Insécurité : à Nice, des VTC dédiés aux femmes pour des trajets plus sûrs
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirFace à un sentiment d’insécurité croissant dans les véhicules de tourisme avec chauffeur, des entreprises comme Bolt ou Girly car proposent des solutions réservées aux femmes. Une réponse à un besoin réel, exprimé par de nombreuses usagères.
« Me retrouver dans un endroit confiné avec un homme, ça ne me plaît pas. » Emma, 22 ans, étudiante en design graphique à Nice, n’a jamais oublié ce trajet nocturne où son chauffeur, visiblement sous l’emprise de stupéfiants, roulait à vive allure dans les rues désertes de la ville.
Comme elle, Mila (1), 25 ans, redoute les conversations déplacées, les avances malvenues, les silences lourds de tension dans les VTC qu’elle prend régulièrement entre Vence et Antibes. « Je ne peux pas m’empêcher de ressentir de l’inquiétude, en me demandant s’il va bien m’emmener à l’adresse prévue. »
Des offres pensées pour les femmes
C’est pour répondre à ce climat d’insécurité que Bolt, acteur majeur du transport à la demande, a lancé en janvier dernier à Nice une offre baptisée « Women to Women ». Le principe : permettre aux passagères de choisir une conductrice, et aux femmes chauffeurs de n’accepter que des clientes. Une mesure saluée localement, où plus de cent utilisatrices se sont déjà inscrites, selon Guillaume Burland, porte-parole de l’entreprise. « Plusieurs centaines de courses ont été effectuées depuis le lancement, essentiellement les samedis soirs entre 20h et 23h », précise-t-il.
Pour accéder à ce service, les passagères doivent effectuer une vérification de sécurité incluant un selfie et l’envoi d’une pièce d’identité. Une précaution qui vise aussi à protéger les conductrices, encore minoritaires mais croissantes dans le secteur. À Nice, 6 % des chauffeurs VTC sont des femmes, soit le double de la moyenne nationale.
Une concurrence qui se heurte à des résistances
Autre initiative à Nice : Girly car, arrivée en novembre 2024 avec un concept 100 % féminin. Objectif : des trajets uniquement entre femmes. Mais face au manque de conductrices disponibles — une trentaine à peine dans la ville — l’entreprise a dû adapter son modèle. « Des hommes peuvent désormais conduire, mais sous conditions strictes de sécurité : partage instantané de la course, bouton d’alerte avec géolocalisation… », explique Laurent Salverius, responsable de Girly car.
La jeune société a également engagé des partenariats avec des centres de formation, dont un à Puget-sur-Argens, pour favoriser l’entrée de nouvelles femmes dans le métier. Mais l’implantation n’a pas été sans heurts. « Nous avions décroché un accord avec l’aéroport de Nice, mais sous la pression des taxis et VTC traditionnels, nous l’avons perdu. Une de nos voitures a même vu ses autocollants arrachés », déplore-t-il.
Une attente forte des usagères
À défaut d’une régulation généralisée, ces initiatives privées témoignent d’un besoin criant de sécurité et de choix pour les femmes. La méfiance, souvent banalisée ou ignorée, s’ancre dans une réalité quotidienne faite de remarques sexistes, de regards insistants, et parfois d’incidents bien plus graves.
Tant que le simple fait de monter dans une voiture avec un inconnu en pleine nuit suscitera la peur, ces offres différenciées resteront plus que légitimes : essentielles.
