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Il dirige le renseignement militaire de son pays mais ses déplacements auraient pu être suivis avec une simple application de sport : Strava embarrasse à nouveau les armées

·Damien ⏱ 5 min
Il dirige le renseignement militaire de son pays mais ses déplacements auraient pu être suivis avec une simple application de sport : Strava embarrasse à nouveau les armées Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

En janvier 2018, un étudiant australien, Nathan Ruser, repère quelque chose d’inhabituel sur la carte thermique mondiale de Strava. Dans des zones désertiques supposément vides, des tracés lumineux apparaissent, dessinant des formes géométriques parfaites. Ces contours révèlent des bases militaires secrètes, des itinéraires de patrouille et des installations sensibles. L’application de fitness venait d’exposer ce que des années de discrétion avaient soigneusement protégé.

Strava, l’application qui trahit les militaires depuis 2018

Strava agrège les données GPS de ses utilisateurs pour produire une carte mondiale des activités sportives. Coureurs, cyclistes, nageurs : chacun contribue, souvent sans y penser, à un atlas géographique mondial. Le problème devient criant quand ces utilisateurs portent un uniforme.

La carte publiée en novembre 2017 compilait alors 3 terabytes de données issues de 13 milliards de points GPS. Dans des pays à faible densité de population, les seuls tracés visibles correspondaient précisément aux zones d’activité militaire. Les bases américaines en Afghanistan, en Syrie ou en Somalie apparaissaient en clair. Des itinéraires répétitifs trahissaient des rondes de sécurité.

Ce n’est pas une fuite de documents classifiés. Personne n’a piraté quoi que ce soit. Des soldats couraient juste avec leur montre connectée, l’application activée par défaut.

Quand le chef du renseignement militaire devient traçable

L’incident de 2018 ne concernait pas que des bases anonymes. Des chercheurs en sécurité ont démontré que des officiers de haut rang pouvaient être individuellement identifiés et géolocalisés via leurs données sportives. Un profil Strava nominatif, même partiellement public, suffit à reconstituer les habitudes, les trajets domicile-travail et les déplacements d’un individu.

Imaginez le scénario : un général responsable du renseignement militaire court chaque matin autour de son domicile. Son itinéraire favori, ses horaires, son quartier résidentiel… tout cela devient accessible à n’importe qui disposant d’un compte Strava et d’un peu de patience. Ce n’est pas de la science-fiction. Le chercheur belge Joost Mollen a précisément documenté ce type de vulnérabilité en retrouvant les adresses personnelles d’agents de sécurité via leurs activités sportives publiées.

Les implications opérationnelles sont concrètes : un adversaire peut anticiper les déplacements d’un responsable du renseignement, identifier son domicile, cartographier ses habitudes et planifier une interception ou une surveillance ciblée. Tout ça grâce à une application de running.

Les failles structurelles des objets connectés en milieu militaire

Le problème dépasse Strava. La prolifération des objets connectés dans les armées modernes crée des surfaces d’attaque inédites. Montres GPS, téléphones personnels, applications de bien-être : chaque appareil embarqué sur une zone d’opération ou dans les poches d’un officier sensible représente un vecteur potentiel de fuite.

L’OTAN a publié dès 2019 des recommandations formelles encadrant l’usage des dispositifs connectés personnels dans les périmètres sensibles. Plusieurs armées ont réagi concrètement : le Pentagone a interdit les appareils connectés personnels dans certaines zones classifiées dès 2018. L’armée française a renforcé ses directives de sécurité opérationnelle (OPSEC) en précisant les règles d’usage des applications mobiles.

Malgré cela, la discipline numérique reste difficile à maintenir. Un militaire habitué à tracker ses performances sportives n’abandonne pas son application du jour au lendemain. La technologie s’intègre dans les comportements quotidiens, rendant les restrictions difficiles à appliquer sur la durée.

Strava frappe encore : les nouvelles expositions après 2018

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’épisode de 2018 n’a pas clos le sujet. Des chercheurs ont continué à exploiter les données publiques de la plateforme pour localiser des infrastructures sensibles dans des pays fermés. En 2021, des analyses de tracés Strava ont permis d’identifier des mouvements inhabituels autour de sites présentant un intérêt stratégique.

Strava a renforcé ses paramètres de confidentialité après le scandale initial, en masquant notamment les zones de départ et d’arrivée dans un rayon de 200 mètres. Mais ces ajustements ne suffisent pas si les utilisateurs n’activent pas manuellement les alternatives de protection. Par défaut, l’application reste généreuse en données.

Le paradoxe est réel : plus une application est populaire, plus sa base de données géographiques devient précise et exploitable. Avec 100 millions d’utilisateurs revendiqués par Strava, chaque zone active laisse une empreinte numérique indélébile.

Adopter une hygiène numérique stricte dès aujourd’hui

Pour quiconque travaille dans un contexte sensible, la réponse pratique ne souffre aucune ambiguïté. Désactivez le suivi GPS de toutes vos applications sportives avant toute mission ou déplacement professionnel. Vérifiez que votre profil n’est pas public. Utilisez des montres sans connectivité WiFi ou Bluetooth en zone opérationnelle.

Franchement, la question ne concerne plus seulement les militaires. Tout cadre dirigeant, négociateur international ou responsable de sécurité qui synchronise ses courses matinales offre une carte de visite géolocalisée à qui veut bien la lire. La menace est silencieuse, passive et parfaitement légale.

Le vrai danger des données de géolocalisation, c’est leur banalité. Personne ne perçoit un itinéraire de running comme une information stratégique. C’est précisément pour cette raison qu’il l’est.

Damien

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