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Avec 9 frégates produites en 11 ans, la France fait mieux que les États-Unis et le Royaume-Uni qui n’arrivent plus à tenir leurs calendriers

·Damien ⏱ 12 min
Avec 9 frégates produites en 11 ans, la France fait mieux que les États-Unis et le Royaume-Uni qui n’arrivent plus à tenir leurs calendriers Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Entre 2015 et 2025, les chantiers français de Naval Group ont livré neuf frégates de premier rang à la France et à l’exportation. FREMM puis FDI : l’industrie navale militaire française a maintenu une production régulière à Lorient alors que, dans le même temps, les États-Unis ont vu leur programme de frégates Constellation accumuler les retards avant d’être fortement réduit et que le Royaume-Uni a repoussé l’arrivée de plusieurs de ses futurs bâtiments. Une comparaison qui illustre la capacité industrielle française, même si les programmes et les besoins des trois pays ne sont pas strictement identiques.

Construire un navire de guerre moderne est devenu un défi industriel majeur. Radars, missiles, sonars, guerre électronique, systèmes de combat numériques et propulsion doivent être intégrés dans une plateforme capable de rester opérationnelle pendant plusieurs décennies.

Dans ce domaine, la France conserve une compétence industrielle que beaucoup de puissances cherchent aujourd’hui à renforcer.

En onze années calendaires, de 2015 à 2025 inclus, neuf frégates construites par Naval Group ont ainsi été livrées à la Marine nationale ou à des clients étrangers.

Un rythme qui prend une dimension particulière lorsqu’on le compare aux difficultés actuellement rencontrées par deux des principales puissances navales occidentales : les États-Unis et le Royaume-Uni.

Neuf frégates livrées par Naval Group entre 2015 et 2025

Le chiffre de neuf bâtiments correspond aux frégates livrées par Naval Group entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2025.

La série débute en 2015 avec la FREMM Provence destinée à la Marine nationale et la Tahya Misr livrée à la marine égyptienne.

Suivent ensuite la Languedoc en 2016, l’Auvergne en 2017, la Bretagne en 2018 et la Normandie en 2019.

En 2021, Naval Group livre l’Alsace, première FREMM française dotée de capacités de défense aérienne renforcées. Elle est suivie en novembre 2022 par la Lorraine, deuxième bâtiment de cette variante.

La neuvième frégate de cette période est l’Amiral Ronarc’h, première Frégate de défense et d’intervention, ou FDI, destinée à la Marine nationale. Elle a été livrée à la Direction générale de l’armement en octobre 2025.

Ce décompte ne comprend même pas la FREMM Aquitaine, livrée dès 2012, ni la Mohammed VI destinée à la Marine royale marocaine et livrée en 2014.

Huit FREMM ont rejoint la Marine nationale

Le programme FREMM constitue le socle de cette réussite industrielle.

La Marine nationale française a reçu huit bâtiments : l’Aquitaine, la Provence, la Languedoc, l’Auvergne, la Bretagne, la Normandie, l’Alsace et la Lorraine.

Les six premières sont principalement conçues pour la lutte anti-sous-marine, même si leur polyvalence leur permet d’assurer de nombreuses autres missions.

L’Alsace et la Lorraine disposent de capacités de défense aérienne renforcées. Elles ont notamment été conçues pour mieux répondre aux besoins de protection d’une force navale face aux menaces aériennes.

La FREMM est également capable de mettre en œuvre le missile de croisière naval, le MdCN, donnant à la France une capacité de frappe dans la profondeur depuis la mer.

À cette série française se sont ajoutées deux FREMM exportées : la Mohammed VI pour le Maroc et la Tahya Misr pour l’Égypte.

La France est déjà passée à la génération suivante avec la FDI

Alors que la dernière FREMM française, la Lorraine, a été réceptionnée en novembre 2022, Naval Group avait déjà lancé la production de la génération suivante.

La première FDI française, l’Amiral Ronarc’h, a été mise à flot en 2022 avant d’effectuer ses premières sorties à la mer en octobre 2024.

Le bâtiment a finalement été livré en octobre 2025.

Longue d’environ 122 mètres pour un déplacement de l’ordre de 4 500 tonnes à pleine charge, la FDI représente une nouvelle génération de frégates fortement numérisées.

