette baisse est conjoncturelle ou durable, tempĂšre la direction de lâadministration pĂ©nitentiaire. Il faudra voir sur le long terme.â
Martine Herzog-Evans, elle, ne âcroit pas du toutâ que les intrusions de tĂ©lĂ©phones illĂ©gaux vont sâarrĂȘter du jour au lendemain. Au mieux, elles diminueront si les coĂ»ts de communication des nouveaux tĂ©lĂ©phones sont faibles, explique la professeure. Mais âles dĂ©tenus nâauront toujours pas accĂšs Ă internet. En leur donnant des tĂ©lĂ©phones portables contrĂŽlĂ©s, on ne fait que repousser le problĂšme.â
France info
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