CRS à bout de souffle : une gestion « déraisonnable » dénoncée par le syndicat Alliance
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirSurmenés, dispersés, détournés de leur mission première : les CRS tirent la sonnette d’alarme à quelques jours du 14 juillet. Le syndicat Alliance fustige une gestion « irrationnelle » et une absence de considération pour des unités au bord de la rupture.
Les compagnies républicaines de sécurité (CRS) multiplient les déplacements imprévus depuis plusieurs mois, dans un contexte de tensions nationales croissantes. Le 30 juin, le syndicat Alliance Police nationale CRS a dénoncé publiquement sur les réseaux sociaux une situation devenue intenable : des kilomètres à n’en plus finir, des redéploiements permanents, une désorganisation structurelle. Une carte publiée par le syndicat illustre cette dérive, mettant en évidence un chaos logistique qui impacte gravement la santé des agents et l’efficacité de leur action.
La compagnie 42, basée à Nantes, en est l’un des exemples les plus révélateurs. Prévue pour une mission de 20 jours à Lyon, elle est finalement envoyée en urgence à Paris, puis à Strasbourg, totalisant plus de 5 000 kilomètres parcourus en seulement 12 trajets. Une aberration logistique que déplore Johann Cavalléro, délégué national CRS chez Alliance : « Ça continue, on n’arrive plus à gérer ».
Autre cas édifiant : la compagnie 34, affectée à Nice du 4 au 27 juin, a dû parcourir 132 000 kilomètres avec ses 15 véhicules, pour un coût de péages de plus de 16 000 euros et près de 15 800 litres de carburant consommés. Des chiffres vertigineux qui traduisent une dérive coûteuse autant qu’épuisante.
Des missions sans fin et sans logique
Sur les 59 compagnies existantes, 48 sont actuellement engagées dans 32 missions dites « permanentes », tandis que 5 sont en formation. Il ne reste donc que 6 unités réellement disponibles pour des interventions urgentes sur le territoire national. Ce déséquilibre force les préfets, souvent démunis en moyens locaux, à solliciter des compagnies éloignées, générant des détournements de mission incessants.
Parmi ces redéploiements, la lutte contre l’immigration clandestine représente à elle seule 30 % des engagements détournés, selon le syndicat à VA. Un glissement progressif qui éloigne les CRS de leur vocation initiale de maintien de l’ordre public.
« On assiste à une gestion éclatée, où chaque préfet tire la couverture à lui, au détriment d’une doctrine unifiée », critique Cavalléro, rappelant que la doctrine d’emploi des forces mobiles adoptée en 2015 semble aujourd’hui oubliée. Le syndicat fustige aussi une perte de contrôle du ministère de l’Intérieur, remplacé dans les faits par une gestion opportuniste et court-termiste.
Des décisions absurdes à la veille du 14 juillet
À quelques jours des célébrations du 14 juillet, l’inquiétude grandit au sein des unités. L’incertitude plane sur la répartition des effectifs. « Vous verrez, il y aura encore des CRS de Lyon, Marseille ou Bordeaux qui vont devoir monter à Paris », alerte Johann Cavalléro. Une anticipation rendue difficile par la désorganisation actuelle.
Dernier exemple en date : une compagnie envoyée depuis Lyon jusqu’à Paris pour une mission d’une demi-journée lors de la finale de la Ligue des champions, avant d’être renvoyée chez elle à peine 48 heures plus tard. Un déplacement jugé inutile, coûteux et révélateur d’un pilotage à vue.
Face à ce climat de fatigue généralisée, d’absurdités logistiques et de missions détournées, les CRS réclament une refonte urgente de leur gestion et un retour à une planification rationnelle. Le syndicat Alliance appelle à une prise de conscience rapide des autorités : « Sans reconnaissance ni visibilité, c’est toute la sécurité publique qui vacille. »
