Scandale à l’Ofast de Marseille : Un capitaine de police mis en examen pour importation de cocaïne
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirCoup de tonnerre dans les rangs de la police marseillaise. Un capitaine de l’Office antistupéfiants (Ofast) de Marseille, chef du groupe chargé de l’opération « Trident », a été mis en examen ce vendredi pour des faits extrêmement graves : « importation de stupéfiants en bande organisée », « blanchiment », « association de malfaiteurs » et « faux en écriture publique ».
Selon Le Parisien, l’officier, placé en garde à vue mardi dernier dans les locaux parisiens de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans le fiasco de l’opération « Trident », une livraison surveillée de 350 kg de cocaïne au port de Marseille qui a tourné à la débâcle.
Une opération qui vire au scandale
En mars 2023, une information transmise par la DEA – l’agence antidrogue américaine – signale l’arrivée imminente, à Marseille, d’un conteneur en provenance de Colombie, dissimulant 350 kg de cocaïne dans des cartons de bananes. Avec l’aval des magistrats de la JIRS de Marseille, une opération dite de « livraison surveillée » est enclenchée par le groupe 8 de l’Ofast Marseille, dans l’espoir de démanteler un réseau et, peut-être, de coincer Mohamed Djeha, alias « Mimo », figure majeure du narcotrafic local en cavale depuis 2018.
Mais l’opération vire au désastre : aucune arrestation, la drogue disparaît après avoir transité dans une camionnette Mercedes Vito abandonnée sur différents parkings de la ville, et la cible principale échappe à la manœuvre.
Des soupçons accablants
Les investigations de l’IGPN révèlent peu à peu un système troublant : les policiers chargés de l’opération sont soupçonnés d’avoir organisé la revente d’une partie de la cocaïne via leurs propres informateurs. Certains de ces « indics » auraient même été rémunérés en nature avec plusieurs kilos de drogue.
« Les enquêteurs réagissaient comme étant les dépositaires ou ayants droit de la cocaïne », note un rapport accablant de l’IGPN révélé par Le Monde. Des pratiques qui relèvent davantage du grand banditisme que du maintien de l’ordre.
Deux membres du groupe 8 – un major et un brigadier-chef – ont déjà été mis en examen et incarcérés en avril, tout comme deux informateurs du service.
Surveillance illégale et dérives structurelles
Le scandale ne s’arrête pas là. L’IGPN a mis au jour l’utilisation massive de dispositifs de surveillance illégaux. Un serrurier réserviste de la police, surnommé « Passe-Partout », a affirmé avoir installé 45 caméras cachées dans le cadre de l’opération Trident… dont une seule bénéficiait d’une autorisation judiciaire.
Ce même témoin évoque des comportements alarmants parmi les effectifs du groupe 8 : manipulation d’argent liquide, « perquisitions off » non déclarées, et récupération suspecte de sacs non identifiés.
Jusqu’où ira le scandale ?
Avec la mise en examen du capitaine – figure de proue du groupe 8 –, c’est désormais toute la chaîne hiérarchique de l’Ofast Marseille qui est sous pression. L’enquête, dépaysée à Paris au sein de la Juridiction nationale de lutte contre le crime organisé (Junalco), cherche à déterminer comment ces dérives ont pu être permises, voire encouragées.
« La question n’est plus de savoir s’il y a eu des brebis galeuses, mais de comprendre comment de telles pratiques ont pu être validées à différents échelons », confie une source proche du dossier.
Certains responsables auraient fermé les yeux, voire soutenu la poursuite de l’opération malgré les alertes. Des policiers de l’antenne nationale de l’Ofast, envoyés en renfort à Marseille, seraient même repartis prématurément en constatant que l’opération « partait à la dérive ».
Des répercussions à venir
Au-delà du seul cas de l’opération Trident, cette affaire risque d’avoir des conséquences en cascade. De nombreux dossiers traités par l’antenne marseillaise de l’Ofast pourraient être fragilisés par ces révélations, entachant la crédibilité d’un service d’élite souvent salué pour ses résultats dans la lutte contre le narcotrafic.
Alors que la justice poursuit son travail d’investigation, l’institution policière, elle, s’apprête à affronter une onde de choc sans précédent.
