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Quel est cet homme connu de tous les policiers de France  ?

·Damien ⏱ 7 min
Quel est cet homme connu de tous les policiers de France  ? Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Son visage moustachu est aujourd’hui méconnu du grand public. Pourtant, tous les policiers français travaillent dans une institution qu’il a profondément transformée. En 1907, Célestin Hennion participe à la création de douze brigades mobiles capables de poursuivre les criminels au-delà des limites départementales. Ces unités deviendront les célèbres « Brigades du Tigre » et poseront les fondations de la police judiciaire moderne.

Une photographie en noir et blanc montre un homme au regard sérieux, vêtu d’un costume sombre caractéristique du début du XXe siècle. Peu de Français seraient aujourd’hui capables de l’identifier. Son nom demeure pourtant étroitement associé à l’histoire de la Police nationale.

Cet homme est Célestin Hennion, ancien commissaire, directeur de la Sûreté générale puis préfet de police de Paris. Plus d’un siècle après sa mort, les méthodes et l’organisation qu’il a contribué à mettre en place continuent d’influencer le travail des enquêteurs.

Célestin Hennion, l’un des pères de la police moderne

Célestin Hennion naît le 8 septembre 1862 à Gommegnies, une commune située dans le département du Nord. Après un passage dans l’armée, il rejoint en 1886 la police spéciale des chemins de fer, un service chargé à la fois du renseignement et de la surveillance des réseaux ferroviaires.

Il gravit rapidement les échelons. En 1890, il devient commissaire de police à Verdun, dans la Meuse. Il s’y fait remarquer par sa capacité à réorganiser les services et à moderniser les méthodes de travail des agents.

Son parcours le conduit ensuite à Paris. En janvier 1907, Georges Clemenceau, alors président du Conseil et ministre de l’Intérieur, le nomme directeur de la Sûreté générale.

La France est alors confrontée à une criminalité en pleine transformation. Les malfaiteurs utilisent le train, les automobiles et les nouveaux moyens de communication pour changer rapidement de département et échapper aux polices locales.

Une police locale dépassée par des criminels devenus mobiles

Au début du XXe siècle, l’organisation policière française reste largement fragmentée. Les agents disposent de compétences territoriales limitées et les échanges d’informations entre les villes sont encore insuffisants.

Les criminels, eux, ne respectent évidemment aucune frontière administrative. Certains cambriolent dans une région, prennent le train ou la route, puis revendent leur butin à plusieurs centaines de kilomètres.

Cette mobilité donne souvent une longueur d’avance aux bandes organisées. Célestin Hennion comprend qu’il faut leur opposer des enquêteurs eux-mêmes capables de se déplacer rapidement et de travailler sur plusieurs départements.

Il défend donc auprès de Georges Clemenceau la création d’unités régionales spécialisées dans la recherche des auteurs de crimes et de délits.

Douze brigades mobiles créées à la fin de l’année 1907

À la fin du mois de décembre 1907, un décret institue douze brigades régionales de police mobile. Chacune comprend en moyenne une quinzaine d’enquêteurs et possède une compétence étendue sur plusieurs départements.

Leur mission consiste à seconder l’autorité judiciaire dans la recherche et l’arrestation des criminels. Contrairement aux services locaux, ces policiers peuvent suivre une affaire au-delà des limites d’une ville ou d’un département.

Ces unités utilisent les moyens considérés comme les plus modernes de leur époque : automobiles, téléphone, photographie judiciaire, fichiers de signalement et relevés d’empreintes digitales.

La première brigade est installée à Paris. D’autres sont notamment implantées à Lille, Caen, Nantes, Tours, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Dijon et Châlons-sur-Marne.

Pourquoi les appelle-t-on les « Brigades du Tigre » ?

À leur création, ces unités portent officiellement le nom de « brigades régionales de police mobile ». L’expression « Brigades du Tigre », devenue célèbre par la suite, fait référence à Georges Clemenceau.

Le président du Conseil était en effet surnommé « le Tigre » en raison de son caractère et de son activité politique. Célestin Hennion est cependant considéré comme le principal organisateur opérationnel de ces nouvelles unités.

Il prépare la réforme, participe à sa mise en œuvre et confie la direction des brigades mobiles au commissaire Jules Sébille.

Ces brigades sont aujourd’hui présentées par la Police nationale comme les ancêtres des services régionaux de police judiciaire.

Des enquêteurs mieux formés et équipés

La réforme ne repose pas uniquement sur l’utilisation d’automobiles. Célestin Hennion souhaite également professionnaliser le travail d’enquête.

Les policiers des brigades mobiles sont sélectionnés pour leur expérience et leur aptitude aux investigations. Ils apprennent à exploiter les traces, à photographier les suspects, à comparer les signalements et à centraliser les informations recueillies.

Ces enquêteurs doivent également entretenir des relations régulières avec les magistrats, les gendarmes et les services de police locaux.

Leur apparition marque le passage progressif d’une police essentiellement territoriale à une organisation capable de traiter une criminalité itinérante et structurée.

Les méthodes utilisées aujourd’hui sont beaucoup plus avancées

Les outils ont évidemment considérablement évolué depuis 1907. Les enquêteurs peuvent désormais exploiter l’ADN, la téléphonie, les images de vidéosurveillance, les données numériques, les fichiers nationaux et la coopération policière internationale.

Le principe imaginé par Célestin Hennion demeure néanmoins reconnaissable : confier les affaires complexes à des policiers spécialisés, mobiles et capables de coordonner leurs recherches sur un territoire dépassant les limites d’un commissariat.

La centralisation des renseignements, le partage des signalements et la spécialisation des enquêteurs figurent toujours parmi les fondements du travail de police judiciaire.

Il devient préfet de police de Paris en 1913

Après avoir dirigé la Sûreté générale, Célestin Hennion est nommé préfet de police de Paris en 1913, succédant à Louis Lépine.

Il poursuit alors la réorganisation des services parisiens et participe à la structuration de la police judiciaire et des renseignements généraux au sein de la préfecture de police.

Sa carrière à ce poste est toutefois courte. Affaibli par la maladie, il quitte ses fonctions en 1914. Il meurt le 14 mars 1915, à seulement 52 ans.

Son corps est ensuite transféré dans sa commune natale de Gommegnies, où une rue porte son nom. Une allée située à proximité immédiate de la préfecture de police de Paris lui rend également hommage.

Un visage oublié, mais un héritage toujours présent

Célestin Hennion n’est probablement pas identifié immédiatement par chaque policier lorsqu’on lui présente son portrait. Pourtant, les policiers connaissent tous l’héritage institutionnel qu’il a laissé.

Les Brigades du Tigre appartiennent à l’histoire collective de la Police nationale. Elles symbolisent l’apparition d’enquêteurs spécialisés, capables de se déplacer rapidement et de confronter les informations recueillies dans plusieurs régions.

Le Musée de la préfecture de police présente d’ailleurs Célestin Hennion et Louis Lépine comme deux des fondateurs de la police moderne.

À l’image du général René Omnès, figure emblématique de la Gendarmerie nationale, Célestin Hennion a durablement marqué l’institution à laquelle il a consacré sa carrière.

Plus d’un siècle après la création des premières brigades mobiles, son visage demeure discret. Son idée, elle, n’a jamais disparu : pour combattre une criminalité qui se déplace et se transforme, la police doit être mobile, spécialisée et organisée.

Sources

Damien

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