Policiers d’élite, missions à haut risque… et toujours pas de prime. La BRI réclame son dû !
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLes visages sont masqués, mais la détermination est visible. Ce mercredi, devant le siège de la direction nationale de la police judiciaire à Nanterre, les policiers d’élite de la BRI (Brigades de recherche et d’intervention) s’apprêtent à mener une action symbolique, mais forte : une manifestation cagoulée, reflet de leur identité protégée mais aussi de leur profond sentiment d’invisibilité face aux pouvoirs publics. Une grogne inédite secoue ce service d’élite de la police judiciaire, dont les 400 agents réclament depuis plus de dix ans une prime mensuelle de 400 euros. Une revendication toujours restée lettre morte.
Une colère à la hauteur d’un engagement hors norme
Ces policiers d’élite, engagés dans les dossiers les plus sensibles et dangereux du pays, ne décolèrent pas. Ils sont les artisans de l’arrestation de Matéo, tueur à gages présumé de six assassinats à Marseille, ou encore de la filature et l’interpellation d’Antonio Ferrara, figure du banditisme, arrêté en Belgique en février dernier. Plus récemment, ils se sont jetés en urgence sur les routes du sud de l’Espagne pour traquer les complices de Mohamed Amra, l’ennemi public numéro un, laissant famille et vacances derrière eux. Le suspect a finalement été interpellé, mais pour ces enquêteurs, le sentiment d’abandon, lui, demeure intact.
« Ce métier, on l’a choisi par passion. Mais cette passion a un coût : une vie personnelle chaotique, des risques permanents, une pression constante », témoigne un enquêteur de la BRI Nationale. Et pourtant, malgré les remerciements officiels et les hommages dans les discours ministériels, leur demande de prime reste ignorée.
« Service minimum » en guise d’avertissement
Faute de réponse concrète à leur revendication, les BRI ont décidé de passer à l’action. Depuis le 14 avril, une grève du zèle a été lancée à l’échelle nationale. Objectif : montrer, sans rompre leurs obligations, à quel point leur engagement dépasse en temps normal le cadre légal. « Les gars vont faire les horaires pour lesquels ils sont payés, soit 7h53 par jour », explique un policier de la BRI de Marseille. « Fini les coups de main de nuit ou les heures supplémentaires non comptabilisées. »
Le mouvement, très suivi à travers toutes les brigades de France, marque un tournant. Car pour ces policiers, ce qu’ils réclament, c’est bien plus qu’une somme d’argent. « Ce qu’on demande aujourd’hui, c’est une vraie reconnaissance », martèle un agent. Un sentiment partagé par Vincent Hergott, représentant national des BRI pour le syndicat Alliance : « Amra et Ferrara ? Ce n’est pas un coup de chance, c’est le travail de la BRI. Cette prime spécifique, jusqu’ici oubliée, doit voir le jour. »
Manifestation des agents de la BRI devant le siège de la Police Judiciaire (PJ) de Nanterre.
En grève du zèle depuis le 14 avril, ils dénoncent un manque de reconnaissance et une prime promise depuis 10 ans. pic.twitter.com/Dpj87xffsu
— CLPRESS / Agence de presse (@CLPRESSFR) April 16, 2025
Une promesse vieille de dix ans
Ce n’est pas une revendication nouvelle. Depuis 2015, lorsque les BRI ont été mobilisées dans la lutte antiterroriste après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, cette prime est sur la table. En vain. Un paradoxe mal vécu par ces hommes et femmes qui opèrent souvent dans l’ombre, au péril de leur vie. D’autant plus que d’autres unités, comme les policiers de la Bac, perçoivent une prime de nuit pour un engagement parfois moindre en intensité et en danger.
Un cadre des BRI résume l’amertume : « Un policier de la BRI qui traque un voyou toute la nuit n’a pas de prime, alors qu’un collègue qui monte la garde devant un commissariat en touche une. Il y a un truc qui ne va pas. »
Un ministère silencieux
Conscients de la tension, les représentants des BRI ont été reçus la semaine dernière au ministère de l’Intérieur. Mais là encore, l’issue fut frustrante. « On nous dit que notre demande est légitime, mais qu’il n’y a plus d’argent », confie un représentant. Un message d’autant plus mal perçu que d’autres services ont, eux, bénéficié d’une revalorisation récente. « Avant de partir, Gérald Darmanin a arrosé la sécurité publique de primes, mais nous a oubliés », déplore un officier.
Alors que les figures politiques, à commencer par Bruno Retailleau, encensent l’expertise des BRI et les présentent comme des piliers de la lutte contre les narcotrafiquants, aucun geste concret n’a encore été posé. Ce mardi matin, le ministère de l’Intérieur, sollicité par Le Parisien, n’a pas souhaité s’exprimer.