Le 35e Régiment d’Artillerie Parachutiste va intégrer le système antidrone Proteus sur un véhicule léger Fardier
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Et si la clé des prochaines victoires ne se jouait plus dans le ciel à haute altitude, mais… à quelques dizaines de mètres du sol ? Alors que les drones redéfinissent les règles du jeu sur tous les théâtres d’opérations, une unité française prépare une réponse aussi agile qu’implacable. Découvrez comment le 35e Régiment d’Artillerie Parachutiste s’apprête à transformer un véhicule ultraléger en véritable « chasseur de drones » — et pourquoi cette évolution pourrait tout changer pour les combats de demain.
Entre innovation discrète, retours d’expérience venus d’Ukraine et contraintes très concrètes du combat aéroporté, l’armée de Terre accélère. La raison surprenante ? La « très basse couche » n’est plus un détail technique : c’est devenu l’espace où se gagne, ou se perd, la manœuvre. Ce que vous devez savoir sur cette course à l’adaptation, sur les choix technologiques réalisés – et sur le rôle clé d’un véhicule aéroportable méconnu, le fardier RIDER – se trouve au cœur de cet article.
Pourquoi la « très basse couche » change la donne
On a longtemps pensé la supériorité aérienne à coups d’avions de chasse, de missiles et de radars à longue portée. Or, les récents conflits – du front ukrainien aux tensions dans le détroit d’Ormuz – ont imposé une évidence : la menace la plus immédiate ne vient pas d’en haut, mais d’en dessous. À très basse altitude, les drones d’observation, d’attaque ou « kamikazes » saturent l’espace, repèrent, harcèlent, fixent et frappent. Cette couche, autrefois négligée, s’impose désormais comme le niveau qui contraint la manœuvre terrestre, conditionne la mobilité, la surprise, la logistique, et même le moral des troupes.
Le Commandement du combat futur de l’armée de Terre (CCFAT) en a tiré une conclusion nette : la révolution ne réside pas dans l’objet « drone » en lui-même, mais dans la nécessité de dominer ce volume d’espace au ras du sol. D’où une orientation claire : confier à la 11e Brigade Parachutiste (11e BP) le mandat d’explorer, à l’échelle tactique, les modalités de ce combat TBC (très basse couche), en associant capteurs, effecteurs et lutte antidrone (LAD).
La 11e BP en première ligne : agilité, aérolargage et combat rapproché
Pourquoi la 11e BP ? Parce que le combat parachutiste et aérotransporté requiert des moyens compacts, robustes, rapidement déployables, et capables de frapper vite, partout. Sur un terrain exigu, urbain, forestier ou accidenté, les unités de la brigade doivent débarquer, se mettre en batterie et opérer sous la menace immédiate de capteurs et munitions rôdeuses ennemies. La 11e BP combine ainsi deux atouts : la culture de l’initiative tactique et l’aptitude à mettre en œuvre des moyens allégés mais hautement spécialisés. C’est précisément dans cet écosystème qu’évolue le 35e Régiment d’Artillerie Parachutiste (35e RAP), basé à Tarbes, déjà pointu en lutte antidrone.
Dans une cour de caserne au petit matin, entre la brume qui rase le bitume et le cliquetis métallique d’un affût que l’on règle, on comprend vite l’enjeu : préparer des sections à engager des microdrones à quelques centaines de mètres, tout en restant mobile, discret et prêt à manœuvrer. C’est cette exigence opérationnelle très concrète qui guide l’innovation en cours.
Un triptyque LAD déjà en place : détecter, brouiller, neutraliser
Le 35e RAP ne part pas de zéro. Il dispose d’un ensemble de moyens complémentaires, conçus pour dérouler une « kill chain » cohérente : détecter la menace, la perturber, puis la détruire si nécessaire.
- VAB ARLAD (Adaptation réactive pour la lutte anti-drones) : un véhicule de l’avant blindé équipé d’un radar FLIR Systems. Sa vocation : détecter et suivre des objets aériens à courte portée, dans un environnement brouillé ou congestionné. À l’échelle tactique, ce capteur mobile est la première alerte, capable de surveiller un rayon d’environ 2,5 km selon les profils de cibles.
- Fusils brouilleurs NEROD : ces systèmes portatifs projettent un cône d’énergie pour perturber les liaisons radiofréquences et GNSS des drones adverses. Objectif : empêcher la transmission vidéo, couper le guidage ou forcer un retour au point de départ. C’est l’outil de « dégradation » par excellence, modulable et réactif.
- Proteus : l’effecteur cinétique. Dans sa version Standard 1, il associe un canon antiaérien de 20 mm, une caméra thermique SANDRA (pour vision diurne/nocturne) et un calculateur, l’ensemble monté sur camion TRM 2000. C’est le « coup de grâce » contre une menace qui persiste malgré le brouillage.
