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La Russie menace désormais d’arraisonner des navires européens en pleine mer : quelques semaines plus tôt, la Marine française avait intercepté un pétrolier de sa « flotte fantôme »

·Damien ⏱ 5 min
La Russie menace désormais d’arraisonner des navires européens en pleine mer : quelques semaines plus tôt, la Marine française avait intercepté un pétrolier de sa « flotte fantôme » Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Le 12 août 2026, Vladimir Poutine a pris la parole depuis le croiseur Varyag, déployé au large de l’île de Sakhaline, pour lancer un avertissement direct à l’Europe : arraisonner des navires russes constitue de la piraterie, et la Russie répondra de façon symétrique. Cette déclaration intervient dans un contexte de montée des tensions maritimes, après plusieurs interceptions menées par la Marine nationale et ses partenaires européens contre des pétroliers soupçonnés d’appartenir à la flotte fantôme russe. L’enjeu ? Empêcher le pétrole russe de financer la guerre, tout en évitant une escalade en pleine mer.

Une flotte fantôme au cœur des sanctions internationales contre la Russie

On estime à plus de 1 000 le nombre de navires composant cette flotte fantôme, dont plus de 600 déjà sanctionnés par l’Union européenne. Ces bâtiments, souvent vétustes, ont pour mission de transporter des hydrocarbures en contournant les sanctions imposées à Moscou. Tout a commencé fin 2022, quand le G7 a instauré un plafonnement du prix du pétrole russe, rapidement suivi par l’UE et le Royaume-Uni, pour réduire les revenus du Kremlin sans priver le marché mondial d’énergie.

Concrètement, ces navires naviguent sous des pavillons de complaisance, changent régulièrement d’identité, recourent à des sociétés écrans, désactivent leurs transpondeurs et réalisent des transferts de cargaison en pleine mer pour brouiller les pistes. Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur de l’économie maritime, décrit la situation sans détour : il s’agit d’une guérilla juridique menée par les Européens et les Américains contre les intérêts économiques russes, les Russes cherchant à dissimuler leurs exportations pétrolières. Le droit maritime international offre des zones grises que ces armateurs exploitent méthodiquement, rendant chaque interception juridiquement périlleuse.

  • Changements répétés de nom et de pavillon (Madagascar, Îles Marshall, Panama…)
  • Désactivation du système d’identification et du transpondeur pour disparaître des radars
  • Recours à des sociétés écrans pour masquer la propriété réelle du navire

Les interceptions européennes se multiplient, la France en première ligne

Le 31 mai, la Marine nationale a arraisonné le Tagor, en provenance du port de Mourmansk, à plus de 700 kilomètres à l’ouest de Brest, soit plus de 400 nautiques. Les 23 membres d’équipage à bord n’ont pu éviter la montée à bord des commandos marines. Le capitaine russe avait pourtant refusé à plusieurs reprises d’obtempérer. Le système d’identification du navire avait cessé d’émettre, le pétrolier avait changé plusieurs fois de pavillon et était lié, selon Opensanctions.org, au magnat iranien du pétrole Mohammad Hossein Shamkhani, fils d’Ali Shamkhani, proche conseiller de l’ancien guide suprême Ali Khamenei. Une enquête pénale a été ouverte pour défaut de pavillon, fraude au pavillon et refus d’obtempérer.

Ce coup de filet est le quatrième mené par la France depuis le début de l’année 2026, après le Boracay en septembre 2025, le Grinch en janvier 2026 et le Deyna en mars 2026. Le commandant du Boracay a d’ailleurs été condamné à un an de prison et 150 000 euros d’amende. Le 8 avril, Paris a annoncé vouloir doubler les peines applicables pour renforcer la dissuasion. Le 23 juin, le Deliver, battant pavillon camerounais et opérant depuis les mers Baltique et Noire, a également été contrôlé.

  • Interception du M/V Smyrtos par la Royal Navy en Manche : opération de six heures impliquant des commandos des Royal Marines, la National Crime Agency, des hélicoptères et les navires HMS Sutherland et HMS Ledbury
  • Deux pétroliers interceptés par la Marina Militare italienne, les 20 juillet et 2 août, dans le cadre des opérations EUNAVFOR Irini et EUNAVFOR Atalanta

Moscou hausse le ton et menace de répliquer sur les mers du monde

Depuis le croiseur Varyag, Poutine a qualifié de piraterie et de vol toute tentative de saisir des navires russes et d’en revendre la cargaison. Sa menace est explicite : la Russie répondra de façon symétrique, partout où elle le jugera nécessaire, y compris dans la zone de responsabilité de la flotte du Pacifique. Le ministère russe de la Défense a reçu des instructions précises en ce sens.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a qualifié les opérations européennes d’illégales, les plaçant à la limite de la piraterie internationale. Franchement, cette rhétorique ne tient pas face au droit de la mer : l’article 110 de la Convention des Nations unies autorise expressément le contrôle d’un navire suspect de fraude au pavillon. Emmanuel Macron a répondu clairement que la France ne laisserait pas la flotte fantôme contourner les sanctions ni financer l’effort de guerre russe. La Suède, elle, a remis à l’Ukraine le cargo Caffa, arraisonné le 6 mars, après que la justice a rejeté le recours de la société Caffa Shipping Ltd. Le rapport de force maritime est engagé, et les Européens semblent décidés à tenir la ligne malgré les menaces de Moscou.

Damien

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