Évasion de Mohamed Amra : Le récit glaçant des agents survivants de l’attaque au péage d’Incarville
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLe 14 mai 2024, en moins de deux minutes, une opération d’une violence inouïe a coûté la vie à deux agents pénitentiaires et permis l’évasion spectaculaire de Mohamed Amra, alias « La Mouche ». Les trois agents survivants ont livré aux enquêteurs un témoignage poignant sur cette attaque aussi brève que meurtrière.
1 minute et 42 secondes. C’est le temps qu’il aura fallu, ce matin du 14 mai 2024, pour que l’enfer s’abatte sur le péage d’Incarville (Eure) et que le narcotrafiquant Mohamed Amra s’échappe du fourgon pénitentiaire qui le transportait. Une attaque commando fulgurante, militaire dans son exécution, qui laissera deux agents morts, deux autres grièvement blessés, et un pays sidéré.
Neuf mois plus tard, alors que tous les membres du commando ont été interpellés et qu’Amra a été retrouvé en Roumanie, les mots des survivants résonnent avec la violence crue de cette matinée tragique relate Le Parisien.
Un transport sans renfort, malgré l’alerte
Ce jour-là, cinq agents du PREJ de Caen escortent Amra, 30 ans, entre la maison d’arrêt d’Évreux et le tribunal de Rouen. Trois d’entre eux sont dans le fourgon sécurisé, les deux autres dans un véhicule d’escorte. Une semaine auparavant, le détenu, au profil jugé « sensible », avait déjà été transféré sous une surveillance renforcée. Pourquoi cette précaution n’a-t-elle pas été répétée, alors qu’il venait d’être surpris en train de scier un barreau de sa cellule ? Une question qui reste en suspens.
« On a senti qu’on n’emmenait pas le guetteur du coin », confie Nicolas, l’un des survivants. Malgré son attitude calme et sa coopération apparente, Amra reste un détenu classé niveau 3, juste en dessous des DPS (Détenus Particulièrement Surveillés).
« C’est pour Amra ! »
Après une audition éclair au tribunal de Rouen – à peine une heure de silence face au juge –, le convoi reprend la route. Il est 10h56 quand le fourgon arrive au péage d’Incarville. Damien, au volant, change de file au dernier moment pour éviter une voiture étrangère. Il est suivi de près par Nicolas, dans le véhicule d’escorte. Une Audi blanche semble calquer chacun de leurs mouvements.
Puis tout s’accélère. Un SUV sombre surgit du parking, fonce à contresens et percute violemment le fourgon. Les agents comprennent immédiatement : « C’est pour Amra ! »
« J’ai eu un moment de sidération », raconte Damien. Kalachnikov à la main, un homme cagoulé et équipé d’un gilet pare-balles sort de la voiture-bélier. Le feu nourri s’abat sur le convoi. Les agents tentent de riposter. « Le pare-brise explose. On dégaine, on fait feu », décrit Nicolas, qui pense avoir été touché à la tête. Son gilet pare-balles lui sauvera la vie.
Deux exécutions en moins de dix secondes
Pendant que les agents tentent de réagir, trois assaillants descendent de l’Audi. L’un d’eux s’approche d’Arnaud Garcia et le tue d’une balle sous l’oreille. Quelques secondes plus tard, Fabrice Moello, chef d’escorte, est abattu alors qu’il sort du fourgon. « Sa boîte crânienne a explosé », notera plus tard un rapport de police.
À l’intérieur, Arnault, l’agent au contact d’Amra, voit la scène se dérouler à travers la cabine. Amra lui demande : « Ouvre-moi, ils ne vont rien te faire. » L’agent refuse, la commande étant inaccessible. Mais il est bientôt contraint d’obtempérer sous la menace directe des malfaiteurs.
L’évasion de La Mouche
« Donne-moi les clés de menottes », exige Amra une fois dehors. L’agent obéit. Le détenu, désormais libre, grimpe dans l’Audi avec ses complices. Avant de partir, l’un des hommes tire dans la jambe d’Arnault. « Je pense que c’était pour que je n’oublie pas… mais que je reste vivant », suppose-t-il. Atteint à la fémorale, il s’effondre.
À 10h59, le commando s’évanouit dans la nature, forçant la barrière du péage. Une BMW les suit peu après. Elle était utilisée par un guetteur posté plus tôt devant le tribunal.
Un lourd tribut, des questions en suspens
Le bilan est terrible : deux morts, deux blessés, un détenu en cavale pendant 284 jours. Ce n’est que le 22 février 2025 que Mohamed Amra sera retrouvé à Bucarest, en Roumanie. Depuis, les membres du commando ont été interpellés en Espagne, en Thaïlande ou sur le sol français. Mais l’onde de choc de l’attaque reste vive.
« Je me sens chanceux. À quelques centimètres près, je prenais la balle dans la tête », souffle Nicolas. Avant d’ajouter : « Je suis triste pour mes collègues qui n’ont pas eu cette chance. »
Des questions demeurent : pourquoi le convoi n’était-il pas mieux protégé, malgré les signaux d’alerte ? Une enquête est toujours en cours. Mais pour les familles des victimes, aucun rapport ne ramènera les leurs.
🕯️ En mémoire de Fabrice Moello, 52 ans, et Arnaud Garcia, 34 ans.