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đŸ‡«đŸ‡· Osny: Un an aprĂšs l’attentat dans la prison, les surveillants restent sur le «qui-vive»

·La rĂ©daction ⏱ 6 min
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Il y a un an, un dĂ©tenu radicalisĂ© de la maison d’arrĂȘt d’Osny blessait griĂšvement deux surveillants, commettant ainsi la premiĂšre attaque terroriste en milieu carcĂ©ral

Depuis un an, Cyril* ne peut s’empĂȘcher de se poser « chaque jour » la mĂȘme question. « Pourquoi pas moi ? » Pourquoi, il y a un an jour pour jour, Bilal Taghi, dĂ©tenu radicalisĂ© de la maison d’arrĂȘt d’Osny dans le Val-d’Oise, a tentĂ© d’assassiner ses deux collĂšgues et non lui ? « J’avais acquis la conviction que s’il y avait un passage Ă  l’acte, je faisais une cible idĂ©ale », confie le surveillant, fort de quinze ans d’expĂ©rience. Il s’occupait alors du terrain de sport sur lequel, tous les mardis matin, les dĂ©tenus de l’unitĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la prĂ©vention de la radicalisation venaient s’entraĂźner. « Nous n’étions que deux pour gĂ©rer quinze dĂ©tenus, sur un terrain relativement isolĂ© et nos vieux Motorala ne captaient qu’une fois sur deux. Ça nous rendait particuliĂšrement vulnĂ©rable. »
C’est finalement dans les coursives que Bilal Taghi a mis son plan Ă  exĂ©cution. Ce dimanche 4 septembre 2016, peu aprĂšs 15 heures, le djihadiste, qui venait d’écoper de cinq ans de prison pour avoir tentĂ© de rallier la Syrie avec femme et enfant, plante un poinçon de 15 cm, fabriquĂ© dans sa cellule, dans le dos du surveillant venu le conduire en cour de promenade. Il lui transperce ensuite la gorge, l’arme ne passe qu’à 2 mm de la carotide. A un second gardien venu porter secours, le terroriste assĂšne un coup au visage puis au bras. Presque « miraculeusement », tous deux ont survĂ©cu mais sont toujours en arrĂȘt maladie.
Bilal Taghi, 25 ans, a Ă©tĂ© mis en examen pour « tentative d’assassinat terroriste ». Jamais, il n’a cherchĂ© Ă  minimiser son implication. Bien au contraire, audition aprĂšs audition, il assure qu’il souhaitait la mort de ses victimes et promet un nouvel attentat dĂšs qu’il en aura l’occasion. Mais derriĂšre ses sorties bravaches, les enquĂȘteurs de la sous-direction antiterroriste (SDAT) cherchent Ă  mettre en lumiĂšre d’éventuelles complicitĂ©s, au sein mĂȘme de l’unitĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la lutte contre la radicalisation.

A Osny, les surveillants en sont persuadĂ©s, l’attaque Ă©tait concertĂ©e et aurait dĂ» ĂȘtre beaucoup plus importante. « L’attitude des autres dĂ©tenus, trĂšs calmes, et certains gestes enregistrĂ©s par les camĂ©ras de surveillance questionnent sur la passivitĂ© du reste du groupe », reconnaĂźt une source pĂ©nitentiaire. Comme le rĂ©vĂ©lait Le Monde, aprĂšs l’attaque, un dĂ©tenu a glissĂ© un bris de miroir sous une porte, puis tente de faire de mĂȘme avec un portable. La fouille des cellules a permis de dĂ©couvrir plusieurs tĂ©lĂ©phones mais Ă©galement un bout de bois grossiĂšrement taillĂ© ou une lame de rasoir. Mais pour l’heure, Bilal Taghi est le seul mis en examen.

