đ«đ· BientĂŽt un matricule pour identifier les surveillants de prison?
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirâSurveillant!â Câest ainsi que se font appeler la quasi-totalitĂ© des surveillants pĂ©nitentiaires de lâHexagone, afin de prĂ©server leur anonymat face aux dĂ©tenus. Mais dans un souci dâidentification de âchaque professionnel intervenant dans la prise en charge des personnes privĂ©es de libertĂ©â, le ContrĂŽleur gĂ©nĂ©ral des lieux de privations de libertĂ© (CGLPL) a requis, dans son rapport publiĂ© ce mercredi, que chaque surveillant porte un matricule.  Parmi les autres mesures prĂ©conisĂ©es figurent notamment une dĂ©concentration des recrutements, un renforcement de la formation sur le droit des personnes emprisonnĂ©es et une meilleure mobilitĂ© des agents.Â
Lâeffet souhaitĂ© du matricule est double: dâun cĂŽtĂ©, il pourrait servir aux dĂ©tenus car, souligne le CGLPL, il aurait âun effet prĂ©ventif de comportements non professionnelsâ des surveillants. A ce jour, ce problĂšme dâidentification est une âsource dâincomprĂ©hension pour les personnes dĂ©tenuesâ, dĂ©nonce le rapport. Dâun autre cĂŽtĂ©, lâidentitĂ© des surveillants serait couverte par ce numĂ©ro de matricule, notamment dans le cas de dĂ©pĂŽts de plaintes oĂč, pour le moment, leur nom apparaĂźt. Â
Chez les premiers concernĂ©s, les rĂ©actions sont en demi-teinte. âIl sâagit dâune mesure annexe, sans rĂ©el intĂ©rĂȘtâ, observe auprĂšs de LâExpress Philippe Abime, dĂ©lĂ©guĂ© FO aux Baumettes Ă Marseille. Il assure que les agressions de dĂ©tenus par des surveillants restent âmarginalesâ. âToutes les administrations consultĂ©es font Ă©tat dâune certaine fermetĂ© disciplinaireâ, observe pourtant le CGLPL.Â
Effectivement les dĂ©tenus ne connaissent pas nos noms, car cela fait partie de notre formation de ne pas laisser fuiter de dĂ©tails personnels sur ses collĂšgues, surtout maintenant que nous sommes devenus de rĂ©elles cibles avec le phĂ©nomĂšne de radicalisationâ, dĂ©taille le surveillant marseillais. Â
âMais si un dĂ©tenu veut nous identifier, il le peut dĂ©jĂ . Il nâa quâĂ dire oĂč il se trouvait tel jour et Ă telle heure et le nom du surveillant quâil a croisĂ© est nĂ©cessairement rĂ©pertoriĂ© dans nos fichiers informatiquesâ, explique aussi le syndicaliste. âEt puis nous sommes quasi constamment filmĂ©s alors on nous reconnait facilementâ, abonde Guillaume Pottier, dĂ©lĂ©guĂ© de lâUfap Unsa pĂ©nitentiaire Ă Lille. Â
Si Philippe Kuhn du syndicat SPS pĂ©nitentiaire Ă Paris, confesse de son cĂŽtĂ© que âcertains collĂšgues dĂ©rapentâ et que ce matricule pourrait permettre aux dĂ©tenus dâidentifier leurs agresseurs, il y voit surtout une meilleure protection pour lui et ses pairs. Â
âQuand un dĂ©tenu porte plainte contre un surveillant, ou inversement, notre nom ressort. Ătre identifiĂ© par un matricule nous permettrait dâĂȘtre protĂ©gĂ©s dans les procĂ©dures, comme câest le cas parfois pour les policiers, notamment depuis ce qui sâest passĂ© Ă Magnanvilleâ, reconnaĂźt le syndicaliste. âCe dĂ©tail empĂȘche de nombreux collĂšgues de porter plainte quand ils ont Ă©tĂ© agressĂ©sâ, souligne Philippe Kuhn. Il souffle: âPar les temps qui courent, nous sommes devenus des menaces et nous devenons de plus en plus mĂ©fiants.âÂ
Lâanonymisation des surveillants dans les procĂ©dures judiciaires, Philippe Abime des Baumettes, nây croit pas franchement. âMes collĂšgues se font dĂ©jĂ suivre dehors par des proches de dĂ©tenus avides de reprĂ©sailles: soit un avocat a diffusĂ© son nom, soit un surveillant a Ă©tĂ© pris en photo avec un smartphone au sein de la prison et son portrait a Ă©tĂ© diffusĂ© Ă lâextĂ©rieur.â
Dans la prison dâAix, par exemple, un contrat avait Ă©tĂ© passĂ© entre un dĂ©tenu et des gens de lâextĂ©rieur pour agresser une surveillanteâ, dĂ©plore le syndicaliste de FO. âSi un dĂ©tenu veut connaĂźtre notre nom, il y parviendra toujours. On est des citoyens comme tout le monde, on connait toujours quelquâun qui connaĂźt quelquâun⊠qui connaĂźt le dĂ©tenuâ, ironise Guillaume Pottier, syndicaliste dans le Nord. Pour lui, pas question de porter un matricule: âJe suis un ĂȘtre humain, pas un numĂ©ro!âÂ
LâExpress