« Antoine, tu seras premier de colonne » : un policier du Raid revient sur l’assaut de l’Hyper Cacher
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirDix ans après l’assaut de l’Hyper Cacher, Antoine (prénom d’emprunt), membre du Raid, revient sur cette intervention qui a marqué sa carrière. Blessé ce jour-là, il partage avec Ouest-France le récit de cette opération inoubliable et rend hommage à ses collègues et aux victimes.
Une tension préexistante : le contexte des attentats
Le 9 janvier 2015, Antoine se réveille après une journée éprouvante. Depuis les attentats contre Charlie Hebdo le 7 janvier, les forces de l’ordre sont sur le qui-vive, traquant les frères Kouachi. La veille, après 15 heures d’intervention en tenue lourde, Antoine pense pouvoir relâcher un peu la pression.
« Mon chef de groupe m’a dit de venir tranquillement au service. Le midi, on décide de manger ensemble. Puis, à 13 h 30, nos téléphones sonnent en même temps : « retour impératif, instruction ministérielle ». En quelques minutes, nous étions en route pour l’Hyper Cacher. »
Arrivée sur place : une ambiance électrique
Sur le périphérique, à proximité de la porte de Vincennes, Antoine et son équipe sont frappés par la réaction du public. « Les véhicules étaient arrêtés, les gens étaient sortis de leur voiture pour nous applaudir. J’ai encore les poils qui se hérissent en y pensant », raconte-t-il.
Sur place, les informations sont encore floues : Amedy Coulibaly est retranché avec des otages, mais le nombre précis et la présence d’un complice restent incertains. Le Raid se prépare minutieusement, vérifie l’équipement et attend l’ordre d’intervenir.
L’assaut : « Antoine, tu seras premier de colonne »
À 17 heures, l’ordre tombe : « préparez-vous, ça monte ». Antoine est désigné premier de colonne, une position cruciale. « Le premier voit tout en premier, analyse en une demi-seconde et prend souvent les tirs le premier. Il doit donner une dynamique au groupe, ni trop lente ni trop rapide », explique-t-il.
Protégeant ses collègues lors de l’ouverture du rideau métallique, Antoine aperçoit des otages, affolés, les mains sur la tête. Puis, Amedy Coulibaly surgit au fond d’une allée et tire. Antoine riposte. Deux impacts frappent son bouclier. Il se déplace pour ne pas attirer les tirs sur les otages et chute, avant de se relever instinctivement. Coulibaly s’échappe par l’entrée principale, où il est neutralisé par les tirs des forces de l’ordre.
Fin de l’opération et blessure
Une fois Coulibaly abattu, l’attention se porte sur la recherche d’éventuels complices et la mise en sécurité des otages. Plusieurs personnes sont découvertes cachées dans une chambre froide. Ce n’est qu’à la fin de l’intervention qu’Antoine réalise qu’il est blessé. « J’ai senti un coup de couteau brûlant qui rentre et sort. J’avais pris une balle sur le côté », confie-t-il.
Un devoir de mémoire
Dix ans après, Antoine voit les commémorations comme une étape importante pour le pays. « Ces événements ont marqué l’histoire. Pour la mémoire des victimes, il faut se souvenir et reconnaître le travail des forces de l’ordre, notamment celui du Raid, qui fêtera bientôt ses 40 ans. »
Malgré les risques, Antoine reste engagé. Ce jour de janvier 2015, il a vécu un tournant dans sa carrière, incarnant le courage et le professionnalisme de ceux qui protègent la France face à l’indicible.