📰 L'actualité des forces de l'ordre
Actu Forces de l'OrdreACTU Forces de l'Ordre
Armées

L’Inde prépare un contrat militaire qui pourrait dépasser 30 milliards d’euros avec la France : 114 Rafale sont désormais au cœur des négociations

·Damien ⏱ 6 min
L’Inde prépare un contrat militaire qui pourrait dépasser 30 milliards d’euros avec la France : 114 Rafale sont désormais au cœur des négociations Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Le 12 février 2026, le Defence Acquisition Council (DAC) indien a accordé l’Acceptance of Necessity pour l’acquisition de 114 appareils dans le cadre du programme MRFA. Ce feu vert formel ouvre la voie à ce qui pourrait devenir le contrat d’armement le plus massif jamais signé par New Delhi avec un partenaire occidental : entre 33 et 40 milliards d’euros, soit 3,25 lakh crore de roupies. Cet accord s’inscrit dans une relation franco-indienne déjà dense, portée par les 36 Rafale livrés entre 2020 et 2022 et les 26 Rafale Marine commandés en avril 2025.

Une armée de l’air indienne en état de sous-capacité critique

29 escadrons de chasse. C’est tout ce que l’Indian Air Force (IAF) aligne depuis le retrait définitif des derniers MiG-21 en septembre 2025, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis les années 1960. Le seuil autorisé est fixé à 42 escadrons, chacun comptant entre 16 et 18 appareils. Le déficit est colossal.

Le vieillissement de la flotte aggrave ce tableau. Les Mirage 2000, les MiG-29 et les Jaguar arrivent progressivement en fin de vie. L’IAF se trouve donc dans une situation de tension capacitaire rarement vue dans son histoire.

L’opération Sindoor, menée en mai 2025 pendant quatre jours en réponse à l’attaque terroriste de Pahalgam, a brutalement confirmé cette urgence. Les Rafale ont été engagés en première ligne, tirant des missiles SCALP contre des cibles situées au Pakistan. L’Air Marshal Nagesh Kapoor, vice-chef d’état-major, a qualifié le Rafale de « héros de l’opération Sindoor ».

Ce n’est pas la première fois que les négociations buttent sur les mêmes obstacles. Le concours MMRCA, lancé dans les années 2000 pour acquérir 126 chasseurs, avait sélectionné le Rafale comme soumissionnaire préféré en 2012 avant de s’enliser sur la question de la production locale par Hindustan Aeronautics Limited (HAL). L’urgence opérationnelle avait finalement conduit le gouvernement Narendra Modi à signer, en septembre 2016, un accord intergouvernemental portant sur 36 appareils pour 7,87 milliards d’euros.

Un contrat structuré autour de la fabrication en Inde et des transferts de technologie

Le cœur des négociations dépasse largement la simple vente d’avions. Sur les 114 appareils visés (88 monoplaces EH et 26 biplaces DH, tous au standard F4), 94 fuselages devront être assemblés sur le territoire indien, avec au moins 50 % de composants indiens. La politique Make in India impose ses règles.

La production locale devra progresser de 30 % de contenu indigène en début de programme à plus de 60 % une fois les chaînes montées en cadence. Ce sont environ 16 milliards d’euros de production qui reviendraient ainsi aux entreprises indiennes.

Trois axes industriels structurent ce partenariat :

  • La fabrication de tronçons de fuselage à Hyderabad par Tata Advanced Systems Limited, avec une cadence de 24 fuselages par an à partir de l’exercice budgétaire 2028, grâce à quatre accords signés avec Dassault Aviation en juin 2025.
  • Un partenariat HAL-Safran en cours de négociation pour la production de moteurs localement.
  • Un centre de maintenance réparation révision (MRO) prévu à Jewar, en Uttar Pradesh, près du futur aéroport international de Noida, plus la production locale de munitions AASM Hammer.

L’intégration d’armements indiens constitue un autre point déterminant. New Delhi exige l’accès aux documents de contrôle et d’interface (ICD) pour intégrer le missile Astra ou le missile Brahmos NG. La question de l’accès au code source reste, franchement, le nœud gordien des négociations.

Vers une flotte indienne pouvant dépasser 200 Rafale, un record mondial

207 appareils au total. C’est le parc Rafale potentiel de l’Inde si tous les programmes se concrétisent : 36 déjà livrés à Ambala et Hasimara entre 2020 et décembre 2022, les 26 Rafale Marine dont les livraisons débutent en 2029 pour s’achever entre 2030 et 2031, les 114 du programme MRFA avec un contrat attendu en 2026 ou au premier semestre 2027, et 31 Rafale Marine supplémentaires qu’envisagerait la marine indienne selon l’Indian Defence Research Wing.

Ce total ferait de l’Inde extrêmement le plus grand opérateur mondial du Rafale, devant la France elle-même qui aligne environ 185 appareils dans l’armée de l’Air et de l’Espace et 41 dans la Marine nationale. Une option pour 24 Rafale supplémentaires au standard F5 a même été évoquée dans le cadre du programme MRFA.

Pour Dassault Aviation, dont le Rafale continue de conquérir de nouveaux marchés, les perspectives indiennes représentent un défi industriel majeur. Avec un carnet de commandes de 230 appareils fin 2024, passé de 13 livraisons en 2023 à 21 en 2024, l’objectif est d’atteindre 4 appareils par mois à partir de 2028-2029.

Le choix du Rafale comme pilier d’une stratégie d’autonomie et de souveraineté

Pourquoi écarter Boeing, Lockheed Martin, Eurofighter, Saab et UAC au profit d’un accord direct de gouvernement à gouvernement avec la France ? La réponse tient en un mot : souveraineté.

La doctrine indienne d’autonomie stratégique, incarnée par le label Aatmanirbhar Bharat, est structurellement incompatible avec les contraintes ITAR imposées par les plateformes américaines. Ces réglementations limitent la maintenance autonome, bloquent l’intégration d’armements tiers et freinent les transferts de technologie. Après les essais nucléaires de Pokharan II en 1998, Washington avait imposé un embargo sur les technologies militaires indiennes. La méfiance reste profondément ancrée.

L’opération Sindoor a fourni la démonstration la plus concrète qui soit. Les 36 Rafale déjà en service ont frappé des cibles au Pakistan avec des missiles SCALP et des bombes guidées AASM Hammer, sans la moindre restriction de la part de Paris. Aucune plateforme américaine n’aurait pu offrir cette liberté d’action totale.

La posture française, souvent résumée par la formule allié mais non aligné, résonne directement avec la doctrine indienne de multi-alignement. Le Rafale ne s’inscrit dans aucune architecture d’alliance contraignante. La coopération industrielle avec Thales et Safran accélère par ailleurs la montée en compétence de l’industrie aéronautique indienne, en préparant le terrain aux programmes indigènes TEDBF et AMCA, ce chasseur furtif de cinquième génération que développe l’Aeronautical Development Agency avec HAL. Le Rafale n’est pas une dépendance, c’est une rampe de lancement.

Damien

Actu Forces de l'Ordre suit et vérifie l'actualité de la police, de la gendarmerie, de la justice et des faits divers en France, à partir de sources officielles et de médias reconnus.

← Plus d'actualités Armées
🛡️ Espace modéré : chaque commentaire est validé manuellement avant publication. Les liens ne sont pas autorisés. Restons courtois et sans spam.

Laisser un commentaire