Tueurs de 15 ans, assassinats à la demande, menaces contre l’État : La France submergée par la mafia 2.0 selon un rapport policier
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirTueurs mineurs, ubérisation du crime, menaces contre l’État, la France fait face à une criminalité organisée en mutation rapide. Un rapport confidentiel alarmant de la Police nationale dresse un constat glaçant : la criminalité organisée plonge la France dans une spirale meurtrière sans précédent.
Établie par le Sirasco (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée), cette note, que Le Journal du Dimanche s’est procuré, révèle des chiffres et des tendances qui donnent le vertige : 301 assassinats ou tentatives ont été recensés en 2024, touchant 525 victimes, dont 110 ont trouvé la mort. La France dépasse désormais la Belgique ou les Pays-Bas en nombre de morts liées au crime organisé.
Une violence en expansion géographique et statistique
Entre 2021 et 2024, les assassinats et tentatives ont augmenté de 33 %, avec un pic en 2023 (598 victimes), année noire marquée par une guerre sanglante entre la DZ Mafia et le Clan Yoda à Marseille. Mais la plus grande inquiétude vient de l’extension géographique de cette violence. Alors que les grandes métropoles étaient historiquement les foyers de ces conflits, 173 villes ont désormais été touchées en 2024, contre 161 l’année précédente. Petites et moyennes communes ne sont plus épargnées.
Tueurs à gages adolescents : le nouveau visage du crime
L’un des constats les plus frappants du rapport est la jeunesse alarmante des assassins. En 2023, 23 % des affaires élucidées impliquaient des tueurs de moins de 20 ans, dont 17 mineurs. Le plus jeune tueur interpellé n’avait que 15 ans. Cette tendance s’inscrit dans un modèle de recrutement cynique et efficace : de jeunes profils, souvent issus du trafic local, faiblement payés, facilement remplaçables, mobiles, enrôlés via des messageries cryptées ou les réseaux sociaux.
Les victimes aussi sont jeunes. Sur l’année 2023, 72 mineurs figurent parmi les morts ou blessés par balles dans le cadre de règlements de comptes. Un chiffre qui représente 12 % du total.
L’ubérisation de l’assassinat : une logistique décomplexée
Le rapport du Sirasco met en lumière un nouveau modèle d’organisation du crime : une ubérisation de l’assassinat, où les commanditaires recrutent des équipes via Telegram, WhatsApp ou Snapchat. Les tarifs sont désormais connus :
- 15 000 à 20 000 € pour un tueur,
- 10 000 € pour un chauffeur,
- 2 000 € pour celui qui filme l’exécution.
Cette division des tâches dilue les responsabilités, rend les enquêtes plus complexes et les auteurs plus difficiles à identifier. Les policiers notent que cette industrialisation de la violence a des racines anciennes : dès 2020, des équipes marseillaises et bulgares étaient déjà sollicitées via ENCROCHAT ou SKY-ECC. Aujourd’hui, ce savoir-faire s’est diffusé à l’échelle nationale : des groupes d’Île-de-France opèrent à Toulouse, Rennes, Amiens, Lyon, Nice et Marseille.
Une violence qui dépasse les assassinats
Les règlements de comptes ne se limitent plus aux tirs. Enlèvements, séquestrations, tortures, incendies criminels sont devenus monnaie courante, notamment dans les réseaux de narcotrafic. En 2023, 65 % des faits d’enlèvement ou de séquestration recensés par la police étaient liés à ce trafic.
Plus inquiétant encore : ces violences s’attaquent désormais aux institutions de l’État. En novembre dernier, un membre de la DZ Mafia incarcéré à Nancy a menacé deux magistrats et la directrice de prison. Quelques jours plus tard, 120 000 euros étaient promis pour la tête d’un cadre pénitentiaire aux Baumettes. Une intervention policière a permis, in extremis, d’éviter l’exécution par deux individus armés.
Même les avocats sont devenus des cibles : en février, un commando de quatre hommes a été arrêté alors qu’il s’apprêtait à enlever un avocat devant son domicile.
Une alerte à prendre au sérieux
Le Sirasco tire la sonnette d’alarme : la criminalité organisée française est en pleine transformation. Plus jeune, plus décentralisée, plus connectée, plus violente, elle menace non seulement les individus, mais aussi les institutions. Et si le nombre d’homicides connaît une flambée spectaculaire, ce sont surtout les méthodes, la logistique et le cynisme croissant des auteurs qui inquiètent les analystes. Face à ce nouveau paradigme, les moyens d’enquête et de prévention semblent aujourd’hui à la peine.
Une chose est sûre : la France est entrée dans une nouvelle ère du crime.