Malaise au sein de la Police Nationale : « En trente-trois ans, je n’avais jamais vu cela »
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirQue ce soit en uniforme ou en civil, vingt-six policiers du commissariat d’Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis posent de dos avec le numéro 562 bien en évidence. Ces trois chiffres revêtent une signification spécifique au sein de la communauté des forces de l’ordre, indiquant qu’un policier est en « position d’attente-pause » dans son commissariat.
Depuis plus d’une semaine, cette pose est devenue le symbole d’un vaste mouvement de protestation. Le mécontentement a pris naissance il y a quinze jours à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, suite à la mise en détention provisoire d’un de leurs collègues pour « violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ».
Lors des émeutes urbaines dans la nuit du 1er au 2 juillet, cet agent de la BAC aurait tiré au flash-ball sur Hedi, un jeune homme de 22 ans, avant de le passer à tabac. L’incarcération de leur collègue a déclenché une vague d’indignation dans de nombreux commissariats, entraînant une série de revendications : un statut spécifique pour l’agent mis en examen, une juridiction spécialisée et l’anonymisation des procédures explique Le Parisien.
« Nous répondons uniquement aux appels de secours de la police »
Ce mécontentement s’est propagé parmi les rangs de la police en Seine-Saint-Denis. Sans fournir de chiffres précis, Sébastien Agrebi, secrétaire départemental adjoint d’Unité SGP police FO, le syndicat à l’origine de ce mouvement de « grève du zèle », estime que la mobilisation dépasse largement les 5% de protestataires recensés au niveau national. Selon lui, elle atteindrait même « plus de 10% ».
En Seine-Saint-Denis, le code 562 est appliqué à la lettre. Les agents se limitent au service minimum, plutôt que de se mettre en grève, ce qui leur est interdit. « Nous répondons uniquement aux appels de secours de la police », explique l’un d’entre eux. « Nous ne prenons plus d’initiatives. » Cela se ressent notamment dans les opérations liées aux stupéfiants, où il n’y a plus de contrôle des points de vente de drogue. En conséquence, les services judiciaires fonctionnent également au ralenti.
À cela s’ajoutent des arrêts maladie en cascade, que l’on appelle dans le jargon policier « CMO » (congé maladie ordinaire). Une véritable épidémie a frappé les effectifs. Bien que la mobilisation soit « assez homogène dans les départements d’Île-de-France », selon Angelo Bruno, secrétaire national d’Unité SGP police pour la région francilienne, certains commissariats du département de Seine-Saint-Denis (93) sont particulièrement touchés par un grand nombre d’arrêts maladie.
Ce mouvement, tant en Seine-Saint-Denis qu’en France dans son ensemble, est sans précédent. « Nous avons déjà utilisé le code 562, mais nous n’avions jamais connu de telles grèves massives par arrêts de travail », poursuit le représentant syndical. « En trente-trois ans, je n’avais jamais vu cela », confirme un « ancien » de la police.
Certaines commissariats ont été particulièrement affectés par cette mobilisation. Celui de Drancy s’est retrouvé sans brigade de nuit et sans brigade anticriminalité (BAC). « Cela a paralysé le service », confie un policier. La même situation s’est produite à Aulnay-sous-Bois. Depuis le 26 juillet, le commissariat fonctionne sans BAC, sans brigade de nuit et sans brigade territoriale de contact, avec seulement la moitié des effectifs de secours.
« 17 gardes à vue dans la nuit du 25 au 26 juillet, alors qu’habituellement cela oscille de 40 à 70 »
À Bondy, seulement deux policiers étaient présents. Il n’y avait aucune unité de maintien de l’ordre public ni de police judiciaire. Pendant le week-end, les forces de l’ordre ont continué à fonctionner au ralenti. « Dans le premier district (regroupant les commissariats de Bobigny, Les Lilas, Pantin, Bondy et Drancy), il n’y avait que deux équipages disponibles, alors qu’habituellement il y en a un par circonscription (par commissariat) », explique un agent. « La BAC, ce n’était même pas la peine d’y penser. »
Le parquet de Bobigny a rapidement ressenti l’impact de cette réduction d’activité. Éric Mathais, le procureur de la République, a enregistré « 17 gardes à vue dans la nuit du 25 au 26 juillet, alors qu’habituellement cela oscille de 40 à 70 ». « Bien que l’activité délinquantielle se soit apaisée », nuance le magistrat.
Malgré cette situation très dégradée, les forces de l’ordre ont réussi à faire face pendant cette période creuse. Depuis mardi, les commissariats ont repris un fonctionnement normal. « Mais on sent que cela peut basculer à tout moment », relève un officier. Surtout depuis l’annonce, d’hier, le policier de la BAC de Marseille a été maintenue en détention provisoire. Cette annonce pourrait donner suite à des nouveaux mouvements de protestations partout en France?