Elle dispose notamment du radar multifonction Sea Fire de Thales à quatre panneaux fixes, de missiles antiaériens Aster, de missiles antinavires Exocet et de capacités avancées de lutte anti-sous-marine.

Cinq FDI sont prévues pour la Marine nationale afin de contribuer au format de quinze frégates de premier rang recherché par la France.

La même chaîne de production construit également des FDI pour la Grèce

L’un des avantages industriels du programme FDI réside dans la possibilité de produire sur une même chaîne des bâtiments destinés à plusieurs marines.

La Grèce a commandé des FDI HN, une version adaptée aux besoins de la marine hellénique.

La première frégate grecque, baptisée Kimon, a été livrée en décembre 2025. Sa construction s’est déroulée à Lorient en parallèle de celle des bâtiments français.

Cette organisation permet à Naval Group de maintenir une activité industrielle continue et de mutualiser une partie des compétences, des infrastructures et de la chaîne d’approvisionnement.

La capacité à exporter devient ainsi un élément important pour conserver en France les savoir-faire nécessaires à la construction de navires de combat complexes.

Aux États-Unis, le programme Constellation a connu de lourdes difficultés

La situation américaine offre un contraste spectaculaire.

En avril 2020, l’US Navy avait attribué à Fincantieri Marinette Marine un contrat portant initialement sur la conception détaillée et la construction d’une première frégate de classe Constellation, avec des options permettant d’étendre la série.

L’objectif était de disposer rapidement d’un nouveau bâtiment de combat polyvalent en s’appuyant sur une conception dérivée de la FREMM européenne.

Mais le programme a progressivement dérivé.

Le Government Accountability Office, l’organisme d’audit du Congrès américain, a notamment constaté que la construction du premier bâtiment avait débuté alors que sa conception n’était pas suffisamment stabilisée.

En 2024, le GAO estimait déjà que la livraison du premier navire serait retardée d’au moins trois ans par rapport au calendrier initial.

Le programme devait initialement permettre à l’US Navy de retrouver rapidement une flotte importante de frégates. Il est finalement devenu un nouvel exemple des difficultés rencontrées par la construction navale militaire américaine.

L’US Navy a finalement changé de stratégie fin 2025

La situation a pris une tournure encore plus radicale le 25 novembre 2025.

L’US Navy a officiellement annoncé un changement stratégique concernant la classe Constellation afin de concentrer ses efforts sur de nouvelles catégories de bâtiments de combat de plus petite taille.

La marine américaine prévoit désormais de poursuivre la construction d’un nombre très limité de Constellation par rapport aux ambitions initiales.

Cette décision intervient alors que plusieurs milliards de dollars avaient déjà été engagés dans le programme.

Dans un rapport publié en avril 2026, le GAO estime plus largement que les programmes américains de construction navale ont régulièrement échoué à atteindre leurs objectifs au cours des deux dernières décennies, avec des dépassements de coûts et des années de retard.

Pour la première marine militaire du monde, le problème n’est donc pas le manque de moyens financiers. Il concerne également la capacité industrielle, la stabilité des conceptions et l’organisation des programmes.

Le Royaume-Uni a lui aussi dû repousser l’arrivée de ses nouvelles frégates

La Royal Navy traverse une période de transition comparable, même si ses programmes Type 26 et Type 31 continuent leur développement.

Le Type 26 doit remplacer les frégates Type 23 spécialisées dans la lutte anti-sous-marine.

La construction du premier bâtiment, le HMS Glasgow, a débuté en 2017.

Les documents britanniques publiés au début du programme envisageaient une entrée en service autour de 2026.

Le ministère britannique de la Défense a ensuite reconnu un retard d’environ douze mois de la capacité opérationnelle initiale, notamment en raison des conséquences de la pandémie, des difficultés liées à la construction d’un premier bâtiment de série et de la livraison de certains équipements.

Le HMS Glasgow est désormais attendu en service vers la fin de l’année 2028.

Il aura donc fallu plus d’une décennie entre le début de sa construction et son entrée prévue dans la flotte opérationnelle.

Le calendrier des Type 31 s’est lui aussi éloigné des ambitions initiales

Le Royaume-Uni développe parallèlement les frégates Type 31, destinées à remplacer les cinq Type 23 à vocation générale.

Le programme avait initialement pour objectif de livrer les cinq bâtiments « off contract » avant la fin de l’année 2028.

