đ«đ· Osny: Un an aprĂšs lâattentat dans la prison, les surveillants restent sur le «qui-vive»
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirIl y a un an, un dĂ©tenu radicalisĂ© de la maison dâarrĂȘt dâOsny blessait griĂšvement deux surveillants, commettant ainsi la premiĂšre attaque terroriste en milieu carcĂ©ralâŠ
Depuis un an, Cyril* ne peut sâempĂȘcher de se poser « chaque jour » la mĂȘme question. « Pourquoi pas moi ? » Pourquoi, il y a un an jour pour jour, Bilal Taghi, dĂ©tenu radicalisĂ© de la maison dâarrĂȘt dâOsny dans le Val-dâOise, a tentĂ© dâassassiner ses deux collĂšgues et non lui ? « Jâavais acquis la conviction que sâil y avait un passage Ă lâacte, je faisais une cible idĂ©ale », confie le surveillant, fort de quinze ans dâexpĂ©rience. Il sâoccupait alors du terrain de sport sur lequel, tous les mardis matin, les dĂ©tenus de lâunitĂ© dĂ©diĂ©e Ă la prĂ©vention de la radicalisation venaient sâentraĂźner. « Nous nâĂ©tions que deux pour gĂ©rer quinze dĂ©tenus, sur un terrain relativement isolĂ© et nos vieux Motorala ne captaient quâune fois sur deux. Ăa nous rendait particuliĂšrement vulnĂ©rable. »
Câest finalement dans les coursives que Bilal Taghi a mis son plan Ă exĂ©cution. Ce dimanche 4 septembre 2016, peu aprĂšs 15 heures, le djihadiste, qui venait dâĂ©coper de cinq ans de prison pour avoir tentĂ© de rallier la Syrie avec femme et enfant, plante un poinçon de 15 cm, fabriquĂ© dans sa cellule, dans le dos du surveillant venu le conduire en cour de promenade. Il lui transperce ensuite la gorge, lâarme ne passe quâĂ 2 mm de la carotide. A un second gardien venu porter secours, le terroriste assĂšne un coup au visage puis au bras. Presque « miraculeusement », tous deux ont survĂ©cu mais sont toujours en arrĂȘt maladie.
Bilal Taghi, 25 ans, a Ă©tĂ© mis en examen pour « tentative dâassassinat terroriste ». Jamais, il nâa cherchĂ© Ă minimiser son implication. Bien au contraire, audition aprĂšs audition, il assure quâil souhaitait la mort de ses victimes et promet un nouvel attentat dĂšs quâil en aura lâoccasion. Mais derriĂšre ses sorties bravaches, les enquĂȘteurs de la sous-direction antiterroriste (SDAT) cherchent Ă mettre en lumiĂšre dâĂ©ventuelles complicitĂ©s, au sein mĂȘme de lâunitĂ© dĂ©diĂ©e Ă la lutte contre la radicalisation.
A Osny, les surveillants en sont persuadĂ©s, lâattaque Ă©tait concertĂ©e et aurait dĂ» ĂȘtre beaucoup plus importante. « Lâattitude des autres dĂ©tenus, trĂšs calmes, et certains gestes enregistrĂ©s par les camĂ©ras de surveillance questionnent sur la passivitĂ© du reste du groupe », reconnaĂźt une source pĂ©nitentiaire. Comme le rĂ©vĂ©lait Le Monde, aprĂšs lâattaque, un dĂ©tenu a glissĂ© un bris de miroir sous une porte, puis tente de faire de mĂȘme avec un portable. La fouille des cellules a permis de dĂ©couvrir plusieurs tĂ©lĂ©phones mais Ă©galement un bout de bois grossiĂšrement taillĂ© ou une lame de rasoir. Mais pour lâheure, Bilal Taghi est le seul mis en examen.
