đ«đ· Versailles : Ă la prison des femmes, la musique adoucit les murs
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirUne toile du street-artiste C215 modernise un peu lâatmosphĂšre de ce grand hall froid aux Ă©paisses portes de bois, toutes dotĂ©es dâun Ćilleton et de trois lourds verrous. Les artistes ont pris place juste devant ce mardi aprĂšs-midi, Ă cĂŽtĂ© du bureau de la surveillante et face Ă une quinzaine de dĂ©tenues de la maison dâarrĂȘt des femmes de Versailles. Une guitare sĂšche et un micro branchĂ©s sur un ampli posĂ© sur une corbeille Ă linge Ă lâenvers : depuis dix ans, « le jazz se glisse entre les barreaux et fait tomber les murs des prisons, le temps dâun concert ». Câest lâincursion en banlieue du Festival de Jazz de Saint-Germain-des-PrĂ©s et de Kicca, son artiste coup de cĆur de cette 17e Ă©dition.
Kicca et le guitariste HervĂ© Samb se lancent. La musique sâĂ©lĂšve dans le puits de lumiĂšre et baigne les coursives. Petite et menue, la chanteuse aux airs de Uma Thurman Ă©tonne par sa voix quâelle pousse aussi bien dans les graves que les aigus. Peu Ă peu, les pieds battent timidement la mesure, les Ă©paules se balancent, les tĂȘtes dodelinent. Lorsque le duo reprend des standards en anglais, en particulier sur « Hit the road, Jack ! » de Ray Charles, lâinteraction avec le public fait oublier les murs. Ou presque. « Ăa fait du bien, je me sens un peu libĂ©rĂ©e », sourit Brigitte * avant dâĂȘtre rattrapĂ©e par sa rĂ©alitĂ©. « Ăa me rend un peu triste aussi, car ça me rappelle quand je pouvais aller voir des concerts dans des pubs, passer des soirĂ©es entre amis en musique », confie dĂ©tenue de 56 ans, qui « aime mieux le jazz que le rap grossier quâon doit entendre parfois », prĂ©cise celle qui partage sa cellule avec cinq femmes de 20, 25, 46, 49 et 59 ans.
Ce mardi, parmi les dĂ©tenues assises bien droites, quatre par banc, une seule sâest levĂ©e pour danser quelques secondes. Brigitte aurait bien aimĂ© se dĂ©hancher un peu, « comme avant », mais elle « nâa pas osĂ© ». Peut-ĂȘtre pour le prochain Ă©vĂ©nement du genre. « On nâen accueille pas souvent, mais rĂ©guliĂšrement », souligne une surveillante. Des moments importants pour les dĂ©tenues pour « rester Ă la page » comme dit Brigitte, mais aussi pour le travail de rĂ©insertion qui tient aussi Ă cĆur au personnel de la maison dâarrĂȘt qui apprĂ©cie cette « petite structure, Ă taille humaine ».
« JâespĂšre quâon vous a apportĂ© un peu de bonheur et dâair frais », lance Ă la fin du concert HervĂ© Samb, « toujours touchĂ© par ces rencontres ». « Quand on sort dâici, je me pose plein de questions, assure-t-il. On a tendance Ă penser que le mal est dedans, le bien dehors alors que tout nâest pas binaire. Les gens ont souvent atterri ici aprĂšs des accidents de la vie. Ils ont une dette envers la sociĂ©tĂ©, certes. Mais ils ont aussi droit Ă ce quâon leur apporte. »
* Son prénom a été modifié
Le Parisien
