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Alors que les programmes européens peinent à avancer, le Rafale français continue de conquérir de nouveaux marchés

·Damien ⏱ 10 min
Alors que les programmes européens peinent à avancer, le Rafale français continue de conquérir de nouveaux marchés Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Longtemps présenté comme le symbole d’un choix industriel coûteux et solitaire, le Rafale s’est progressivement imposé comme l’un des principaux succès français à l’export dans le secteur de la défense. Dassault Aviation comptabilisait fin 2025 un total de 533 Rafale commandés depuis le lancement du programme, dont 323 destinés à l’exportation vers huit pays. Un succès qui contraste avec les difficultés rencontrées par certains grands programmes européens de coopération, au premier rang desquels le SCAF franco-germano-espagnol, dont la composante consacrée au futur avion de combat a finalement été abandonnée en juin 2026.

Le contraste est saisissant. D’un côté, un avion développé dans le cadre d’un programme essentiellement national français, dont la chaîne industrielle mobilise aujourd’hui environ 400 entreprises. De l’autre, un projet européen censé préparer le successeur du Rafale et de l’Eurofighter, mais miné pendant plusieurs années par les divergences entre partenaires industriels et politiques.

Près de quarante ans après le premier vol du démonstrateur Rafale A en 1986, le pari français apparaît sous un jour nouveau. Le choix de préserver une capacité nationale de conception et de production d’avions de combat a permis à la France de disposer d’un appareil qu’elle maîtrise, qu’elle fait évoluer selon ses propres besoins et qu’elle peut proposer librement à l’exportation.

533 Rafale commandés depuis le lancement du programme

Les chiffres publiés par Dassault Aviation témoignent du changement de dimension commerciale du programme.

Au 31 décembre 2025, 533 Rafale avaient été commandés depuis le début du programme, dont 323 à l’export. Huit pays étrangers avaient alors choisi l’appareil français.

Le carnet de commandes restait particulièrement important : 220 Rafale demeuraient à livrer à la fin de l’année 2025, dont 175 destinés à des clients étrangers et 45 à la France.

Cette profondeur de carnet donne plusieurs années de visibilité à la chaîne industrielle française. Dassault Aviation a d’ailleurs engagé une montée en cadence de la production afin de répondre simultanément aux besoins des forces françaises et aux nombreuses commandes étrangères.

Huit pays étrangers ont désormais choisi le Rafale

Le Rafale est aujourd’hui utilisé ou commandé par l’Égypte, le Qatar, l’Inde, la Grèce, la Croatie, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et la Serbie.

La Serbie est devenue en 2024 le huitième client étranger de l’appareil en signant un contrat portant sur douze Rafale neufs au standard F4.1.

Cette commande possède une dimension stratégique particulière. Belgrade devient le troisième client européen du Rafale après la Grèce et la Croatie, alors que son armée de l’air utilisait historiquement des appareils d’origine soviétique ou russe.

Le Rafale gagne ainsi des positions non seulement au Moyen-Orient et en Asie, mais également sur le marché européen.

L’Inde commande 26 Rafale Marine après ses 36 premiers appareils

L’Inde constitue l’un des exemples les plus importants de cette dynamique commerciale.

Après avoir commandé 36 Rafale pour son armée de l’air en 2016, New Delhi a signé le 28 avril 2025 un nouveau contrat portant sur 26 Rafale Marine destinés à équiper la marine indienne.

Le contrat comprend 22 appareils monoplaces et quatre biplaces, ainsi que des équipements, des armements, des simulateurs, la formation des personnels et un dispositif de soutien.

L’Inde devient ainsi le premier utilisateur étranger de la version navalisée du Rafale. Le pays sera également le premier, en dehors de la France, à exploiter à la fois les variantes terrestres et navales de l’avion français.

La relation pourrait encore prendre une nouvelle dimension. Dassault Aviation indique qu’en février 2026, le Defence Acquisition Council indien a autorisé l’ouverture de négociations directes en vue d’une éventuelle acquisition de 114 Rafale supplémentaires pour l’armée de l’air indienne.

À ce stade, il ne s’agit pas d’une commande ferme. Mais si ces négociations aboutissaient, elles constitueraient de très loin l’un des plus importants contrats jamais obtenus par le programme Rafale.

Une partie des futurs Rafale sera produite en Inde

Le succès commercial de l’appareil transforme également son organisation industrielle.

En juin 2025, Dassault Aviation et le groupe indien Tata Advanced Systems ont signé quatre accords de transfert de production afin de fabriquer en Inde des éléments de fuselage du Rafale.

Une usine dédiée doit être installée à Hyderabad. Dassault Aviation précise qu’il s’agit de la première production de fuselage du Rafale organisée en dehors de la France.

Les pièces produites en Inde doivent alimenter non seulement les besoins du marché indien, mais également la chaîne d’approvisionnement mondiale du constructeur.

Les Émirats arabes unis ont commandé 80 Rafale F4

Le plus important contrat export jamais enregistré par Dassault Aviation reste celui signé avec les Émirats arabes unis.

Abou Dhabi a commandé 80 Rafale au standard F4 en décembre 2021. Le premier appareil destiné aux forces émiraties a été présenté à Istres en janvier 2025.

À lui seul, ce contrat illustre le changement de statut du Rafale. Pendant de nombreuses années, le chasseur français avait accumulé les échecs lors de compétitions internationales sans parvenir à décrocher de première commande étrangère.

Les exportations ont finalement débuté avec l’Égypte en 2015. Depuis, les contrats se sont succédé à un rythme qui a profondément modifié l’équilibre économique du programme.