Cette combinaison, pensée pour l’emploi en section ou en détachement LAD, met en musique une logique aujourd’hui incontournable : ne pas dépendre d’une seule solution, mais superposer capteurs, effets non létaux et feux directs. Car, face aux drones de classe très légère, tout est question de tempo et de proximité.
Du Proteus Standard 1 au Standard 2 : le bond capacitaire
Si le Proteus Standard 1 a démontré son utilité, deux contraintes apparaissaient : un porteur (TRM 2000) encombrant pour des opérations parachutistes, et une chaîne de tir qui devait gagner en vitesse, en ergonomie et en assistance logicielle. D’où l’arrivée du Proteus porté au Standard 2, qui franchit deux caps majeurs :
- Un nouveau porteur : le PALADIN (Porteur Adapté à la Lutte Anti-Drone Intérimaire), véhicule aérotransportable développé par Scania à partir du V3P « Vampire ». Objectif : une mobilité tactique accrue, une empreinte logistique réduite, et une compatibilité avec les modes d’entrée en premier (aéroportage/aérolargage selon configuration).
- Un logiciel de conduite de tir assisté par IA, développé avec l’appui de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD). À la clé : une meilleure fusion des capteurs, une aide à l’acquisition de cibles petites et véloces, des propositions de solution de tir plus rapides et une diminution de la charge cognitive du tireur.
Concrètement, cela se traduit par : une détection plus précoce lorsque la menace évolue bas et vite, une identification plus fiable grâce à l’imagerie thermique et aux algorithmes, et une délivrance du feu plus immédiate avec le 20 mm, y compris contre des vecteurs de la taille d’un oiseau. Dans des environnements urbains ou boisés, où la fenêtre de tir est brève, cette accélération du cycle décisionnel fait la différence.
Le pari audacieux : intégrer Proteus sur le fardier RIDER
Et si l’on allait plus loin ? Le 35e RAP travaille à installer un Proteus Standard 2 et un fusil NEROD sur le fardier RIDER (Rapide Intervention Droppable Equipment for Raiders), un véhicule aérolargable développé par UNAC. L’objectif déclaré : obtenir une grande polyvalence dans l’action, au plus près des unités parachutistes engagées en premier échelon.
Pourquoi ce choix est-il stratégique ? Parce qu’un fardier, par nature :
- se projette rapidement depuis un avion de transport tactique,
- se débarque sans lourde logistique,
- évolue là où les porteurs classiques peinent : sentiers, zones restreintes, terrains dégradés, ruines, lisières.
Le RIDER affiche des caractéristiques taillées pour l’emploi parachutiste : environ 2 tonnes, absence de composants électroniques superflus (donc moins de pannes en conditions dures), deux affûts possibles pour mitrailleuses de 7,62 mm, capacité de traction d’un mortier de 120 mm et transport jusqu’à 400 kg d’équipements avec remorque. Il peut être aérolargué, embarqué dans la soute d’un NH90 Caïman ou transporté sous élingue par un H225M Caracal, ce qui garantit une continuité logistique et tactique rare.
Le défi ? Intégrer un effecteur cinétique (canon de 20 mm), une chaîne capteur-tireur assistée par IA et un système de brouillage sur une plateforme ultralégère, tout en préservant stabilité, endurance et sécurité des servants. La promesse ? Offrir aux parachutistes une capacité LAD organique, immédiatement disponible après la mise à terre, capable de se déplacer au rythme de l’infanterie aéroportée.
Que peut réellement faire un Proteus sur fardier ?
La question est légitime : un fardier n’est ni un blindé ni un camion. Pourtant, installé sur une architecture adaptée, le Proteus Standard 2 pourrait fournir :
- Une bulle LAD de proximité au profit d’une compagnie parachutiste, en défense d’un point clé (pont, carrefour, DZ/LZ, dépôt, PC), avec une réactivité supérieure à celle d’un système plus lourd.
- Un binôme « dégradation/neutralisation » en duo avec un NEROD : on brouille pour forcer l’erreur, on engage au 20 mm pour neutraliser les menaces persistantes.
- Une capacité d’escorte pour convois légers ou colonnes de ravitaillement, où la menace drone est souvent synonyme de ciblage d’artillerie.
- Un moyen d’appui à la reconnaissance, en couvrant la progression de patrouilles qui opèrent sous observation ennemie permanente.
Reste à calibrer la stabilité de tir, la gestion du recul et la répartition des masses pour préserver la sécurité. L’expérience française en intégration d’armements sur plateformes légères sera ici déterminante, tout comme l’ergonomie des postes de tir et l’accès rapide à la maintenance terrain.
