📰 L'actualité des forces de l'ordre
Actu Forces de l'OrdreACTU Forces de l'Ordre
Gendarmerie

Gendarmerie en souffrance : des milliers de démissions en coulisses

·La rédaction ⏱ 4 min
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenir

Des milliers de gendarmes se sont récemment rassemblés dans un groupe Facebook privé, cherchant un espace où ils peuvent partager leur mal-être au travail et s’échanger des conseils pour quitter l’institution.

« L’institution a tellement changé que je ne la reconnais plus », confie François*, ancien adjudant avec 27 ans de service, qui a quitté la gendarmerie au 1er juin 2024. Son témoignage, apprécié par plus de 300 membres du groupe « GIE : Côté démission », illustre la lassitude ressentie par de nombreux gendarmes.

Les dégradations des conditions de travail, le manque de considération de la hiérarchie et les réformes impopulaires ont créé un malaise palpable. Cette situation est devenue plus visible à travers les publications du groupe privé, qui compte près de 22 000 membres depuis sa création en janvier 2024 relate actu.fr.

Cela représente environ un cinquième des effectifs actifs de la gendarmerie. Ce groupe, administré par « Ladie Fox », est devenu un espace pour partager anonymement ses frustrations et explorer la possibilité de quitter l’institution pour une vie dans le civil. « Ce groupe fait du bien au moral, tu te sens moins seul dans tes pensées », témoigne Pierre*, un gendarme mobile qui envisage une reconversion.


Brigades en « souffrance » et surcharge de travail

C’est au sein des brigades que la souffrance est la plus marquée, selon un sondage interne au groupe. Ces unités, chargées de la surveillance des territoires et de l’accueil du public, subissent des réductions d’effectifs et une charge de travail de plus en plus importante. François*, qui a travaillé une vingtaine d’années dans des brigades rurales, raconte avoir quitté la gendarmerie bien avant l’âge prévu, épuisé par l’augmentation des tâches et le manque de ressources humaines.

Il explique que les fermetures de brigades, notamment sous la présidence Sarkozy, ont significativement aggravé la situation. Moins de gendarmes se retrouvent à couvrir des zones plus larges, parfois avec des journées de travail exténuantes, comme celle qu’il a vécue l’an dernier, mobilisé pendant 21 heures pour une rave party.

Le DGE : un « point de rupture » entre la hiérarchie et la base

Parmi les réformes les plus controversées, le dispositif de gestion des événements (DGE), introduit en 2020, est souvent cité comme une cause de frustration. Ce système, qui utilise des algorithmes pour optimiser les patrouilles, est perçu par de nombreux gendarmes comme une surcharge inutile, éloignant encore plus les troupes de leur hiérarchie. « On s’est retrouvés avec six mois de retard dans nos procédures courantes », se souvient François*, critiquant ce système qui n’a fait qu’aggraver les tensions au sein des brigades.

Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), confirme que le DGE est un « point de rupture » entre la base et la hiérarchie. Pour la hiérarchie, il s’agit d’une manière de maximiser la présence des gendarmes sur le terrain, alors que pour les gendarmes de terrain, il s’agit d’une contrainte supplémentaire qui perturbe leur rythme et alourdit inutilement leur charge de travail.

Des transformations qui génèrent de l’instabilité

Ces réformes s’inscrivent dans une dynamique plus large de transformations dans la gendarmerie, qui rend le travail de plus en plus difficile pour de nombreux gendarmes, en particulier ceux de plus de 40 ans. David Ramos, président de l’Association professionnelle nationale des militaires de la Gendarmerie du XXIe siècle (APNM GendXXI), explique que beaucoup souffrent d’épuisement professionnel ou de désenchantement. « La gendarmerie que vous avez connue à 20 ans n’est plus celle d’aujourd’hui. Les réformes, les nouvelles contraintes matérielles, et les injonctions contradictoires rendent la situation intenable pour beaucoup », déclare-t-il.

Le matériel informatique obsolète, les problèmes de logement, et une violence accrue à l’encontre des gendarmes sont autant de facteurs qui amplifient ce malaise. Les agressions contre les gendarmes ont progressé de 88 % en dix ans, atteignant 7 472 incidents en 2022, selon l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

Un avenir incertain, mais la fierté reste intacte

Malgré les difficultés, de nombreux gendarmes, comme Pierre*, refusent de « cracher sur l’institution ». Ils demeurent fiers de servir la population, bien qu’ils se sentent de plus en plus abandonnés par leur hiérarchie. François* résume son départ avec regret, évoquant un choix difficile mais nécessaire pour préserver sa santé et celle de sa famille.

Le nombre croissant de départs volontaires au sein de la gendarmerie alerte sur un possible phénomène de « grande démission ». Un sentiment amplifié par les 15 078 départs enregistrés en 2023, un chiffre record selon la Cour des comptes. Ce phénomène mérite une analyse plus approfondie, que nous poursuivrons dans le second chapitre de notre enquête.

*Les prénoms ont été modifiés

La rédaction

Actu Forces de l'Ordre suit et vérifie l'actualité de la police, de la gendarmerie, de la justice et des faits divers en France, à partir de sources officielles et de médias reconnus.

← Plus d'actualités Gendarmerie
🛡️ Espace modéré : chaque commentaire est validé manuellement avant publication. Les liens ne sont pas autorisés. Restons courtois et sans spam.

Laisser un commentaire