Un gendarme français décoré pour sa mission périlleuse à l’ambassade de France à Kiev. Il témoigne
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirVoici l’histoire extraordinaire de Gilles, un militaire du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de Rezé, qui s’est porté volontaire pour sécuriser l’ambassade de France à Kiev pendant la période allant de mai à août 2022, en pleine guerre en Ukraine. Ayant été évacuée en février, l’ambassade venait tout juste de rouvrir ses portes. Pour sa participation à cette opération exceptionnelle, Gilles s’est vu décerner la médaille d’or de la Défense nationale.
“L’explosion a fait trembler les murs. Là, on prend conscience…” se souvient Gilles, alors qu’un engin est tombé près de l’ambassade de France. Pendant les trois mois de sa mission à Kiev, du 19 mai au 18 août 2022, Gilles a vécu “127 alertes aériennes et deux explosions”.
Âgé de 43 ans, maréchal des logis chef, gendarme au peloton de surveillance et d’intervention (Psig) de Rezé, Gilles est un habitué des opérations extérieures en tant que volontaire. À Kiev, sa mission consistait à assurer la garde et la surveillance de l’ambassade et de son personnel, dans le cadre de la garde de sécurité diplomatique temporaire. Les gendarmes étaient uniquement en faction à l’intérieur des locaux, tandis que la sécurité à l’extérieur relevait de la garde nationale ukrainienne.
Le périple pour rejoindre Kiev depuis la France, en passant par la Pologne pour récupérer des diplomates, s’est déroulé discrètement avec une escorte du GIGN. “Plus on approchait de la capitale, plus on voyait les stigmates de la guerre”, relate Gilles. L’ambassade évacuée en février 2022 a pu rouvrir ses portes en avril.
“Le travail sur place consistait également à remettre en service l’ambassade afin que toutes les fonctions de l’entité française puissent reprendre à 100%”, explique Gilles. Il a fallu réparer des équipements défectueux, remettre en état la salle de sécurité ainsi que les moyens de sécurité passive, tels que le système d’alarme, les caméras et les barbelés. De plus, l’équipe devait se préparer à une éventuelle nouvelle évacuation de l’ambassade, car la ville restait une cible. Bien qu’ils aient parfois effectué des missions de renseignement, Gilles précise qu’ils ne faisaient pas d’espionnage et ne sortaient que rarement de l’ambassade, uniquement pour faire des courses en civil.
Pendant son séjour à Kiev, l’ambassade a accueilli des personnalités prestigieuses nécessitant une sécurité renforcée, telles que le président Emmanuel Macron, la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna, Valérie Pécresse et le maire de Kiev Vitali Klitschko.
Interrogé sur le sentiment de danger dans une ville menacée par Poutine, Gilles reste discret. “Il y a eu des hauts et des bas en intensité. Quand je contactais mes proches, je ne mentionnais jamais le nom du pays. Je ne faisais aucune allusion à la situation dans mes communications par e-mail ou par téléphone”, confie-t-il. Il ne peut pas en dire davantage aujourd’hui, soucieux de ne pas trahir le secret-défense. Il souligne simplement qu’il faut toujours rester sur le qui-vive et prévoir le pire, conscient que leur mission n’était pas touristique.
Dans l’Ukraine en guerre, l’ambassade de France ressemblait davantage à un camp retranché qu’à un hôtel quatre étoiles. Gilles et ses camarades dormaient sur des lits de camp, toujours prêts à dégainer leur arme. “Il n’y avait pas de jours de repos sur place. Ce sont des missions épuisantes”, ajoute-t-il.
Cependant, Gilles aime ce qu’il fait. “Nous formions un groupe soudé et j’ai noué des liens humains avec des personnes marquées par la guerre, des Ukrainiens qui travaillaient à l’ambassade.” Avant d’être envoyé en Ukraine, Gilles avait déjà effectué des missions de protection d’ambassade en Haïti en 2020, pendant les émeutes et la guerre civile, puis de sécurisation du consulat au Kurdistan irakien en 2021, dans un contexte terroriste. Il affirme toujours faire du volontariat et rechercher l’aspect extraordinaire des opérations à l’étranger.
Le 8 mai, Gilles a été décoré de la médaille d’or de la Défense nationale, avec étoile de bronze, en reconnaissance de sa mission périlleuse à Kiev, dans un environnement sensible et dangereux. Avide d’aventure, d’inconnu et d’expériences peu ordinaires, il envisage de repartir vers d’autres pays en crise.
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