Dix ans de programme Patroller abandonnés, l’armée de Terre reconnaît un besoin initial trop ambitieux
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L’ancien chef d’état-major de l’armée de Terre Pierre Schill reconnaît, dans un compte rendu d’audition sénatoriale de mai 2026 tout juste détaillé, que l’institution avait « d’abord exprimé un besoin trop ambitieux » pour le drone tactique Patroller. Ce retour d’expérience, relaté le 3 septembre 2026 par Zone Militaire, éclaire l’abandon du programme lors de l’actualisation de la LPM 2024-2030. La conséquence opérationnelle est déjà engagée: le basculement vers le programme ADAPT et une flotte tactique plus diversifiée, capable d’évoluer plutôt que d’être figée quinze ans.
Un besoin initial jugé trop ambitieux
Le marché du système de drone tactique (SDT) avait été notifié en 2016 par la Direction générale de l’armement à Safran Electronics & Defense, pour un montant de 330 millions d’euros. La cible initiale était de quatorze Patroller, avec des premières livraisons prévues à partir de 2018. La LPM 2024-2030 avait ensuite porté cette cible à vingt-huit appareils, avant que le programme ne soit abandonné dans sa forme initiale lors de l’actualisation.
Pierre Schill, alors CEMAT (il a quitté cette fonction le 24 juillet 2026), a indiqué que Safran avait cherché à répondre à ce besoin alors que « les conditions industrielles n’étaient pas réunies ». Il a aussi estimé que le rôle de médiation de la DGA n’avait pas suffisamment rapproché l’expression de besoin de ce qui était effectivement réalisable. Zone Militaire, qui s’appuie sur le compte rendu sénatorial, précise que le programme a rencontré des difficultés techniques, dont la perte d’un appareil après la défaillance d’un calculateur de commandes de vol d’origine américaine.
Le général a néanmoins jugé que le Patroller pouvait conserver des perspectives à l’exportation. Il s’agit de son appréciation, et non d’une commande acquise.
La certification au cœur de l’échec
La principale difficulté, selon ces explications, portait sur la navigabilité et sur la certification d’un drone proche d’un petit avion, capable de voler automatiquement, y compris au-dessus de zones habitées. Le système devait pouvoir voler à 20 000 pieds pendant vingt heures et recevoir différentes charges utiles, d’après le descriptif rappelé par Zone Militaire.
À cette incertitude de certification se sont ajoutés l’apparition de technologies moins coûteuses et les retours d’expérience de la guerre en Ukraine. Ces facteurs ont contribué à l’abandon de la formule unique longtemps poursuivie. L’armée de Terre dispose désormais de plus de 5 000 drones aériens, essentiellement grâce aux petits drones et aux livraisons Delco. Cette masse ne répond toutefois pas, à elle seule, au besoin spécifique d’ISR tactique de plus grande profondeur.
ADAPT doit éviter un nouveau système figé
Le programme ADAPT doit désormais couvrir le besoin tactique futur. Un appel d’offres de la DGA a été émis en avril 2026, selon Zone Militaire. L’armée de Terre veut des moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance dans une profondeur allant jusqu’à 200 kilomètres de la zone de contact.
Pierre Schill a expliqué que l’armée ne voulait plus figer pendant quinze ans le choix d’un système unique dans un secteur technologique qui évolue rapidement. La cible annoncée reste de quarante systèmes de drones tactiques prévus par la LPM. Ils ne seront pas nécessairement tous du même type et devront rester évolutifs. Aucun lauréat, calendrier de livraison ni coût de remplacement n’est établi à ce stade.
Le mea culpa institutionnel n’est pas une reconnaissance juridique de faute. Il décrit un écart entre l’ambition initiale, les contraintes industrielles et la réalité de la certification. ADAPT en tire une leçon doctrinale: diversifier, actualiser et ne plus parier quinze ans sur un seul appareil.
Sources
https://www.opex360.com/2026/09/03/larmee-de-terre-fait-son-mea-culpa-apres-labandon-du-drone-tactique-patroller/
https://actuforcesdelordre.fr/2026/09/03/armee-terre-plus-5000-drones-aeriens/