« On pensait vraiment quâil Ă©tait rĂ©cupĂ©rable »
Quelques semaines aprĂšs lâattaque, le gouvernement a mis fin Ă lâexpĂ©rimentation des unitĂ©s dĂ©diĂ©es. « Il a fallu un drame pour quâon nous Ă©coute enfin, se dĂ©sole Michel, dĂ©lĂ©guĂ© CGT de la maison dâarrĂȘt. Pendant des mois, on nâa pas arrĂȘtĂ© de rĂ©pĂ©ter que ces unitĂ©s Ă©taient des bombes Ă retardement. Mettre des dĂ©tenus partageant une mĂȘme idĂ©ologie radicale ensemble, ça ne pouvait quâexploser. » La prise en charge des dĂ©tenus radicalisĂ©s est devenue, au fil des retours de Syrie, un vĂ©ritable casse-tĂȘte. Comment Ă©viter que leur idĂ©ologie ne dĂ©peigne sur des dĂ©tenus plus vulnĂ©rables ? Qui est vraiment repenti, qui joue la comĂ©die ? « Bilal Taghi, on pensait vraiment quâil Ă©tait ârĂ©cupĂ©rableâ, se souvient Cyril. Il nâĂ©tait pas agressif ni renfermĂ©. Quinze jours avant lâattaque, on lâa mĂȘme sĂ©lectionnĂ© pour participer Ă un tournoi dâUltimate [sport collectif utilisant un frisbee] avec dâautres dĂ©tenus. »
Les unitĂ©s dĂ©diĂ©es ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par des quartiers dâĂ©valuation de la radicalisation (QER). Le premier a ouvert Ă Osny en fĂ©vrier, cinq autres ont suivi. Ils sont actuellement treize dĂ©tenus dans ce quartier de la maison dâarrĂȘt du Val-dâOise. Pendant quatre mois, surveillants, psychologues, assistants sociaux Ă©valuent leur degrĂ© de dangerositĂ© avant de les dispatcher dans diffĂ©rents Ă©tablissements en fonction de ce diagnostic. « AprĂšs lâattaque dâOsny, on a arrĂȘtĂ© le regroupement de dĂ©tenus radicalisĂ©s et on sâest rendu compte que pour amĂ©liorer la prise en charge, il fallait mieux connaĂźtre le degrĂ© dâengagement violent », explique une source pĂ©nitentiaire. Elle reconnaĂźt nĂ©anmoins que le « fond de la prise en charge nâa pas Ă©tĂ© rĂ©volutionnĂ© ».
« On sait que le risque zĂ©ro nâexiste pas »
La sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© renforcĂ©e. Plus de camĂ©ras de surveillance, rĂ©novation des cellules pour quâaucun Ă©lĂ©ment ne puisse ĂȘtre dĂ©tachĂ©, portiques de dĂ©tection⊠Les effectifs ont Ă©galement Ă©tĂ© renforcĂ©s et les process revus. DĂ©sormais, pour chaque tĂąche, mĂȘme la plus basique, les surveillants sont deux voire trois. Laurent*, qui travaille Ă Osny depuis 1997, sâest portĂ© volontaire pour y ĂȘtre affectĂ©. « On a plus de responsabilitĂ©s que dans des quartiers classiques, on est en lien avec diffĂ©rentes professions », explique-t-il. Sâil ne travaille pas la « peur au ventre », lâidĂ©e dâune nouvelle agression est toujours prĂ©sente. « On sait bien que le risque zĂ©ro nâexiste pas et que les gens en face de nous ne sont pas des enfants de chĆur mais nous sommes mieux Ă©quipĂ©s, il y a plus de gradĂ©s dans lâĂ©quipe », poursuit-il.
La peur dâune « attaque anniversaire »
MalgrĂ© les prĂ©cautions prises par lâadministration pĂ©nitentiaire, lâexpĂ©rimentation des QER nâa pas Ă©tĂ© vue dâun bon Ćil par une partie du personnel. « Câest la mĂȘme chose, on a juste changĂ© le nom de lâunitĂ©, dĂ©plore le dĂ©lĂ©guĂ© CGT. On continue de mettre dans une mĂȘme aile tout ce beau monde, ils restent juste un peu moins longtemps. » Dâautant que malgrĂ© les travaux engagĂ©s, lâaile se trouve Ă cĂŽtĂ© du quartier des arrivants.
Lâanniversaire de lâattentat a fait ressurgir les souvenirs et les inquiĂ©tudes qui peu Ă peu sâĂ©taient dissipĂ©es. « On est toujours sur le qui-vive mais depuis quelques jours on redouble dâattention », assure Laurent, qui confie, comme ses collĂšgues redouter une « attaque anniversaire ». Aucune commĂ©moration nâa dâailleurs Ă©tĂ© organisĂ©e. « Câest pas vraiment un anniversaire dont on a envie de se soutenir », lĂąche Michel.
* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.
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