Un surveillant pénitentiaire traqué jusque chez lui : “Ils filmaient ma maison”
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirFilmé par d’anciens détenus, menacé en détention, et désormais espionné à son domicile : un agent de la maison d’arrêt de Doai vit sous pression. Le syndicat FO Justice réclame des mesures fermes.
Une affaire inquiétante secoue le milieu pénitentiaire, après qu’un surveillant de la maison d’arrêt a été la cible d’actes d’intimidation aussi bien dans l’exercice de ses fonctions qu’en dehors. Les faits, révélés par le syndicat FO Justice dans un tract diffusé ce vendredi, suscitent une vive émotion chez les personnels de l’établissement.
Tout commence le jeudi 26 juin. Alors qu’il profite de sa pause déjeuner pour passer un appel personnel depuis sa voiture, garée à l’extérieur de la prison, le surveillant est filmé sans son accord par deux anciens détenus. Une situation tendue : le fonctionnaire tente d’intervenir en passant le bras par la portière pour demander l’arrêt de la vidéo, mais l’un des individus lui saisit la main. Il parvient néanmoins à faire fuir les deux hommes.
Le lendemain, l’affaire prend une tournure plus grave. Lors d’une fouille de cellule, un téléphone est retrouvé avec une photo du surveillant. Le détenu concerné, surnommé « M », croise ensuite l’agent dans les couloirs et le provoque : « Tu faisais moins le malin hier dans ta voiture », lance-t-il, en citant même la marque de son véhicule. Un message clair : le surveillant est devenu une cible.
Mais le plus troublant survient dans l’après-midi. À 15h20, l’épouse du surveillant appelle la maison d’arrêt en panique : une camionnette blanche serait stationnée devant leur domicile, en train de filmer leur maison. Une atteinte à la sphère privée qui fait redouter le pire.
Le syndicat tire la sonnette d’alarme
Pour FO Justice, ces faits sont la goutte d’eau de trop. Le syndicat exige en priorité le transfert immédiat du détenu M, détenteur du téléphone. Mais il demande aussi des sanctions exemplaires et un message fort de l’administration face à des comportements qu’il juge « odieux » et « intolérables ».
« On ne peut pas accepter que nos collègues soient visés jusque dans leur vie privée, que leurs familles vivent dans l’angoisse », alerte le syndicat, qui fait le lien avec d’autres attaques ciblées recensées ces derniers mois dans le milieu carcéral.
Un manque de soutien de l’administration dénoncé
Malgré la gravité des événements, le surveillant affirme n’avoir reçu aucun soutien de sa hiérarchie. Pire : lors d’un échange avec la cheffe d’établissement, cette dernière lui aurait déclaré : « Arrêtez de polluer la détention », en référence à la fréquence élevée de ses saisies de téléphones et objets interdits.
Un commentaire vécu comme une gifle par l’agent, qui s’investit pleinement pour la sécurité de l’établissement. Une implication qui semble aujourd’hui faire de lui une cible, selon FO Justice.
« Que faut-il attendre pour agir ? Qu’il se passe quelque chose de plus grave ? », interroge un délégué syndical, réclamant des réponses immédiates et concrètes. FO Justice assure apporter tout son soutien à son collègue et à sa famille, et appelle à une prise de conscience urgente face à l’escalade des tensions en milieu carcéral.
Une enquête interne aurait été ouverte, mais du côté des agents, la défiance grandit. « La peur a changé de camp », conclut un surveillant. « Mais on n’est pas là pour se taire. »
