Agression d’une élue à Saint-Denis en décembre dernier : Le profil du commanditaire présumé interpelle…
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Un chef d’entreprise de 57 ans, soupçonné d’avoir commandité l’agression d’Oriane Filhol, adjointe au maire de Saint-Denis, a été présenté en comparution immédiate ce vendredi. Le procès a été renvoyé au 4 juin.
Sur des photos récemment publiées sur LinkedIn, on peut voir le quinquagénaire bien habillé, portant des lunettes fines et une chemise bleu ciel. Comme le relate Le Parisien, il pose avec fierté aux côtés du sous-préfet Vincent Lagoguey et de la maire (UDI) d’Aubervilliers, Karine Franclet, après la signature de six CDI grâce à son entreprise. C’est pourtant le même homme qui a comparu en comparution immédiate ce vendredi après-midi au tribunal de Bobigny.
Les autorités soupçonnent Mouloud B., appréhendé mercredi, d’être le commanditaire de l’agression d’Oriane Filhol, adjointe (DVG) au maire de Saint-Denis, le 20 décembre dernier. La victime avait été suivie à la sortie d’une réunion du conseil d’administration du bailleur social Plaine Commune Habitat (PCH), dont elle est vice-présidente, puis agressée par deux individus masqués.
Trois hommes, arrêtés puis condamnés par le tribunal correctionnel de Bobigny en janvier, ont affirmé avoir agi moyennant une somme d’argent (2 500 euros chacun) fournie par un individu surnommé “le Daron”. En face des enquêteurs, l’homme de 57 ans, identifié par les bandes de vidéosurveillance, a admis sa présence aux côtés des agresseurs cette nuit-là, mais il a nié être leur commanditaire. Demandant le report de son procès pour préparer sa défense, il a obtenu gain de cause : il sera jugé le 4 juin.
Mouloud B. a été placé sous contrôle judiciaire et a été contraint de quitter temporairement la ville de Saint-Denis, où il réside depuis plusieurs décennies. Il y est actif dans diverses activités publiques, notamment en tant que président de l’entreprise d’insertion Insertia, basée à La Plaine, et dirigeant de plusieurs autres sociétés dans les domaines de l’électricité et des réseaux électroniques. Il est également administrateur de Plaine Commune Habitat, en raison de son engagement en faveur de l’insertion.
Le profil de Mouloud B. a surpris les membres du conseil municipal de Saint-Denis, qui étaient habitués à côtoyer l’entrepreneur, connu pour son caractère aimable et chaleureux. C’est d’ailleurs Oriane Filhol elle-même qui a alerté les enquêteurs sur sa personne après l’avoir reconnu sur les images de vidéosurveillance. Elle avait eu une conversation avec lui début mars pour justifier son absence lors d’une réunion du conseil d’administration de PCH quelques heures plus tôt. “Depuis ce moment, je sais que c’est lui”, a confié l’élue à la sortie de l’audience.
Elle aurait préféré que le procès se tienne dès ce vendredi. “J’ai besoin de comprendre pourquoi il s’en est pris à moi, je veux savoir toute la vérité, continue-t-elle. Un mandat requiert toute notre énergie : nous passons notre vie à essayer d’améliorer les conditions de vie des gens, nous avons l’intérêt collectif à cœur, et ce qui m’inquiète, c’est qu’une personne qui évolue dans différents milieux soit capable d’organiser une telle opération pour contrecarrer nos efforts, pour des intérêts personnels.”
Bien que de nombreux membres du conseil municipal aient plaidé en faveur de la détention provisoire du suspect lors de l’audience, le maire (PS), Mathieu Hanotin, a tenu à saluer la réactivité des forces de l’ordre et de la justice : “Il s’est écoulé moins de six mois entre le 20 décembre et le procès de juin, et je tiens à rendre hommage aux enquêteurs qui ont accompli un travail exceptionnel.” Le maire espère également que le procès permettra de comprendre pourquoi Mouloud B. a orchestré cette agression. “Ses motivations demeurent un grand mystère. Je peux vous dire qu’avec mes équipes, nous avons cherché mais nous n’avons aucune explication plausible”, ajoute Mathieu Hanotin. “Désormais, c’est à lui de répondre de ses actes, et j’espère que cela enverra un message clair de la part de l’État, par le biais de la justice.”
Après l’adoption d’un texte à l’Assemblée en février, le Sénat a également adopté cette semaine un projet de loi visant à harmoniser les sanctions pour les auteurs de violences contre des élus avec celles commises contre des représentants de l’autorité publique.
Lors du procès de ses agresseurs en janvier, Oriane Filhol, chargée des droits des femmes, des solidarités et de l’accès aux droits, avait déclaré qu’on lui avait volé le 20 décembre “un peu de (sa) liberté de femme”, qu’elle n’a toujours pas retrouvée. “Je ne suis pas quelqu’un de craintif, je suis habituée à rentrer chez moi à n’importe quelle heure, mais depuis, je ne peux plus marcher seule le soir en ville”, témoigne-t-elle. “Je dois constamment me demander qui peut me raccompagner quand je sors tard le soir d’une réunion, etc.”
L’agression a également eu des répercussions sur son mandat : “Je suis tellement préoccupée que, pour l’instant, je n’arrive pas à être aussi concentrée qu’auparavant sur mes dossiers. Il y a aussi des moments difficiles en tant qu’élu, des réunions parfois tendues que je n’arrive pas à gérer car je ne supporte pas cette atmosphère. Depuis trois mois, je ne peux plus exercer mon mandat comme avant.” Elle n’a cependant “jam