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đŸ‡«đŸ‡· L’amour dĂ©fendu de la surveillante et du dĂ©tenu

·La rĂ©daction ⏱ 4 min
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C’est l’histoire d’un amour compliquĂ©, si ce n’est impossible. Comme il en naĂźt parfois entre un(e) dĂ©tenu(e) et un(e) surveillant(e). Laura (1) est surveillante pĂ©nitentiaire dans une prison normande. L’an dernier, la trentenaire est tombĂ©e amoureuse d’un dĂ©tenu, condamnĂ© Ă  dix ans de prison (peine ramenĂ©e Ă  six ans par la cour d’appel) pour trafic de stupĂ©fiant.
« Un coup de foudre. IncontrĂŽlable. Alors qu’avant, je n’avais jamais regardĂ© un dĂ©tenu physiquement. Pour moi, ce n’était pas des hommes. » Cette mĂšre de famille est attirĂ©e par son cĂŽtĂ© « rassurant ». Pendant trois mois, elle a travaillĂ© parfois Ă  son Ă©tage. « On a un peu discutĂ©. Puis, on s’est Ă©changĂ© nos numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone. » Ce n’est qu’une fois dehors, alors qu’il sort de prison en janvier 2017, sous contrĂŽle judiciaire, qu’ils dĂ©marrent une relation. « On est amoureux tous les deux », assure-t-elle.

Deux mois plus tard, le contrĂŽle judiciaire de MickaĂ«l (1) est rĂ©voquĂ©. Il a conduit sans permis. Retour Ă  la case prison, mais cette fois dans un centre de dĂ©tention Ă  plus de 300 km de l’établissement dans lequel travaille Laura. Elle, n’y retournera pas. Leur union irrite sa direction, prĂ©venue par sa mĂšre, elle-mĂȘme surveillante pĂ©nitentiaire. « Le directeur m’a dit : c’est lui ou la pĂ©nitentiaire. »

Depuis, dit-elle, « on nous empĂȘche de nous voir, de nous tĂ©lĂ©phoner, Ă  cause de mon statut. On me voit comme une criminelle. Alors que les dĂ©tenus entre eux peuvent avoir un permis de visite. »
Laura est en arrĂȘt-maladie depuis mars. La direction interrĂ©gionale des services pĂ©nitentiaires indique qu’une procĂ©dure disciplinaire est en cours « pour non-respect de l’article 20 du code de dĂ©ontologie du service public pĂ©nitentiaire » (lire encadrĂ©). Lundi, la surveillante a appris par recommandĂ© qu’elle passera devant le conseil national de discipline.
Un parcours sans faute
« La sanction ne peut ĂȘtre qu’administrative : rĂ©trogradation, radiation, suspension », prĂ©cise son avocat, SĂ©bastien Revel, avocat pĂ©naliste de Caen. Il expose : « Ils ne dĂ©pendent plus du mĂȘme Ă©tablissement. Il ne s’est jamais rien passĂ© Ă  l’intĂ©rieur de la prison. Il n’y a jamais eu de trafic entre eux. » Cette femme nĂ©e dans une famille d’uniformes a un parcours sans faute rĂ©sumĂ© par son avocat : « Elle a dĂ©marrĂ© sa carriĂšre dans la gendarmerie nationale, a Ă©tĂ© adjointe de sĂ©curitĂ© dans la police, avant de rentrer dans l’administration pĂ©nitentiaire en 2010. »
Elle vit ça de maniĂšre injuste et espĂšre un reclassement. Laura n’est pas prĂȘte Ă  dĂ©missionner. Elle veut se battre. « J’ai toujours fait mon boulot correctement. 14 ans que je travaille pour l’État. J’ai toujours Ă©tĂ© carrĂ©e, bien notĂ©e. Mes collĂšgues ne comprennent pas. Mais c’est plus fort que tout. »
(1) prĂ©nom d’emprunt
Une idylle interdite par le code de déontologie
L’article 20 du code de dĂ©ontologie des surveillants de prison interdit au personnel de frĂ©quenter les dĂ©tenus de leur Ă©tablissement, y compris dans les cinq annĂ©es qui suivent la remise en libertĂ© de ce dernier, ou la levĂ©e de l’autoritĂ© du surveillant. L’administration pĂ©nitentiaire se base aussi sur l’article D221 du code de procĂ©dure pĂ©nale : « Les membres du personnel pĂ©nitentiaire [
] ne peuvent entretenir avec les personnes placĂ©es ou ayant Ă©tĂ© placĂ©es par dĂ©cision de justice sous l’autoritĂ© ou le contrĂŽle de l’établissement ou du service dont ils relĂšvent, [
] des relations qui ne seraient pas justifiĂ©es par les nĂ©cessitĂ©s de leurs fonctions. »
L’avocat de la surveillante met en avant une atteinte Ă  la protection de la vie privĂ©e, en se basant sur un arrĂȘt du conseil d’État du 3 juillet 2014 qui enjoint le ministĂšre de la Justice d’abroger une partie de l’article D221 (« ou ayant Ă©tĂ© placĂ©es »). « Cet article, qui n’est pas temporellement limitĂ©, est, selon moi, contraire aux valeurs de la constitution », explique Me Revel.
Ouest France

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