En janvier 2024, des responsables britanniques évoquaient encore une capacité opérationnelle initiale du premier bâtiment, le HMS Venturer, à la fin de l’année 2027.

Mais les dernières réponses officielles du ministère britannique de la Défense montrent désormais un calendrier différent.

Le 24 juin 2026, le ministre britannique de la Défense Luke Pollard a indiqué devant le Parlement que le HMS Venturer devait être remis à la Royal Navy « d’ici la fin de la décennie » et que les cinq Type 31 devraient être en service au début des années 2030.

Le calendrier s’est donc sensiblement éloigné des objectifs annoncés quelques années auparavant.

Pourquoi la France parvient-elle à maintenir cette continuité industrielle ?

L’un des principaux atouts français réside dans la continuité des programmes.

Le site Naval Group de Lorient possède une longue expérience dans la construction de bâtiments de combat de surface.

Les équipes qui ont travaillé sur les FREMM ont ainsi pu conserver leurs compétences avant de passer progressivement au programme FDI.

Cette continuité évite de perdre une partie des savoir-faire entre deux générations de navires.

La France bénéficie également d’une filière industrielle structurée autour de Naval Group, mais aussi de groupes comme Thales et MBDA ainsi que de centaines de PME et d’équipementiers spécialisés.

Un navire de guerre n’est en effet pas uniquement une coque. Une grande partie de sa valeur repose sur son système de combat, ses capteurs, ses moyens de communication et ses armements.

Les exportations permettent aussi de maintenir le rythme des chantiers

La réussite française ne repose pas uniquement sur les commandes de la Marine nationale.

Les contrats obtenus au Maroc, en Égypte puis en Grèce ont contribué à maintenir l’activité des chaînes de production.

Entre 2015 et 2025, les neuf frégates retenues dans ce décompte comprennent ainsi des navires destinés à la France mais également un bâtiment livré à l’Égypte.

Cette stratégie permet d’augmenter le volume total de production sans faire reposer l’ensemble de la charge industrielle sur le seul budget militaire français.

Elle donne également à Naval Group une expérience importante dans l’adaptation de ses bâtiments aux exigences de marines étrangères.

La France n’est toutefois pas totalement épargnée par les décalages

Le tableau français n’est pas parfait.

Le rapport annuel 2025 de Naval Group indique que le calendrier des prochaines FDI françaises a été révisé.

Les livraisons des deuxième et troisième bâtiments français sont désormais programmées respectivement pour la fin 2027 et la fin 2029, tandis que les quatrième et cinquième doivent suivre à la fin 2031 et à la fin 2032.

Comparer directement la France, les États-Unis et le Royaume-Uni nécessite également de la prudence. Les caractéristiques techniques des bâtiments, les volumes commandés, les méthodes contractuelles et les exigences militaires ne sont pas identiques.

Les Type 26 britanniques sont par exemple des bâtiments plus lourds que les FDI françaises et répondent à des besoins spécifiques de lutte anti-sous-marine.

Le constat industriel reste néanmoins remarquable : la France a réussi à maintenir une production régulière de frégates de premier rang tout en passant d’une génération de navires à une autre.

Neuf frégates en onze ans, mais surtout une chaîne industrielle qui n’a jamais cessé de produire

Le véritable avantage français se trouve peut-être moins dans le chiffre de neuf frégates que dans la continuité industrielle qu’il révèle.

Entre la FREMM Provence livrée en 2015 et la FDI Amiral Ronarc’h livrée en 2025, Naval Group a continué à construire, intégrer et tester des bâtiments de combat complexes sur son site de Lorient.

Pendant la même période, les États-Unis ont tenté de relancer leur capacité de production de frégates avec un programme Constellation qui a finalement été fortement réduit après des retards importants.

Le Royaume-Uni poursuit de son côté deux programmes ambitieux, Type 26 et Type 31, mais avec des calendriers qui se sont progressivement décalés.

Dans un contexte marqué par le réarmement mondial et le retour des affrontements navals de haute intensité, cette capacité française à concevoir et produire des navires de guerre apparaît désormais comme un atout stratégique majeur.

Les neuf frégates livrées entre 2015 et 2025 ne représentent donc pas seulement une performance industrielle. Elles montrent surtout que la France a réussi à préserver une filière capable de passer d’une génération de navires à la suivante au moment où plusieurs de ses alliés cherchent justement à reconstruire ou accélérer leurs propres capacités de production navale.

Sources

Damien

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