« On pensait vraiment qu’il Ă©tait rĂ©cupĂ©rable »

Quelques semaines aprĂšs l’attaque, le gouvernement a mis fin Ă  l’expĂ©rimentation des unitĂ©s dĂ©diĂ©es. « Il a fallu un drame pour qu’on nous Ă©coute enfin, se dĂ©sole Michel, dĂ©lĂ©guĂ© CGT de la maison d’arrĂȘt. Pendant des mois, on n’a pas arrĂȘtĂ© de rĂ©pĂ©ter que ces unitĂ©s Ă©taient des bombes Ă  retardement. Mettre des dĂ©tenus partageant une mĂȘme idĂ©ologie radicale ensemble, ça ne pouvait qu’exploser. » La prise en charge des dĂ©tenus radicalisĂ©s est devenue, au fil des retours de Syrie, un vĂ©ritable casse-tĂȘte. Comment Ă©viter que leur idĂ©ologie ne dĂ©peigne sur des dĂ©tenus plus vulnĂ©rables ? Qui est vraiment repenti, qui joue la comĂ©die ? « Bilal Taghi, on pensait vraiment qu’il Ă©tait “rĂ©cupĂ©rable”, se souvient Cyril. Il n’était pas agressif ni renfermĂ©. Quinze jours avant l’attaque, on l’a mĂȘme sĂ©lectionnĂ© pour participer Ă  un tournoi d’Ultimate [sport collectif utilisant un frisbee] avec d’autres dĂ©tenus. »

Les unitĂ©s dĂ©diĂ©es ont Ă©tĂ© remplacĂ©es par des quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER). Le premier a ouvert Ă  Osny en fĂ©vrier, cinq autres ont suivi. Ils sont actuellement treize dĂ©tenus dans ce quartier de la maison d’arrĂȘt du Val-d’Oise. Pendant quatre mois, surveillants, psychologues, assistants sociaux Ă©valuent leur degrĂ© de dangerositĂ© avant de les dispatcher dans diffĂ©rents Ă©tablissements en fonction de ce diagnostic. « AprĂšs l’attaque d’Osny, on a arrĂȘtĂ© le regroupement de dĂ©tenus radicalisĂ©s et on s’est rendu compte que pour amĂ©liorer la prise en charge, il fallait mieux connaĂźtre le degrĂ© d’engagement violent », explique une source pĂ©nitentiaire. Elle reconnaĂźt nĂ©anmoins que le « fond de la prise en charge n’a pas Ă©tĂ© rĂ©volutionnĂ© ».

« On sait que le risque zĂ©ro n’existe pas »

La sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© renforcĂ©e. Plus de camĂ©ras de surveillance, rĂ©novation des cellules pour qu’aucun Ă©lĂ©ment ne puisse ĂȘtre dĂ©tachĂ©, portiques de dĂ©tection
 Les effectifs ont Ă©galement Ă©tĂ© renforcĂ©s et les process revus. DĂ©sormais, pour chaque tĂąche, mĂȘme la plus basique, les surveillants sont deux voire trois. Laurent*, qui travaille Ă  Osny depuis 1997, s’est portĂ© volontaire pour y ĂȘtre affectĂ©. « On a plus de responsabilitĂ©s que dans des quartiers classiques, on est en lien avec diffĂ©rentes professions », explique-t-il. S’il ne travaille pas la « peur au ventre », l’idĂ©e d’une nouvelle agression est toujours prĂ©sente. « On sait bien que le risque zĂ©ro n’existe pas et que les gens en face de nous ne sont pas des enfants de chƓur mais nous sommes mieux Ă©quipĂ©s, il y a plus de gradĂ©s dans l’équipe », poursuit-il.

La peur d’une « attaque anniversaire »

MalgrĂ© les prĂ©cautions prises par l’administration pĂ©nitentiaire, l’expĂ©rimentation des QER n’a pas Ă©tĂ© vue d’un bon Ɠil par une partie du personnel. « C’est la mĂȘme chose, on a juste changĂ© le nom de l’unitĂ©, dĂ©plore le dĂ©lĂ©guĂ© CGT. On continue de mettre dans une mĂȘme aile tout ce beau monde, ils restent juste un peu moins longtemps. » D’autant que malgrĂ© les travaux engagĂ©s, l’aile se trouve Ă  cĂŽtĂ© du quartier des arrivants.

L’anniversaire de l’attentat a fait ressurgir les souvenirs et les inquiĂ©tudes qui peu Ă  peu s’étaient dissipĂ©es. « On est toujours sur le qui-vive mais depuis quelques jours on redouble d’attention », assure Laurent, qui confie, comme ses collĂšgues redouter une « attaque anniversaire ». Aucune commĂ©moration n’a d’ailleurs Ă©tĂ© organisĂ©e. « C’est pas vraiment un anniversaire dont on a envie de se soutenir », lĂąche Michel.

* Les prénoms ont été changés à la demande des intéressés.
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