Mort de Nahel : Deux ans après. Procès pour meurtre, non-lieu… Où en est l’enquête
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirDeux ans après la mort de Nahel, neutralisé lors d’un contrôle de police à Nanterre, un hommage lui a été rendu ce vendredi dans la ville des Hauts-de-Seine. Le policier à l’origine du tir est renvoyé devant les assises pour meurtre.
Ce vendredi 27 juin 2025, Nanterre se recueille. Deux ans après la mort de Nahel, 17 ans, neutralisé d’une balle à bout portant lors d’un contrôle de police, une cérémonie d’hommage est organisée dans la ville où le drame s’est produit. Une date symbolique, qui coïncide aussi avec un tournant judiciaire majeur : le policier mis en cause sera jugé pour meurtre.
Une reconstitution déterminante
Nahel a été neutraliséle 27 juin 2023, alors qu’il refusait d’obtempérer lors d’un contrôle routier. Le tir d’un policier a mis fin à sa vie. Très vite, une enquête pour meurtre est ouverte, alimentée par des témoignages contradictoires et une vive émotion dans le pays. Les images de la scène, largement diffusées sur les réseaux sociaux, avaient contribué à embraser les quartiers populaires. Plusieurs nuits d’émeutes s’étaient alors propagées partout en France.
Le 5 mai 2024, une reconstitution sur les lieux mêmes du drame permet de faire avancer l’enquête. Un expert accidentologue est formel : aucune des versions – ni celle des policiers ni celle des passagers – ne correspond totalement aux faits. Si l’enquête a permis d’écarter la thèse de violences sur Nahel avant le tir, elle a aussi invalidé la mise en danger immédiate des policiers, qui aurait pu justifier l’usage de l’arme.
Le policier jugé pour meurtre, un autre blanchi
Le 3 juin 2025, le couperet tombe. Les juges d’instruction décident de renvoyer le policier, Florian M., devant la cour d’assises pour meurtre. Selon l’ordonnance de mise en accusation consultée par l’AFP, « rien ne démontre qu’il était autorisé à faire usage de son arme, en méconnaissance des principes de proportionnalité et d’absolue nécessité ».
L’affaire pourrait être jugée au deuxième ou troisième trimestre 2026 devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine, « sous réserve de recours », précise le tribunal. Car recours il y aura : l’avocat du fonctionnaire, Me Laurent-Franck Lienard, a annoncé son intention de faire appel. « Nous soutenons que le tir était légitime et nous entendons bien le faire juger », affirme-t-il.
En revanche, l’autre policier présent au moment des faits, jusqu’ici témoin assisté, a bénéficié d’un non-lieu. Son avocate, Me Pauline Ragot, salue une décision « logique », évoquant des accusations « imaginaires » à son encontre.
Entre soulagement et crispation
Du côté de la famille de Nahel, l’heure est au soulagement, teinté de retenue. « C’est l’application de la loi, tout simplement », réagit Me Frank Berton, avocat de la mère du jeune homme. Il évoque un « sentiment de satisfaction » après deux ans d’attente et d’espoir. « On n’a eu de cesse de dire qu’il n’y avait aucun doute sur la qualification de meurtre », insiste-t-il.
Mais cette décision ne fait pas l’unanimité. Le syndicat Unsa Police a exprimé « son désaccord » et redoute que ce renvoi devant la justice ne « jette un trouble profond sur la capacité des forces de l’ordre à intervenir face aux menaces ». Plusieurs manifestations de policiers ont eu lieu dans l’Hexagone après l’annonce du renvoi en assises.
