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Séquestrations, enlèvements, violences : pourquoi les propriétaires de cryptomonnaies sont de plus en plus ciblés en France

·Damien ⏱ 8 min
Séquestrations, enlèvements, violences : pourquoi les propriétaires de cryptomonnaies sont de plus en plus ciblés en France Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Une mère et son fils ligotés chez eux pour accéder à un compte de cryptomonnaies d’une valeur de seulement 25 000 dollars. L’affaire survenue à Nice le 6 septembre 2026 pourrait ressembler à un fait divers isolé. Elle s’inscrit pourtant dans un phénomène beaucoup plus inquiétant : depuis plusieurs mois, la France connaît une multiplication spectaculaire des agressions physiques visant des détenteurs de cryptomonnaies et, de plus en plus souvent, leurs proches.

Le phénomène a même désormais un nom dans le milieu de la sécurité : les « wrench attacks », ou attaques à la clé anglaise. L’idée est brutale : plutôt que d’essayer de casser la sécurité informatique d’un portefeuille numérique, certains criminels préfèrent s’en prendre directement à la personne qui possède son mot de passe.

Et la France est devenue l’un des principaux terrains de ces attaques dans le monde.

À Nice, 25 000 dollars de cryptomonnaies au cœur d’une séquestration

Dimanche 6 septembre, deux individus cagoulés se sont introduits au domicile d’une mère et de son fils à Nice, dans les Alpes-Maritimes. Les deux victimes ont été séquestrées. Les malfaiteurs sont repartis avec plusieurs objets, dont un portefeuille, un passeport et deux téléphones.

L’un de ces appareils contenait les codes permettant d’accéder à un compte de cryptomonnaies évalué à environ 25 000 dollars. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour « extorsion avec arme » et « séquestration », confiée à la police judiciaire.

Le montant est particulièrement révélateur. Les affaires les plus médiatisées concernaient jusqu’ici des entrepreneurs connus et des fortunes supposées considérables. À Nice, il n’est question ni de dizaines de millions d’euros ni d’un patron célèbre du secteur, mais d’un portefeuille numérique d’environ 25 000 dollars.

Cela laisse penser que le profil des personnes susceptibles d’être ciblées s’élargit.

La France est devenue un point chaud mondial des agressions liées aux cryptos

Les chiffres montrent surtout que ces affaires ne sont plus anecdotiques.

Dans une étude publiée en août 2026, la société d’analyse blockchain Chainalysis décrit la France comme le pays ayant enregistré le plus grand nombre d’attaques physiques connues visant des détenteurs de cryptomonnaies. L’entreprise avait recensé 19 incidents publics en France en 2025, contre déjà 30 durant la première moitié de 2026. Ces données ne représentent toutefois qu’une partie des faits connus des autorités.

Selon Chainalysis, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez indiquait ainsi fin juin que plus de 70 incidents violents liés aux cryptomonnaies avaient été documentés par les autorités françaises.

D’autres données communiquées au printemps par le Parquet national anti-criminalité organisée illustrent la même accélération. Les autorités avaient alors recensé 18 affaires en 2024, puis 67 en 2025 et déjà 47 nouvelles affaires au début de l’année 2026. À cette période, 88 personnes avaient été mises en examen dans douze dossiers, dont plus d’une dizaine de mineurs, et 75 suspects se trouvaient en détention provisoire.

Les méthodes de comptabilisation diffèrent selon les organismes, mais toutes décrivent la même tendance : une hausse extrêmement rapide.

Pourquoi voler des cryptomonnaies peut attirer les criminels

La première explication tient à la nature même des cryptomonnaies.

Voler plusieurs centaines de milliers d’euros sur un compte bancaire traditionnel nécessite généralement de contourner différents dispositifs de sécurité. Une banque peut bloquer une opération inhabituelle, imposer des plafonds, demander une vérification supplémentaire ou permettre aux enquêteurs d’intervenir avant que les fonds ne disparaissent.

Avec un portefeuille crypto détenu directement par son propriétaire, la situation peut être différente. Une personne disposant de la clé ou des codes nécessaires peut potentiellement transférer une somme importante en quelques minutes.

C’est précisément ce qui intéresse certains groupes criminels : au lieu d’attaquer la technologie, ils attaquent son propriétaire.

Chainalysis estime que les attaques physiques liées aux cryptomonnaies ont permis de dérober environ 58 millions de dollars dans le monde en 2025, un record. Plus de 30 millions de dollars avaient déjà été volés durant la première partie de 2026. Les montants réclamés lors de tentatives d’extorsion sont encore beaucoup plus importants.

L’enlèvement du cofondateur de Ledger a marqué un tournant

L’une des affaires les plus emblématiques s’est déroulée en janvier 2025.

