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Pénurie de vêtements chez les policiers et gendarmes : une « catastrophe » à 300 millions d’euros

·La rédaction⏱ 3 min
Pénurie de vêtements chez les policiers et gendarmes : une « catastrophe » à 300 millions d’euros

Depuis un an, policiers et gendarmes peinent à se vêtir correctement via Uniforces, la nouvelle plateforme de commandes d’habillement des forces de l’ordre. Retards, erreurs et ruptures d’articles alimentent une crise logistique qui met en lumière les ratés d’un marché public évalué à 300 millions d’euros.

Un fiasco logistique dénoncé par les forces de l’ordre

« Bérézina », « galère sans nom », « catastrophe de A à Z »… Les critiques fusent dans les rangs des forces de l’ordre. Depuis le lancement d’Uniforces, de nombreux agents ne reçoivent plus leurs tenues d’intervention ou d’apparat dans les temps, avec des livraisons souvent incomplètes ou erronées. En juillet 2025, le commandement de région de gendarmerie de Normandie a même lancé un « appel aux dons » pour habiller ses réservistes dépourvus de tenues, selon un courriel que Enquêtes d’actu s’est procuré.

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Des témoignages accablants

Sur les réseaux sociaux, l’administratrice de plusieurs groupes Facebook de gendarmes, connue sous le pseudonyme « Ladie Fox », a recensé plus de 300 témoignages. Selon son rapport, 100 % des répondants ont rencontré des problèmes : retards de livraison dépassant six mois, commandes incomplètes, articles indisponibles malgré un affichage en stock, absence de guide des tailles, SAV inexistant.

Marc*, gendarme envoyé en renfort dans une brigade de montagne, raconte : « J’ai commandé mes rangers en janvier, pensant les recevoir avant mon second DHPP en mars. Las, je les ai toujours attendues en août. J’ai dû les recoller six fois ! »

Damien*, responsable logistique d’un escadron de gendarmes mobiles, décrit lui aussi la situation : « Les trois quarts de mes jeunes collègues arrivent sans pantalon, chemise ou veste de maintien de l’ordre. On est obligés de récupérer les tenues des départs ou retraites pour équiper les nouveaux. »

Côté police, Emmanuel Cravello, délégué syndical, déplore « des ruptures sur les tenues non feu destinées aux CRS et unités de voie publique. C’est uniquement grâce à la débrouille des collègues que les missions peuvent continuer ».

Le « sketch » du 14-Juillet

La sortie sur les Champs-Élysées du 14-Juillet a failli tourner au fiasco : 250 élèves commissaires, officiers et gardiens de la paix ont reçu leurs uniformes la veille de la cérémonie. Certains ont dû emprunter des fourragères à des collègues pour compléter leur tenue. « Cela fait trente ans que je suis dans la police, je n’ai jamais connu autant de problèmes qu’avec Uniforces », confie une source policière.

Un marché public à 300 millions d’euros mal préparé

Ces déconvenues font suite à un changement de prestataire pour le marché de l’habillement. Depuis février 2024, le groupement LEM – constitué de Leo Minor, Eminence et Marck & Balsan – a remplacé Paul Boyé Technologies, ancien fournisseur. Une transition censée durer six mois a été largement ratée : le stock de transition n’a été entièrement reçu qu’en mars 2025, entraînant des ruptures dès septembre 2024.

Le ministère de l’Intérieur reconnaît « des dysfonctionnements dans la mise en place du nouveau marché », tout en précisant que des pénalités ont été appliquées aux prestataires. Mais pour les forces de l’ordre, ces mesures ne résolvent pas les problèmes immédiats.

Des solutions en cours mais prudence côté ministère

Marck & Balsan assure avoir renforcé ses équipes et lancé toutes les productions nécessaires. Selon Laurent Marck, directeur général, « les stocks se comblent depuis juin et plusieurs millions de pièces seront livrées cet automne. Dans quelques semaines, ce marché fonctionnera normalement ».

Du côté du ministère de l’Intérieur, le retour à la normale reste toutefois « à préciser ». En attendant, policiers et gendarmes continuent de bricoler, dans l’attente d’un service qui tarde à atteindre le niveau attendu.

Prénoms modifiés

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