En désaccord avec la loi sur la vérification d’âge, Pornhub, Youporn et Redtube bloquent l’accès aux internautes français
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLe géant chypriote de la pornographie en ligne, Aylo, propriétaire de Pornhub, Youporn et Redtube, déconnecte ses plateformes du public français à partir du mercredi 4 juin. En cause : l’obligation de vérification d’âge imposée par le gouvernement français.
À compter de ce mercredi après-midi, les internautes français n’auront plus accès aux contenus pornographiques des plateformes les plus visitées du web. Comme le relate FranceTVInfo, Aylo, la maison mère des sites Pornhub, Youporn et Redtube, a annoncé lors d’une conférence de presse, mardi 3 juin, qu’elle retirait l’ensemble de ses services du territoire français. À la place des vidéos habituellement disponibles, les visiteurs verront s’afficher un message dénonçant la législation française sur la vérification de l’âge.
Une décision radicale pour contester la loi
« Aylo est très pro-vérification d’âge », assure Alex Kekesi, vice-président en charge de la marque et de la communauté du groupe. Mais selon lui, la législation française est « symbolique, inutile et dangereuse pour la vie privée », une vérité que « leur gouvernement refuse de leur dire ». Avec près de 7 millions de visiteurs quotidiens en provenance de France, Aylo justifie sa décision par les risques engendrés, selon lui, par cette obligation : « La vérification d’âge en masse n’a jamais été testée à cette échelle et crée des risques de piratage et de fuite de données personnelles. »
Le groupe réclame une solution plus sécurisée, comme une vérification au niveau de l’appareil utilisé, qui, selon lui, ne pourrait pas être contournée par un VPN, et recommande en parallèle l’usage du contrôle parental.
La France et l’Union européenne haussent le ton
Du côté des autorités françaises, le ton est ferme. « Si Aylo préfère sortir de France que d’appliquer notre loi, libre à eux », a réagi sur X la ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, Clara Chappaz. Elle défend la méthode française, basée sur le référentiel de l’Arcom, qui impose un « double anonymat » : l’entreprise qui vérifie l’âge ne sait pas à quel site l’utilisateur veut accéder, et inversement.
Depuis le 11 avril, tous les sites pornographiques établis en France ou hors de l’Union européenne sont soumis à cette obligation. Pour les plateformes basées dans l’UE, la date butoir était fixée au 6 juin. Dix-sept géants du secteur sont concernés. Fini donc le simple clic sur la mention « J’ai plus de 18 ans » : les utilisateurs doivent désormais fournir une preuve d’âge via des technologies comme l’analyse d’un document d’identité ou un selfie, sans que leurs données soient directement collectées par les sites.
Bruxelles entre dans la danse
La pression monte aussi au niveau européen. La Commission européenne a annoncé qu’elle lancerait en juillet 2025 sa propre application de vérification d’âge, afin d’uniformiser les pratiques et d’assurer la protection des mineurs sur l’ensemble du continent. En parallèle, elle a ouvert des enquêtes contre quatre plateformes, dont Pornhub, Stripchat, XNXX et XVideos, pour non-respect présumé de la réglementation européenne.
Pour l’instant, les internautes français devront se passer des services d’Aylo. Mais cette crise autour de la protection des mineurs en ligne pourrait bien rebattre les cartes des usages numériques à l’échelle européenne.
