La Gendarmerie française déploie un drone capable de voler pendant 6 heures et de surveiller jusqu’à 100 km autour de lui
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L’été 2025 marque un tournant dans les moyens aériens de la Gendarmerie Nationale : le drone DT46, conçu et fabriqué par Delair, entreprise toulousaine fondée en 2011, intègre officiellement les forces. Avec une endurance opérationnelle de 6h30 et une portée de 80 à 100 km, cet appareil à voilure fixe et décollage vertical représente bien plus qu’une simple acquisition matérielle. Sa certification ITAR-free garantit une souveraineté technologique totale, sans aucune dépendance aux composants américains soumis à la réglementation ITAR. Le DT46 s’inscrit en complémentarité directe avec le parc d’hélicoptères existant et amorce une mutation doctrinale profonde dans l’emploi des vecteurs aériens.
Un drone aux capacités techniques exceptionnelles conçu et assemblé en France
Le drone DT46 affiche des spécifications techniques qui forcent le respect. Son envergure atteint 4,5 mètres pour une masse à vide de 20 kg, portée à 25 kg en configuration VTOL (décollage vertical). La charge utile maximale est de 5 kg, suffisante pour embarquer des systèmes optroniques professionnels de haut niveau. Sa vitesse de croisière de 57 km/h lui permet de tenir tête à des vents identiques sans perdre sa stabilité.
L’autonomie incarne l’argument majeur de l’appareil. En mode voilure fixe, le DT46 tient 6h30 en l’air. En mode VTOL, l’endurance dépasse 3 heures. Le déploiement s’effectue en 15 minutes seulement, et le drone devient inaudible dès 200 mètres d’altitude, un avantage discret mais décisif pour la surveillance discrète de zones sensibles.
Deux configurations opérationnelles adaptées au terrain
En mode avion, le DT46 décolle par catapulte et se pose sur le ventre dans une zone de 30 mètres sur 150 mètres. En configuration VTOL, une surface carrée de 10 mètres suffit pour l’atterrissage vertical, ce qui ouvre des possibilités en environnements contraints : embarcations, lisières forestières, zones enclavées. Le passage d’un mode à l’autre prend deux minutes selon Delair.
La plage de fonctionnement de -10°C à +50°C rend l’appareil compatible aussi bien avec les opérations en métropole qu’en mis à part-mer. La liaison de données repose sur des fréquences dédiées en bande S avec un chiffrement AES-256 conforme aux standards OTAN. Les systèmes DRI et ADS-B In/Out assurent l’identification réglementaire en vol, activables ou désactivables selon les impératifs de discrétion.
- Envergure : 4,5 m, masse à vide 20 kg (25 kg en VTOL)
- Endurance : 6h30 en mode avion, plus de 3h en VTOL
- Chiffrement : AES-256, conforme OTAN, certification ITAR-free
Des capteurs optroniques de pointe permettant une surveillance étendue jusqu’à 100 km
La charge utile optronique du DT46 se compose de boules gyrostabilisées multicapteurs. Deux versions ont été testées par la Gendarmerie Nationale : la caméra Merio Temis XL14HD, avec une résolution jour de 1920×1080, un zoom optique x30 et un capteur thermique 1280×1024 HD LWIR ; et la Merio Temis XL16, qui combine quatre capteurs, électro-optique, infrarouge, laser et télémètre laser. Des performances sérieuses pour de la reconnaissance à longue distance.
L’efficacité de détection optronique s’étend de 15 à 20 km. Concrètement, le système identifie un homme à 1,5 km, un véhicule terrestre à 4,3 km, et des navires entre 6 et 15 km selon leur taille. Ces chiffres positionnent le DT46 comme un outil d’observation et de renseignement à part entière, bien au-delà d’un simple drone de surveillance de proximité.
Des équipements complémentaires aux usages encadrés
Le DT46 peut également embarquer une technologie LiDAR pour la cartographie 3D ultra-précise du terrain. La version LiDAR Voyager, développée par YellowScan, pèse 3,5 kg avec une portée de 1 250 mètres et une ouverture de champ de 100° x 20°, pour une précision inférieure au centimètre. Un IMSI-Catcher peut aussi être intégré pour détecter des téléphones mobiles dans une zone, sous strict contrôle judiciaire.
- Identification d’un homme : 1,5 km
- Identification d’un véhicule terrestre : 4,3 km
- Détection de navires : de 6 à 15 km selon tonnage
Contrainte importante : le DT46 doit opérer exclusivement dans des espaces aériens ségrégués, faute de système d’évitement autonome. Chaque mission nécessite une réservation préalable de volume aérien. En Manche, les compartiments surveillés atteignent 40 à 120 km de largeur pour 10 km de profondeur depuis la côte.
Des déploiements opérationnels ciblés pour lutter contre l’immigration clandestine et le narcotrafic
La Section d’Expérimentation Drone Autonome de Moyenne Endurance (SEDAME), basée à Villacoublay, incarne la première unité opérationnelle autour du DT46. Sous le commandement du commandant Arnaud Gérard, ses quatre télépilotes hautement qualifiés ont déjà cumulé plus de 80 heures de vol depuis l’acquisition initiale du drone, testant liaisons chiffrées, capteurs optroniques et résistance au brouillage.
Deux Sections d’Appui Drones prévues pour l’été 2025 traduisent des priorités opérationnelles bien définies. La SAD de Lille, installée à Lille-Lesquin pour couvrir les Hauts-de-France, est spécifiquement orientée vers la surveillance du littoral de la Manche face à l’immigration clandestine. Les zones aériennes réservées seront gérées par la Préfecture Maritime. La SAD de Pointe-à-Pitre, basée à Basse-Terre en Guadeloupe, se concentre sur la lutte contre le narcotrafic en provenance de la zone Caraïbe.
- SAD de Lille (Lille-Lesquin) : surveillance Manche, immigration clandestine
- SAD de Pointe-à-Pitre (Basse-Terre, Guadeloupe) : lutte contre le narcotrafic caribéen
- Troisième SAD envisagée à Villacoublay pour les engagements nationaux
Le DT46 s’insère entre le drone spécialisé type DJI Matrice M300 et l’hélicoptère. La Gendarmerie dispose d’une cinquantaine d’hélicoptères, dont des AS-350 Écureuil, des EC135, des EC145, et dix H160 prochainement livrés. Le drone assure la surveillance persistante en amont, optimisant l’engagement des vecteurs héliportés sans les remplacer.
Le DT46 dépasse la Gendarmerie : une plateforme qui redéfinit la tactique militaire française
L’Armée de Terre a évalué le DT46 en octobre 2024 avec le 35e Régiment d’Artillerie Parachutiste. Résultat sans appel : le DT46 surpasse le Spy’Ranger en service depuis 2017, avec un rayon d’action de 50 km contre 30 km pour son prédécesseur. La STAT a annoncé en janvier 2025 l’acquisition d’une cinquantaine d’exemplaires, destinés notamment au 1er RA, au 61e RA et à l’École des drones.
Connecté au système Atlas, le drone partage sa position et transmet coordonnées de cibles et flux vidéo jusqu’aux postes de tir CAESAR (portée 50 km) et LRU (portée 70 km). Dès janvier 2025, un appareil a été déployé en Roumanie dans le cadre de la mission Aigle, pour l’exercice Dacian Spring en mai 2025, marquant son premier engagement à l’étranger. Cette dimension interarmées du DT46 mérite attention : la plateforme Delair n’est plus un outil de surveillance policière, mais une pièce centrale du renseignement d’origine image pour l’ensemble des forces françaises projetées.