đ«đ· Le renseignement pĂ©nitentiaire ouvre ses portes pour la premiĂšre fois
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirIl y a un mois, les autoritĂ©s ont rĂ©ussi Ă stopper Ă temps un projet dâattentat fomentĂ© par deux dĂ©tenus depuis leur cellule Ă Fresnes. Des dĂ©tenus qui Ă©taient sur le point dâĂȘtre libĂ©rĂ©s. Des arrestations qui ont rappelĂ© Ă quel point la prison est un lieu stratĂ©gique dans la lutte contre le terrorisme.
Et pourtant il y a encore un an, le bureau central du renseignement pĂ©nitentiaire nâexistait pas. Les attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre ont Ă©tĂ© un Ă©lectrochoc. Le gouvernement sâest donc lancĂ©, un peu Ă marche forcĂ©e, dans la construction dâun vrai rĂ©seau structurĂ©. Depuis, le renseignement pĂ©nitentiaire a rejoint officiellement âla cour des grandsâ, en intĂ©grant âle deuxiĂšme cercle de la communautĂ© française du renseignement et en devenant un interlocuteur indispensable pour dâautres services comme la DGSI par exemple. RTL a pu rencontrer en exclusivitĂ© ces agents de lâombre.
Premier rendez-vous au Bureau Central du Renseignement pĂ©nitentiaire (BCRP) Ă Paris. Ici, on traque les Ă©vasions, on suit de trĂšs prĂšs tout ce qui est criminalitĂ© organisĂ©e. Mais ce qui occupe les agents jour et nuit, câest surtout le terrorisme islamiste.
Le renseignement pĂ©nitentiaire suit 3.000 personnes, 3.000 âciblesâ dans toute la France. Sur ces 3.000, 500 sont poursuivis ou dĂ©tenus pour des faits de terrorisme et 1.150 autres sont jugĂ©s âradicalisĂ©sâ, certains susceptibles de passer Ă lâacte.
Il y a donc urgence Ă ce quâil y ait une âcontinuitĂ©â dans la surveillance de ces personnes, avant, pendant, et aprĂšs la dĂ©tention. Ce qui nâĂ©tait pas vraiment le cas, il y a encore peu de temps reconnaĂźt la cheffe du bureau central : âAuparavant, le temps de la dĂ©tention, câĂ©tait un moment qui Ă©tait quasiment aveugle pour les services partenaires. On ne savait pas trop ce quâĂ©tait devenu lâindividu, comment il avait Ă©voluĂ© au sein de la dĂ©tention, qui il avait frĂ©quentĂ©, avec qui il avait Ă©tĂ© placĂ© en cellule, et si au moment de sa libĂ©ration, il prĂ©sentait toujours une menace ou nonâ.
DĂ©sormais, le renseignement pĂ©nitentiaire travaille donc dâĂ©gal Ă Ă©gal avec les autres services, la DGSI ou les renseignements territoriaux par exemple, pour que la prison ne soit plus un angle mort.
Câest lâun des âchantiers prioritairesâ ici, quand on sait que dans 2 ans, plus de 60% des individus condamnĂ©s depuis 2013 dans des dossiers terroristes liĂ©s aux filiĂšres djihadistes en Syrie et en Irak auront purgĂ© leur peine.
Toutes les personnes qui travaillent ici sont habilitĂ©es âsecret dĂ©fenseâ. Pour des raisons Ă©videntes de sĂ©curitĂ© nous ne pourrons pas dire leur nom. Mais leur profil en dit long sur la professionnalisation de ce service. Il y a encore deux ans, ce Bureau se rĂ©sumait Ă une seule personne. Depuis, des analystes ont Ă©tĂ© recrutĂ©s, des traducteurs arabophones, mais aussi des informaticiens : deux âanalystes veilleursâ qui travaillent en source ouverte sur les rĂ©seaux sociaux et deux âinvestigateurs numĂ©riquesâ chargĂ©s dâexplorer notamment les disques durs des dĂ©tenus. âLĂ par exemple, câest un son qui a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ© sur lâordinateur dâun dĂ©tenu. Câest lâhymne de lâĂtat islamique. Câest un indice parmi dâautres. Il faut quâon ait une multitude de signaux pour aller vers lâaccrĂ©ditation dâun niveau de radicalisationâ, explique lâun dâeux au micro de RTL.
La source dâinformation numĂ©ro 1 reste le terrain. Dans chaque prison, un surveillant est chargĂ© de collecter en secret tout ce que lui rapporte ses collĂšgues, autant de prĂ©cieux âcapteurs locauxâ. Les informations sont ensuite triĂ©es au niveau rĂ©gional, puis analysĂ©es et synthĂ©tisĂ©es.
Depuis un an, le renseignement pĂ©nitentiaire a le droit dâutiliser certaines techniques dâespionnage ultra Ă©laborĂ©es. Des agents peuvent par exemple poser discrĂštement au sein de la dĂ©tention ce quâon appelle un IMSI-catcher, un appareil capable dâaspirer toutes les donnĂ©es des tĂ©lĂ©phones portables dans un pĂ©rimĂštre donnĂ©. Mais lâĂtat major en est encore Ă Ă©valuer les besoins. Pour le moment, selon nos informations, aucune commande nâa Ă©tĂ© lancĂ©e.
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