David Balland, cofondateur de l’entreprise française Ledger, spécialisée dans la sécurisation des cryptomonnaies, et sa compagne avaient été enlevés à leur domicile près de Vierzon. Les ravisseurs réclamaient environ 10 millions d’euros en cryptomonnaies.

David Balland avait subi de graves violences avant d’être libéré lors d’une opération du GIGN. Sa compagne avait également été retrouvée et libérée. Plusieurs suspects avaient ensuite été interpellés.

Quelques mois plus tard, le 13 mai 2025, une nouvelle scène spectaculaire avait été filmée en plein Paris. La fille de Pierre Noizat, pionnier français des cryptomonnaies et dirigeant de Paymium, avait échappé à une tentative d’enlèvement dans le XIe arrondissement, alors qu’elle se trouvait avec son compagnon et son enfant. Des riverains étaient intervenus.

La multiplication de ces affaires avait poussé le ministère de l’Intérieur à réunir dès mai 2025 des professionnels du secteur afin de mettre en place des mesures de prévention et une collaboration renforcée avec les forces de sécurité.

Les criminels n’ont même plus besoin de connaître directement leur victime

Mais un autre élément permet de comprendre l’accélération récente : les données personnelles.

Pour organiser une attaque, un criminel doit identifier une personne susceptible de posséder des cryptomonnaies, connaître son identité et idéalement savoir où elle habite.

Les réseaux sociaux constituent une première source d’informations. Entrepreneurs, traders ou influenceurs peuvent involontairement exposer leur niveau de patrimoine, leurs déplacements ou leur environnement familial.

Les fuites de données constituent un risque supplémentaire.

Chainalysis estime qu’une compromission de données fiscales françaises concernant des détenteurs de cryptomonnaies fortunés pourrait avoir contribué à l’explosion des attaques observées dans le pays. Selon l’entreprise, des dossiers contenant notamment des noms, adresses, numéros de téléphone et informations financières auraient été dérobés puis proposés à des intermédiaires criminels. L’organisme évoque également la fuite de données touchant le service fiscal crypto Waltio début 2026.

Le résultat est potentiellement redoutable : il devient possible de transformer des bases de données numériques en véritables listes de cibles physiques.

Les familles deviennent elles aussi des cibles

Les criminels ont également compris qu’ils n’étaient pas obligés de capturer directement la personne possédant les cryptomonnaies.

Selon l’analyse de Chainalysis, les proches ou connaissances des détenteurs représentaient presque zéro cas au début des années 2020. Au début de 2026, ils étaient concernés par environ 25 à 30 % des attaques documentées dans le monde.

En France, le phénomène serait encore plus marqué : plus de 40 % des incidents étudiés auraient visé un proche plutôt que directement le propriétaire des cryptomonnaies.

Un parent, un conjoint ou un enfant peut ainsi devenir un moyen de pression destiné à forcer à distance le véritable détenteur des fonds à effectuer un transfert.

L’affaire niçoise illustre à nouveau cette évolution : derrière l’accès à un simple compte de 25 000 dollars, deux personnes se sont retrouvées physiquement séquestrées à leur domicile.

Le danger ne concerne donc plus seulement les crypto-millionnaires

C’est probablement l’évolution la plus préoccupante.

Les premières affaires spectaculaires pouvaient donner l’impression que seuls quelques entrepreneurs multimillionnaires ou personnalités très exposées étaient concernés. Mais la multiplication des home-jackings change progressivement la nature du risque.

À l’échelle mondiale, les invasions de domicile représentaient 26 % des attaques physiques recensées en 2023. Elles atteignent désormais 37 % en 2026, selon Chainalysis. Les enlèvements restent également extrêmement présents.

L’affaire de Nice montre surtout qu’il n’est plus forcément nécessaire de posséder plusieurs millions d’euros pour attirer l’attention de malfaiteurs.

C’est tout le paradoxe des cryptomonnaies. Leur sécurité informatique peut être extrêmement sophistiquée, mais aucune technologie ne peut totalement empêcher quelqu’un d’être contraint physiquement de communiquer un mot de passe ou d’autoriser une transaction.

À mesure que la valeur et l’utilisation des actifs numériques progressent, leur sécurité ne se joue donc plus uniquement derrière un écran. Pour certains détenteurs français, elle est désormais devenue un problème de sécurité physique.

Sources

Franceinfo / France 3 – Séquestration d’une mère et de son fils à Nice, 7 septembre 2026
Le Parisien – Séquestration à Nice sur fond de cryptomonnaies, 7 septembre 2026
Chainalysis – Violent Wrench Attacks Targeting Crypto Holders, 6 août 2026
TF1 Info – Enlèvement de David Balland et de sa compagne, janvier 2025
TF1 Info – Mesures de protection des professionnels des cryptomonnaies, 16 mai 2025
Le Monde – Enquête sur les réseaux spécialisés dans les rançons en cryptomonnaies, 19 août 2025

Damien

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