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đŸ‡«đŸ‡· Sequedin: Les projections de colis continuent, malgrĂ© le grand fossĂ© Ă  300 000€

·La rĂ©daction ⏱ 4 min
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Face au grand fossĂ© qui entoure la maison d’arrĂȘt de Sequedin, BenoĂźt Normand, dĂ©lĂ©guĂ© syndical UFAP-UNSA-Justice, cite Coluche : « C’est toujours mieux que si c’était pire. » Comprendre : avant que la pĂ©nitentiaire ne dĂ©cide de creuser ce trou, large d’environ 4 mĂštres et d’une profondeur que nous avons estimĂ©e Ă  prĂšs de 3 mĂštres en moyenne, il y avait davantage de colis projetĂ©s.
« On a dĂ©jĂ  eu des journĂ©es Ă  cent, cent vingt projections », indique le surveillant. Ça, c’était avant la fin du mois de septembre 2016, lorsque la terre autour de la prison Ă©tait encore plate. Mais si le grand fossĂ©, qui a coĂ»tĂ© quelque 300 000 €, a freinĂ© les vellĂ©itĂ©s des livreurs illĂ©gaux, il ne les a pas non plus complĂštement stoppĂ©es. « Depuis le dĂ©but de l’étĂ©, on est repartis Ă  30 Ă  50 colis par week-end ! »
Mais comment font-ils ? Tout d’abord, certains, rares, tentent le saut en longueur au-dessus du fossĂ© ; un surveillant postĂ© au mirador atteste l’avoir dĂ©jĂ  constatĂ©. Ensuite, ils dĂ©coupent le grillage, et lancent. Un manĂšge qui est davantage nocturne, depuis que les douves existent. Il leur faut tout de mĂȘme dĂ©sormais plus de temps avant d’arriver Ă  leur but.
Les colis, sur lesquels sont souvent Ă©crits les surnoms des dĂ©tenus « livrĂ©s », sont empaquetĂ©s Ă  l’aide de gros scotch, et balancĂ©s dans la cour de promenade des hommes. Les femmes incarcĂ©rĂ©es ne se livrent pas Ă  ce passe-temps illĂ©gal. Aux heures de promenade, deux fois par jour, les rĂŽles sont bien rĂ©partis. Un dĂ©tenu ramasse les colis et les envoie rapidement Ă  d’autres prisonniers, restĂ©s eux dans leurs cellules. Ces derniers les font remonter dans les Ă©tages grĂące Ă  un systĂšme de yo-yo. Tout cela en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Autre mode opĂ©ratoire constatĂ© rĂ©cemment par les surveillants : les lanceurs visent l’espace entre les deux bĂątiments. Les colis sont parfois enveloppĂ©s dans des sacs Ă  patates afin d’ĂȘtre plus facilement « accrochables » pour ĂȘtre « pĂȘchĂ©s » depuis les cellules. Par ailleurs, des « petites livraisons » sont placĂ©es dans des balles de tennis, faciles Ă  jeter.
Une vingtaine de téléphones portables
Les surveillants parviennent Ă  en intercepter une bonne partie. Le week-end dernier, se trouvaient dans les colis une vingtaine de tĂ©lĂ©phones portables (interdits en dĂ©tention). BenoĂźt Normand craint que le terrain de football Ă  l’intĂ©rieur de la prison, qui doit ĂȘtre remis en Ă©tat Ă  la rentrĂ©e, ne soit une nouvelle piste d’atterrissage pour colis. D’autant que, selon lui, le mirador chargĂ© de le surveiller « est tellement en mauvais Ă©tat que tu ne vois pas Ă  travers la fenĂȘtre ». S’il est important que les dĂ©tenus puissent se dĂ©penser, pour leur rĂ©insertion, BenoĂźt Normand pointe une « question de prioritĂ©s ».
Qu’y a-t-il dans un colis ?
Les lanceurs de colis se garent en « warnings » sur la bretelle de l’A25 qui longe la prison de Sequedin, descendent et, le plus souvent, visent la cour de promenade des hommes. Les colis sont utilisĂ©s pour « livrer » des marchandises ou des objets illĂ©gaux, qu’il est impossible de faire entrer par les parloirs : cannabis, alcool, tĂ©lĂ©phones portables, et parfois de la viande. En gĂ©nĂ©ral, cette viande est halal, puisqu’il n’y en a pas en dĂ©tention. Certains prisonniers se sont mĂȘme dĂ©jĂ  fait lancer des kebabs ! Plus grave, il est dĂ©jĂ  arrivĂ© que les surveillants trouvent dans un colis un couteau.
Des lanceurs incarcérés
 à Sequedin
Lorsque l’agent postĂ© au mirador voit un lanceur, il a pour mission d’alerter la police. Parfois, les dĂ©linquants sont arrĂȘtĂ©s : s’ils sont majeurs, on les croise dans les comparutions immĂ©diates au tribunal correctionnel de Lille. « S’ils prennent de la prison ferme, devinez oĂč ils atterrissent : ici, Ă  Sequedin, oĂč ils sont accueillis comme des hĂ©ros ! », rĂąle BenoĂźt Normand, dĂ©lĂ©guĂ© syndical UFAP. Les surveillants n’ont pas le droit d’intervenir en-dehors de l’enceinte de la prison. Des Ă©quipes de sĂ©curitĂ© pĂ©nitentiaires sont en projet, dans ce but-lĂ  prĂ©cisĂ©ment.

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