La France vient d’enregistrer 21,2 milliards d’euros de commandes d’armement en un an et le Rafale est loin d’être le seul matériel français qui s’arrache à l’étranger
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21,6 milliards d’euros de prises de commandes d’armements en 2024 : la France n’a jamais autant vendu ses systèmes d’armes à l’étranger. Classée deuxième exportateur mondial derrière les États-Unis selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), elle valide que son industrie militaire pèse bien au-delà du seul avion de combat. Le 13 juillet, Emmanuel Macron annonçait la vente de 16 Rafale et de batteries antiaériennes SAMP/T NG à l’Ukraine lors de la visite de Volodymyr Zelensky, confirmant que la demande internationale ne faiblit pas.
La France sur le podium mondial des exportations d’armements
Deux années se distinguent comme des sommets historiques pour les exportations françaises de défense : 2022, avec 27 milliards d’euros de commandes, et 2024, avec 21,6 milliards. Entre les deux, 2023 a fait figure d’exception avec seulement 8,2 milliards d’euros, illustrant la forte volatilité qui caractérise ce secteur.
Sur cinq ans, les exportations françaises d’armements auraient progressé de 21% entre 2021 et 2025. Mais la vraie rupture concerne la géographie des clients. 60% des commandes de 2024 provenaient de pays européens, et les ventes vers ce continent ont été multipliées par cinq. Le réarmement du Vieux Continent, accéléré par la guerre en Ukraine, profite directement à l’industrie militaire française.
Pour 2025, les exportations devraient avoisiner les 20 milliards d’euros, dont un tiers sur le continent européen. En intégrant les commandes passées par les forces armées françaises elles-mêmes, ce sont près de 40 milliards d’euros de commandes totales enregistrées l’an dernier. Ce contexte s’inscrit dans une hausse mondiale des dépenses militaires de plus de 9%, pour atteindre 2 676 milliards de dollars.
Le Rafale et la marine, locomotives d’une industrie de défense qui rayonne à l’international
Le Rafale, 507 appareils commandés dans le monde
Au 31 décembre 2024, 507 Rafale avaient été commandés dans le monde, avec 175 destinés à des pays étrangers sur un carnet total de 220 appareils. Les contrats les plus emblématiques illustrent l’attractivité de l’appareil de Dassault Aviation : les Émirats arabes unis ont signé en 2022 pour 80 appareils, soit un peu plus de 16 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent environ 2 milliards d’euros d’armements complémentaires. L’Inde, déjà cliente de plus d’une centaine de Rafale, a commandé 26 appareils supplémentaires en 2025, chacun estimé à plus de 100 millions d’euros. L’Indonésie a acquis 18 appareils pour 2,6 milliards d’euros en 2023, et la Serbie a passé commande de 12 appareils. Pour suivre les succès internationaux du Rafale face aux programmes européens en difficulté, la dynamique commerciale reste impressionnante.
Naval Group tisse sa toile sur les océans
Naval Group enchaîne les contrats majeurs. Juillet 2025 : deux sous-marins vendus à l’Indonésie pour près de deux milliards d’euros. La Grèce a acquis une frégate pour 810 millions d’euros, confirmée en décembre. Le Brésil a signé deux contrats pour équiper un sous-marin à propulsion nucléaire, pour 500 millions d’euros. Les Pays-Bas ont commandé quatre sous-marins d’attaque Barracuda, et le Canada envisage à son tour ce même modèle.
Canons Caesar, chars Leclerc et missiles : les autres équipements français qui conquièrent le monde
Depuis sa mise en service en 2004, près de 800 canons Caesar ont été vendus dans le monde entier par KNDS France. Depuis le début de la guerre en Ukraine, leur production a été multipliée par trois par rapport à il y a quatre ans, comme celle des obus. Les missiles MBDA, Mistral, Aster et Exocet, voient leurs capacités de production augmentées et leurs délais de livraison compressés. KNDS France a également présenté au salon Eurosatory le successeur des chars Leclerc, dont le retrait est prévu d’ici 2038.
Les principaux indicateurs de l’impact industriel de cet essor sont frappants :
- 210 000 personnes employées par la base industrielle et technologique de défense française
- 7 000 emplois directs et indirects mobilisés par la seule production du Rafale pendant deux ans
- près de 400 entreprises impliquées, de Safran et Thales aux PME spécialisées
- 90% des 300 000 pièces de chaque appareil fabriquées en France
Cette souveraineté technologique et cette autonomie stratégique reposent aussi sur un effort budgétaire massif. Le montant des armées a doublé en dix ans pour atteindre 413 milliards d’euros sur la loi de programmation militaire actuelle, qui court jusqu’en 2030. La rallonge dépassera 57 milliards d’euros dès 2026, avec un objectif de 75 milliards en fin de période. Ce réarmement national nourrit directement la compétitivité française à l’export, une mécanique que Renault, désormais producteur de drones, illustre parfaitement : le tissu industriel tout entier bascule vers la défense.