Montargis : Avec 20 collègues, ce policier est intervenu dans le centre-ville envahi par 200 émeutiers. Son témoignage glaçant
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirDans la nuit de jeudi à vendredi dernier, 200 jeunes ont envahi le centre ville de Montargis et commis plusieurs vols et dégradations. Un policier a témoigné pour raconter ce que lui et ses collègues ont vécu ce soir-là.
Une vingtaine de policiers sont intervenus cette nuit-là. Patricia Bourrez, journalistes pour France Bleu Orléans, a interviewé l’un des fonctionnaires. Celle-ci lui demande à quel moment il a réalisé que la soirée allait dégénérer ?
C’est surtout grâce aux caméras. On a vu plusieurs groupes qui se réunissaient. Au départ, on a pensé qu’ils étaient une cinquantaine et puis très vite, ils étaient plus nombreux dans la descente de la rue de la Sirène pour revenir vers le commissariat. C’est là qu’on on a réalisé qu’ils étaient beaucoup et après, tout parti très vite.
La journaliste lui demande si la foule était déjà trop nombreuse pour agir ?
C’est compliqué. Quand vous êtes une vingtaine de policiers et que vous devez gérer 15 personnes, ça se fait. On est formé pour cela. Il y a une manière de parler et d’agir. Mais, quand vous êtes contre 150 à 200 personnes qui ne veulent rien écouter, c’est difficile. Certains de nos collègues étaient déjà sortis sur le terrain en intervention. On était peu dans le commissariat. Du coup, on a fait diversion pour que le groupe ne reste pas devant le commissariat. Mais, ça va très, très vite.
Patricia Bourrez lui demande alors s’il a eu peur pour lui ou ses collègues ?
Bien sûr, j’ai eu peur. Je ne vais pas m’en cacher. On s’est retrouvé à un moment rue Dorée face à une centaine de jeunes, à moins de 20 mètres. Nous n’étions plus que 7 ou 8 policiers. Je peux dire que ma hiérarchie a été bien pensante pour faire face à cette vague de jeunes et nous ne sommes pas aller à l’affrontement. Mais, oui, j’ai eu peur, peur aussi pour mes collègues. Quand vous entendez des collègues qui appellent au secours sur la radio et que vous ne pouvez pas bouger, parce que vous êtes en protection des pompiers, ça fait peur.
Clairement, il était impossible pour vous d’intervenir et le mieux était encore de laisser faire ?
C’est malheureux à dire mais c’est aussi mon avis. Des vitres, ça se répare. Des magasins, généralement, c’est assuré. Alors, évidemment, ça me fait mal au coeur pour les commerçants qui ont été visés. Mais, il faut se dire que nous avions d’autres missions encore derrière, notamment la protection des personnes dans les immeubles en feu. On ne pouvait pas être partout.
La journaliste lui demande le profil des auteurs de ces violences à Montargis ?
Comme partout, on est sur du très jeune. Une moyenne d’âge de 16 /17 ans. Moi, j’ai vécu les émeutes de 2005 et je peux vous dire que ce n’était pas la même chose. Il y avait déjà de la violence et de la casse. Mais là, ils sont vraiment venus pour détruire, pour piller et ils avaient envie de bouffer du flic. Si un seul de nos collègues s’était retrouvé tout seul, à un moment donné, je pense qu’il aurait pris pour tout le monde.
Elle lui demande comment il explique cette haine du policier chez des gens aussi jeunes ?
Tous les jours, on se rend compte que les gens n’aiment pas la police. Mais, là, c’est vraiment de la haine. On l’a vraiment ressenti. Je pense qu’on les embête. Quand ils foutent le bazar dans un hall d’immeuble, quand ils sont sur des points deals, on arrive et on les embête. Et, là, ils ont eu la possibilité de nous faire payer de faire notre travail. Que ces jeunes soient en colère, je peux le concevoir. Mais, qu’ils fassent comme tout le monde, une manifestation dans la rue. Mais, les commerçants ont le droit d’avoir un commerce. Ils ont ruiné en quelques heures bon nombre de vies.
Comment faut-il s’y prendre pour renouer le dialogue ? Faut-il remettre de la police de proximité ?
La police de proximité, l’idée pouvait être bonne. Mais on manquait de réflexion sur la manière de faire. On avait fait appel à des adjoints de sécurité et ça ne marchait pas toujours. C’est vrai qu’aujourd’hui la police doit faire un effort pour aller au-devant des jeunes, pour discuter. Mais, je ne suis pas sûr que les jeunes acceptent de faire la moitié de la démarche.
La journaliste évoque ensuite le manque d’effectifs sur Montargis (une trentaine de postes vacants) et demande au policier si cela se serait passé différemment avec les effectifs au complet ?
Sans problème. Même avec 20 fonctionnaires de plus, on aurait pû contenir plus vite les débordements.
Depuis jeudi, le calme est un peu revenu sur Montargis et son agglomération. Comment vous sentez vous , vous et vos collègues ?
On est fatigués. Avec la pression et le stress, on est fatigués physiquement. Mais, on va tenir le plus longtemps possible et je pense qu’on y arrivera.