La force du trio VAB ARLAD – NEROD – Proteus
Dans la logique d’emploi évoquée par Terre Mag, la méthode est claire : le VAB ARLAD détecte et fournit l’alerte dans un rayon d’environ 2,5 km, le NEROD fragilise la liaison des drones et leur navigation, puis le Proteus délivre la neutralisation cinétique si l’appareil reste menaçant. Trois briques, trois temps, une continuité d’effets. Dans la pratique, cela permet de :
- Gagner des secondes décisives sur l’alerte,
- Limiter le volume de munitions consommées en privilégiant d’abord l’effet non létal,
- Réduire le risque fratricide ou de dommages collatéraux en n’engageant qu’en dernier recours,
- Conserver la mobilité d’une unité parachutiste sans surcharger le dispositif.
Question cruciale : comment coordonner ces moyens dispersés sur le terrain ? La réponse tient à l’entraînement, à la discipline de réseau et à l’outillage logiciel. L’assistance IA du Proteus Standard 2, reliée à une doctrine claire de gestion des pistes et des priorités, facilite cette chorégraphie tactique.
Pourquoi l’IA entre dans la boucle
Identifier un drone commercial modifié volant à basse altitude, de la taille d’un pigeon, par temps couvert, avec du fouillis d’arrière-plan (arbres, câbles, toits) n’a rien d’aisé. Multipliez la scène par dix cibles possibles, ajoutez du brouillage adverse, l’urgence d’une manœuvre en cours, et l’on comprend l’intérêt d’un logiciel de conduite de tir adossé à des algorithmes d’aide à la décision. L’IA, ici, ne « remplace » pas le tireur : elle lui présente une image plus propre, hiérarchise les pistes, propose une solution balistique optimale et alerte des fenêtres de tir.
L’AMIAD accompagne cette démarche pour garantir robustesse, explicabilité minimale des sorties et maîtrise des seuils d’engagement. Une IA militaire efficace n’est pas seulement précise ; elle doit être prévisible par l’opérateur et maîtrisable par la chaîne de commandement. L’enjeu éthique et opérationnel est double : gagner en vitesse sans perdre en discernement.
Le choix du 20 mm : un calibre toujours pertinent ?
À l’ère des lasers et micro-missiles, pourquoi conserver un canon de 20 mm ? Pour trois raisons simples :
- Disponibilité et rusticité : le 20 mm reste un effecteur éprouvé, peu sensible aux conditions de terrain et rapidement reconfigurable.
- Effet terminal suffisant : face à des cibles de petite taille à courte portée, un projectile bien placé suffit à neutraliser moteurs, contrôleurs et batteries.
- Coût par tir maîtrisé : indispensable lorsque l’ennemi multiplie des cibles bon marché pour saturer la défense.
Le compromis est clair : un 20 mm couplé à une conduite de tir moderne et une caméra thermique de qualité demeure un atout, notamment en complément d’effets non cinétiques. À l’échelle d’une section, c’est l’outil qui clôt le débat quand le brouillage ne suffit plus.
Des contraintes bien réelles : poids, autonomie, signature
Si l’idée séduit, l’intégration sur fardier impose des concessions :
- Gestion des masses et du recul : garantir que la plateforme reste sûre, stable et précise en tir soutenu.
- Autonomie énergétique : caméras, calculateurs, radio, brouilleurs consomment. Il faudra des solutions d’alimentation et de recharge discrètes et robustes.
- Signature multispectrale : tout émetteur attire l’attention. Le camouflage, la discipline d’émission et l’emploi échelonné des capteurs seront essentiels.
- Maintenance en ambiance austère : l’absence de composants électroniques superflus sur le RIDER est un plus, mais l’armement et l’optronique exigent une logistique d’atelier agile.
Ces défis ne sont pas des obstacles : ils cadrent le design, fixent la doctrine d’emploi, et façonnent la formation des équipages. L’avantage ? Une solution crédible à très court terme, adaptée à l’ADN parachutiste : aller léger, frapper juste, repartir vite.
Comment ce dispositif s’emploiera-t-il sur le terrain ?
Imaginez une opération aéroportée sur un point d’appui clé. Une section est larguée dans la nuit, un fardier RIDER suit, un second est débarqué d’un NH90 peu après. À peine les positions consolidées, un VAB ARLAD en retrait alimente le réseau avec des pistes suspectes. En lisière, l’équipe NEROD scrute et se place en embuscade électromagnétique. Sur un itinéraire annexe, le Proteus sur fardier, bien camouflé, couvre un couloir d’approche probable. Première piste confirmée : le NEROD coupe, le drone hésite, dévie ; la fenêtre s’ouvre : le 20 mm claque, la menace tombe. Tout cela en quelques dizaines de secondes, avant que l’ennemi ne recale son observation.
