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L’Australie prépare ce qui pourrait devenir le plus gros contrat d’exportation militaire de son histoire : et c’est le Royaume-Uni qui veut acheter sa technologie radar

·Damien ⏱ 5 min
L’Australie prépare ce qui pourrait devenir le plus gros contrat d’exportation militaire de son histoire : et c’est le Royaume-Uni qui veut acheter sa technologie radar Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Le 22 juin 2026, à Canberra, Stephen Fuhr et Richard Marles ont signé un accord qui a immédiatement reconfiguré la carte des exportations militaires mondiales. 2,5 milliards de dollars australiens, soit environ 1,5 milliard d’euros : c’est le montant du contrat qui fait de l’Australie un exportateur de défense de premier rang, capable de vendre ses technologies souveraines à ses alliés les plus proches. Mais ce contrat historique avec le Canada n’est que la face visible d’une stratégie plus large. Dès le 12 août 2024, Luke Pollard et Pat Conroy avaient signé une déclaration d’intention entre Londres et Canberra, portant sur les systèmes radar à antennes actives, avec CEA Technologies et QinetiQ comme acteurs centraux. Comment l’Australie est-elle passée de simple acheteur de matériels étrangers à vendeur de technologies de surveillance convoitées par ses alliés des Five Eyes, dont les programmes européens peinent parfois à suivre le rythme ?

Quand l’Australie devient fournisseur stratégique de ses alliés : du radar CEAFAR vendu au Royaume-Uni au JORN exporté au Canada

Tout commence en novembre 2017, quand Christopher Pyne salue l’intérêt britannique pour le radar CEAFAR produit par CEA Technologies. Ce radar à antennes actives, fonctionnant en bande S, équipe déjà les frégates australiennes de types ANZAC et Hunter. Associé au radar de conduite de tir CEAMOUNT, il constitue la colonne vertébrale de la défense aérienne de la Royal Australian Navy. La Royal Navy veut la même chose. C’est un signal fort.

La déclaration d’intention du 12 août 2024 entre Luke Pollard et Pat Conroy formalise cette ambition. QinetiQ côté britannique, CEA Technologies côté australien : l’accord structure une coopération industrielle concrète sur les radars de pointe. Franchemet, c’est une validation commerciale que peu d’industriels australiens auraient imaginée une décennie plus tôt.

Puis vient le tournant historique. Le 22 juin 2026, BAE Systems Australia signe avec Ottawa un des plus le plus importants contrat d’exportation de défense jamais conclu par l’Australie, pour la fourniture du Jindalee Operational Radar Network (JORN). Richard Marles qualifie ce système de radar longue portée le plus avancé au monde. C’est aussi la première exportation internationale de la technologie JORN, développée dès les années 1970 et pleinement opérationnelle depuis les années 1990.

Système radar Technologie Acheteur Montant
CEAFAR Antennes actives, bande S Royaume-Uni (en cours) Non divulgué
JORN (Over-the-Horizon Radar) Transhorizon, ionosphère Canada 2,5 Mds AUD / 1,5 Md €

Le réseau JORN repose sur trois stations fixes : R1 à Longreach (Queensland), R2 à Laverton (Australie occidentale), R3 près d’Alice Springs. Chaque radar couvre jusqu’à 3 000 kilomètres, en exploitant les ondes entre 5 et 28 MHz réfléchies par l’ionosphère, entre 60 et 1 000 kilomètres d’altitude. Une portée de détection sans équivalent dans le monde occidental.

L’Arctique comme révélateur d’une nouvelle logique d’alliance industrielle entre démocraties

Pourquoi l’Arctique concentre toutes les tensions

La superficie de l’Arctique dépasse les 21 millions de kilomètres carrés. Depuis 2014, puis plus nettement depuis 2022, Moscou y a rouvert et modernisé ses bases militaires : Nagurskoye, Temp, Pan’kovo, sans oublier la 80e brigade arctique motorisée et la Flotte du Nord. Le 17 juin 2026, la quille du neuvième sous-marin Yasen-M était posée à Severodvinsk, ces sous-marins embarquant des missiles hypersoniques Zircon capables de voler à Mach 9.

La Chine, bien que non-arctique, se proclame État proche de l’Arctique depuis 2018. La Polar Silk Road prolonge la Belt and Road Initiative vers les routes maritimes du Nord. Depuis 2019, patrouilles aériennes russo-chinoises se multiplient. En juillet 2024, des bombardiers des deux pays ont survolé conjointement les mers de Tchoukotka et de Béring, frôlant la zone d’identification aérienne de l’Alaska. Cette entente sino-russe au-dessus du toit du monde constitue une menace stratégique directe pour Ottawa.

Le choix pragmatique d’Ottawa face au dilemme industriel

Le gouvernement de Mark Carney, arrivé en avril 2025, avait deux possibilités. Première possibilité : développer un système national avec D-TA Systems et Raytheon Canada, ce qui aurait exigé dix à quinze ans. Seconde possibilité : acheter la technologie OTHR éprouvée d’un allié de confiance. Ottawa a tranché clairement.

  1. Capacité opérationnelle initiale visée en décembre 2029, soit trois ans après le début des travaux fixé au 1er juillet 2026.
  2. Un second système, le Polar Over-the-Horizon Radar (P-OTHR), couvrira ensuite l’archipel arctique canadien et ses 36 500 îles, représentant 40 % de la masse terrestre canadienne.

Les retombées économiques sont considérables des deux côtés. Le Canada soutient 2 270 emplois annuellement jusqu’en 2033, avec 290 millions de dollars canadiens de contribution au PIB chaque année. L’Australie génère 300 emplois techniques. Craig Lockhart, directeur général de BAE Systems Australia, souligne que cet accord renforce la connaissance de la situation au sein des Five Eyes.

  • Les données JORN du Canada seront interopérables avec celles de l’Australie dès le premier jour, créant une image unifiée des méthodes nord-américaines et australiennes.
  • La Defence Investment Agency canadienne, créée en octobre 2025 sous Doug Guzman, a piloté cette acquisition inédite dans le cadre du NORAD, fondé en 1958.

Cette transaction redessine la logique même des alliances industrielles de défense. Plutôt que de reproduire la rupture douloureuse de 2021, quand l’Australie avait abandonné le contrat français de sous-marins (34 milliards d’euros, signé en 2016), Canberra se positionne désormais côté vendeur. L’interopérabilité et la rapidité d’acquisition priment sur le développement national. Pour les démocraties qui partagent déjà leurs renseignements bruts, acheter la capacité opérationnelle d’un allié fiable devient la norme, pas l’exception.

Damien

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