Le choix français de conserver son autonomie industrielle

L’histoire du Rafale est indissociable de la question de la souveraineté industrielle française.

Dans les années 1980, plusieurs négociations sont menées pour tenter de développer un nouvel avion de combat dans un cadre international. Elles n’aboutissent pas à un appareil commun répondant aux exigences françaises.

La France poursuit alors son propre programme. Le démonstrateur Rafale A effectue son premier vol en juillet 1986.

Le futur appareil doit répondre à une contrainte particulièrement complexe : remplacer plusieurs types d’avions différents au sein de l’armée de l’Air et de la Marine nationale.

La France souhaite notamment disposer d’un appareil capable d’opérer depuis un porte-avions, d’assurer des missions de défense aérienne, d’attaque au sol, de reconnaissance et de dissuasion nucléaire.

Cette polyvalence devient progressivement l’un des principaux arguments commerciaux du Rafale.

Le SCAF devait incarner le retour de la coopération européenne

Plus de trente ans après les choix ayant conduit au Rafale, la France avait pourtant de nouveau fait le pari d’une coopération européenne pour préparer la génération suivante.

Lancé politiquement en 2017 par la France et l’Allemagne, puis rejoint par l’Espagne, le Système de combat aérien du futur, ou SCAF, devait constituer un ensemble beaucoup plus large qu’un simple avion.

Le projet devait notamment associer un chasseur de nouvelle génération, des drones collaboratifs, des capteurs et un réseau numérique permettant aux différentes plateformes d’échanger des informations en temps réel.

La France avait été désignée nation pilote du projet et Dassault Aviation devait jouer un rôle central dans le développement du New Generation Fighter, le futur avion habité placé au cœur du système.

Le futur avion franco-allemand abandonné en juin 2026

Après plusieurs années de tensions entre Dassault Aviation et Airbus, la France et l’Allemagne ont finalement constaté en juin 2026 que les industriels ne parvenaient plus à s’entendre sur la poursuite du futur avion de combat commun.

Les désaccords portaient notamment sur la gouvernance industrielle, la répartition des responsabilités et la maîtrise des technologies stratégiques.

La composante consacrée au nouvel avion de combat a donc été abandonnée, constituant un revers majeur pour l’un des projets les plus symboliques de la coopération européenne en matière de défense.

Certains autres éléments technologiques associés au concept de combat aérien collaboratif pourraient continuer à faire l’objet de coopérations, mais le projet initial d’un chasseur commun franco-allemand a subi un coup d’arrêt majeur.

Le Rafale apparaît désormais comme le contre-exemple

Cette situation nourrit inévitablement la comparaison avec le Rafale.

Le programme français a lui aussi connu des difficultés considérables. Son développement a nécessité des investissements publics importants et ses débuts commerciaux à l’étranger ont été particulièrement longs.

Mais le contrôle national du programme a donné à la France une grande liberté pour faire évoluer l’appareil.

Le Rafale est passé successivement par plusieurs standards, jusqu’au F4 actuellement en cours de déploiement. La France prépare désormais le standard F5, dont l’entrée en service est visée entre 2033 et 2035.

Cette future version doit notamment fonctionner avec un drone de combat dérivé de l’expérience acquise grâce au démonstrateur européen nEUROn.

Le succès du Rafale ne signifie pas que toute coopération européenne est vouée à l’échec

Le succès commercial du chasseur français ne permet toutefois pas d’affirmer que tous les programmes multinationaux sont nécessairement moins efficaces.

Développer seul une nouvelle génération d’avion de combat représente des coûts considérables. Les programmes internationaux permettent théoriquement de partager les dépenses de recherche, de développement et de production.

Mais ils imposent également de faire converger des besoins militaires, des calendriers politiques et des intérêts industriels parfois différents.

Le Rafale bénéficie sur ce point d’un avantage évident : la France contrôle les grandes orientations du programme et peut décider de son évolution en fonction de ses propres besoins stratégiques.

Un appareil français qui devrait voler au-delà de 2060

Dassault Aviation estime désormais que le Rafale restera au cœur de l’aviation de combat française au-delà de 2060.

Une perspective très différente de celle qui prévalait lors du lancement du SCAF, lorsque le futur appareil européen devait progressivement prendre le relais du Rafale et de l’Eurofighter autour des années 2040.

La prolongation de la carrière du Rafale, son passage au standard F5 et le développement d’un drone de combat complémentaire pourraient ainsi permettre à la France de conserver une capacité aérienne de premier plan en attendant la définition d’une nouvelle architecture de combat.

Un pari industriel français qui porte ses fruits quarante ans plus tard

Le Rafale n’a donc pas connu un succès immédiat. Il aura fallu près de trente ans entre le premier vol de son démonstrateur et le début des livraisons à un client étranger.

Mais la situation s’est désormais inversée.

Avec 323 appareils commandés à l’export depuis le lancement du programme, huit pays clients et 175 Rafale export encore à livrer fin 2025, le chasseur français dispose d’un carnet de commandes qui assure plusieurs années d’activité à son industrie.

Le contraste avec les difficultés du futur avion de combat franco-allemand donne aujourd’hui un relief particulier au choix effectué par la France dans les années 1980.

Faire cavalier seul était un pari industriel et financier risqué. Quarante ans plus tard, alors que le Rafale continue de gagner de nouveaux marchés et que l’Europe peine toujours à définir une succession commune à ses avions de combat, ce choix apparaît pour la France comme l’un des fondements de son autonomie stratégique.

Sources

Damien

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