Sur un convoi logistique allégé, le schéma change : le Proteus roule en overwatch, un NEROD est prêt à pied à proximité des zones d’étranglement (ronds-points, ponts, bosquets). Ici, la coordination radio et la répétition des drills sont la clé : qui parle, qui tire, qui brouille, et quand. Les équipages apprennent à penser effets combinés plutôt qu’« outil miracle ».
Et demain ? Vers une défense en couches plus fine et plus mobile
Cette intégration sur fardier ne vit pas en vase clos. Elle s’inscrit dans une logique plus large : une défense en couches où se combinent :
- capteurs au sol et aériens (radars, optroniques, capteurs passifs),
- effets non létaux (brouillage, leurrage),
- feux cinétiques de proximité (20 mm, munitions programmables selon dotation),
- et, à terme, des solutions à énergie dirigée quand elles seront déployables et économiquement soutenables.
La 11e BP a ici un rôle de défricheur : éprouver les concepts dans des scénarios exigeants, où la mobilité et la sobriété logistique ne sont pas négociables. Les retours de terrain guideront l’évolution des logiciels, des interfaces et des montages, avec un objectif clair : permettre à des unités légères d’évoluer sous menace drone sans subir.
Points clés à retenir pour comprendre l’enjeu
- La très basse couche est devenue l’axe décisif du combat moderne : qui la domine, impose le tempo.
- LAD modulaire : détecter (VAB ARLAD), dégrader (NEROD), neutraliser (Proteus) forment une séquence d’effets cohérente.
- Proteus Standard 2 apporte l’assistance IA et un porteur aérotransportable (PALADIN), accélérant le cycle d’engagement.
- Intégration sur RIDER : pari d’agilité et de proximité, pensé pour l’entrée en premier et la protection des points clés.
- Doctrine et entraînement priment autant que la technologie : la coordination des effets fait gagner les secondes qui comptent.
Ce que changera l’arrivée des premiers exemplaires
La livraison des premiers porteurs PALADIN et la maturation de l’intégration sur RIDER vont éclairer plusieurs sujets très concrets :
- Temps de mise en batterie après aéroportage/aérolargage,
- Endurance opérationnelle (munitions, énergie, fatigue équipage),
- Résilience face aux tentatives de saturation ou de contournement adverses,
- Interopérabilité avec d’autres unités (génie, infanterie, logistique) et capteurs supérieurs.
Ces jalons permettront d’affiner le format, la répartition des moyens et les procédures de coordination. À terme, l’ambition est limpide : rendre la lutte antidrone aussi naturelle dans une compagnie parachutiste que l’appui-feu ou la défense antichar.
Au-delà du matériel : une culture opérationnelle
La technologie progresse vite, mais elle réclame une culture d’emploi adaptée. Le combat TBC exige des réflexes spécifiques : lecture du terrain à hauteur d’homme, gestion des signatures, discipline d’émission, usage du couvert, drills d’embuscade LAD. Ce sont autant d’automatismes qui s’acquièrent dans la durée. À Tarbes, sur les pistes caillouteuses où s’entraînent les équipes, le vent d’ouest ramène parfois l’odeur de métal chaud après une série de tirs : signes minuscules que la transition est en marche, et qu’elle s’ancre dans le réel.
Questions à se poser pour la suite
- Quelle densité LAD faut-il pour couvrir une compagnie en zone urbaine dense ?
- Comment partager les pistes entre unités sans saturer les réseaux radio ?
- Jusqu’où pousser l’autonomie énergétique des plateformes légères, et avec quelles solutions de recomplètement ?
- Quels indicateurs de performance suivre : taux de neutralisation, munitions par cible, temps de réaction, endurance équipage ?
En synthèse opérationnelle
Le 35e RAP s’engage dans une voie pragmatique et ambitieuse : articuler détection, brouillage et neutralisation autour de plateformes adaptées aux contraintes parachutistes. L’évolution vers Proteus Standard 2, boostée par l’IA de conduite de tir et appuyée par des porteurs aérotransportables, ouvre la porte à une LAD de proximité, mobile et réactive. L’intégration sur fardier RIDER, si elle tient ses promesses, pourrait devenir la pièce manquante pour protéger efficacement les unités légères dès les premières minutes de l’engagement.
À l’heure où la très basse couche s’impose comme le champ de bataille le plus disputé, cette transformation n’est pas un luxe : c’est une condition du succès. Reste à suivre, dans les prochains mois, la mise en service des premiers exemplaires et les retours d’expérience : c’est souvent là, dans le détail des ajustements de terrain et la façon dont les équipages « tuilent » leurs effets, que se joue la vraie révolution.