Héros de l’ombre : le témoignage bouleversant d’une policière marquée par l’attentat de Charlie Hebdo
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirElle était l’une des premières à arriver sur les lieux de l’attentat qui a bouleversé la France le 7 janvier 2015. Policière de la brigade VTT du 11ᵉ arrondissement de Paris, elle se souvient avec précision de cette journée tragique qui a coûté la vie à son collègue Ahmed Merabet, abattu de sang-froid par les frères Kouachi.
« Il y a un avant et un après. On voit la vie différemment, on apprend à vivre avec ce stress post-traumatique », confie-t-elle a FranceInfo. Ce matin-là, elle part en intervention sans imaginer qu’un attentat terroriste vient de viser la rédaction de Charlie Hebdo. Douze personnes perdront la vie ce jour-là.
Une intervention ordinaire qui bascule
« Nous étions trois effectifs, prêts à partir avec nos VTT lorsque nous avons reçu un appel d’urgence : ’10 rue Nicolas Appert, des coups de feu’. » La brigade anti-criminalité (BAC) est sollicitée, mais la proximité des lieux pousse la brigadière et ses collègues à intervenir.
« Nous avons décidé d’y aller tranquillement, » explique-t-elle. Mais très vite, l’intervention bascule. « Deux hommes cagoulés surgissent et crient ‘Allah akbar’ en ouvrant le feu. J’ai jeté mon vélo à terre et j’ai couru pour sauver ma vie. Les balles sifflaient près de mon dos. »
Quelques instants plus tard, elle aperçoit son collègue Ahmed Merabet à terre. « Il avait du sang sur la jambe. Je lui ai dit : ‘Ahmed, ça va aller’, mais j’ai compris qu’il n’était pas bien. » Le regard vide d’Ahmed laisse peu d’espoir.
Un choc psychologique profond
Transportée à l’hôpital Georges-Pompidou, la policière apprend le décès de son collègue. « Tout s’est écroulé. On refait la scène des milliers de fois : ‘Pourquoi lui et pas moi ?’ » Ce traumatisme la hantera pendant des années.
Depuis cette journée, elle n’a plus jamais revêtu l’uniforme. « Je suis suivie par des psychiatres et psychologues depuis dix ans. J’ai dû apprendre à vivre avec des séquelles invisibles : sursauts au moindre bruit, peur des foules, irritabilité. »
Mutée dans d’autres services pour éviter le terrain, elle a finalement rejoint un service de communication. « J’avais besoin de retrouver une vie plus calme, loin des attentats. »
Le poids de la mémoire collective
Le procès des auteurs de l’attentat a été une étape difficile mais nécessaire. « C’était un soulagement. » Pourtant, la reconnaissance publique s’efface peu à peu. « J’aurais aimé que cette solidarité perdure. Les policiers sont des humains qui donnent tout, pas des machines. »
Aujourd’hui, elle partage son expérience pour rappeler l’importance de la mémoire collective et du soutien envers les forces de l’ordre, toujours en première ligne face au danger.