“Sans aucun regret” le commandant divisionnaire quitte ses fonctions après 17 ans de service à La Roche-sur-Yon
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLa Roche-sur-Yon – Après une carrière remarquable de 37 ans au sein de la police nationale, le commandant divisionnaire Patrick Deicke, numéro deux du commissariat de La Roche-sur-Yon, prend sa retraite cet été. Avec sa silhouette imposante et sa voix douce, cet homme de 59 ans laisse derrière lui une trace indélébile dans la ville vendéenne où il a exercé pendant près de deux décennies.
Issu d’une lignée de policiers, Patrick Deicke a suivi les pas de son père dès son plus jeune âge. “J’ai grandi dans cet environnement tout au long de mon enfance et, comme de nombreux enfants, ce métier m’attirait”, confie-t-il au journal Ouest-France. En janvier 1986, après son service militaire et une formation à l’école de police de Reims, il rejoint les rangs de la police en tant que gardien de la paix en région parisienne, où il servira pendant vingt ans.
“Cela a failli me faire démissionner”, avoue-t-il. Ses attentes d’un travail de terrain n’étaient pas comblées dès le début. “La Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de l’Essonne était une machine très imposante, avec de nombreuses tâches administratives et de servitudes, telles que la surveillance des gardes à vue dans les tribunaux… Cela m’a rapidement lassé.” Heureusement, son père lui a rappelé son objectif initial de devenir officier, ce qui lui a redonné confiance.
Durant cette période de servitude relativement calme, le gardien de la paix a préparé le concours d’officier de police nationale. Il est promu commandant en 2004 et, après diverses affectations, il rejoint le commissariat de La Roche-sur-Yon en 2006, devenant ainsi le bras droit du commissaire et directeur départemental de la sécurité publique de Vendée.
Au cours de ses presque deux décennies de service, le commandant Deicke a observé l’évolution de la délinquance à La Roche-sur-Yon. “Quand je suis arrivé, la situation était plus sereine qu’aujourd’hui. Le nombre de crimes a augmenté d’environ 10 %, mais leur nature a changé”, explique-t-il. Il note une hausse des trafics de stupéfiants et des actes de violence beaucoup plus graves. Malgré cela, il se sent privilégié d’avoir été affecté à La Roche plutôt qu’à une ville plus difficile comme Nantes.
Cependant, même à La Roche, la violence a progressivement affecté les policiers en intervention. “Il y a davantage de tensions, probablement liées au contexte socio-économique”, suppose Patrick Deicke. “Bien que les Vendéens conservent dans l’ensemble un respect pour l’autorité des forces de l’ordre, certains réagissent rapidement et deviennent agressifs, en particulier les plus jeunes.” Les insultes sont devenues “régulières”.
S’ajoutant à ces difficultés, les crises sociales récurrentes et les tâches administratives de plus en plus nombreuses et complexes ont compliqué la situation. “Certains collègues m’ont fait part de leur mal-être. Parfois, les enquêteurs ont l’impression de travailler pour rien”, révèle le commandant.
Aujourd’hui, la police éprouve des difficultés à recruter, en particulier pour les postes d’officiers. “Rejoindre la police demande un réel engagement. Notre disponibilité peut empiéter largement sur la vie de famille”, affirme Patrick Deicke. Selon lui, les policiers doivent faire preuve d’empathie et de modestie. “Ce n’est pas parce que nous représentons la loi qu’il faut l’imposer par la force. La pédagogie est primordiale.” Le commandant a toujours privilégié le dialogue et la prévention pour désamorcer les conflits.
Dans un contexte tendu et quelque peu décourageant, le commandant Deicke prend sa retraite “sans aucun regret”. Toutefois, il ne quitte pas complètement ses fonctions d’officier du ministère public. Il a postulé pour devenir magistrat à titre temporaire, envisageant notamment d’être assesseur lors d’audiences pénales aux côtés des juges.
Au commissariat, le commandant Deicke sera remplacé par la commandante Judicaël Vignola, actuellement en fonction à Nantes.
