Agressé lors d’une intervention, un pompier de l’Oise réclame un million d’euros pour marquer les esprits
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirL’adjudant-chef Manuel Gatin n’oubliera pas la nuit du 19 au 20 avril. Appelé en intervention avec ses collègues pour porter secours à un individu en détresse, ce pompier de la caserne de Noailles a été violemment agressé.
Bousculé, insulté, menacé, et même craché au visage par la personne qu’il venait aider, il a décidé de réagir avec force : lors du procès de l’agresseur, il a demandé un million d’euros de dommages et intérêts.
« Ce n’était pas une véritable demande, mais un acte symbolique », confie Manuel Gatin. « Une vie, ça n’a pas de prix. Ce que je voulais, c’était alerter sur la multiplication des violences envers les pompiers. » Depuis janvier, 17 sapeurs-pompiers ont déjà été visés par des agressions dans l’Oise, dont 12 violences physiques.
L’homme à l’origine de l’agression a été rapidement interpellé par les forces de l’ordre et jugé en comparution immédiate le 23 avril. Il a été condamné à quatre mois de prison ferme et devra verser 600 euros d’indemnités, dont 400 à Manuel Gatin. Aucune excuse n’a été formulée à l’audience.
Des violences de plus en plus fréquentes
Pour le lieutenant Oissini Bachir, chef du centre de secours de Noailles, ces agressions sont devenues « tristement banales ». « Il ne faut pas s’y habituer, alerte-t-il. Nous sommes là pour sauver des vies, pas pour être pris pour cible. » Il salue la réaction « exemplaire » de son collègue, resté calme face à la provocation comme le relate Le Parisien.
Chaque fait est désormais signalé au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 60), afin de déposer plainte et sensibiliser l’opinion. Un changement de pratique salué par le président du SDIS, Éric de Valroger, qui rappelle que « chaque agression doit s’accompagner d’un accompagnement judiciaire et d’un avocat pour la victime ».
En 2024, 52 pompiers ont déjà été victimes de 33 agressions physiques et 19 outrages dans le département. « Les agresseurs sont souvent en état d’ébriété ou atteints de troubles psychologiques », souligne l’élu.
Des mesures attendues
Pour Yannick Gosnet, président du syndicat autonome SA 60, les agressions verbales sont devenues « quotidiennes ». Il réclame des mesures concrètes, comme l’installation de panneaux de prévention sur les véhicules de secours, à l’image de ceux présents dans les hôpitaux.
« Il faut systématiser les dépôts de plainte et montrer que ces actes ont des conséquences », insiste-t-il. Le jugement dans l’affaire de Manuel Gatin représente, selon lui, un signal fort : « Vivre en société implique des règles, et il appartient aux juges de les faire respecter. »
