« Même à 18 heures, on ne se sent plus en sécurité » : à Clermont-Ferrand, l’inquiétante spirale de violences
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirClermont-Ferrand, autrefois ville paisible et tranquille, est aujourd’hui confrontée à une inquiétante montée de la violence, qui trouble profondément ses habitants. Depuis le début de l’année 2025, cinq personnes y ont perdu la vie, souvent en lien avec un trafic de drogue en pleine explosion.
À la sortie de la gare, Sandie, 43 ans, exprime son désarroi au Parisien: « Regardez ! C’est comme ça tous les jours. On est dégoûtés. » Malgré la présence régulière des forces de l’ordre, des jeunes guetteurs restent postés dans l’avenue Charras, point névralgique de la ville. Ce même quartier a été le théâtre dimanche 27 juillet d’une fusillade ayant grièvement blessé un adolescent de 17 ans, après un homicide déjà survenu en début d’année.
Joël Mathurin, préfet du Puy-de-Dôme, tire la sonnette d’alarme : « Depuis janvier, nous avons eu trois homicides, une tentative d’assassinat et une dizaine de fusillades. » Les chiffres confirment cette dégradation : 1 381 infractions liées aux stupéfiants ont été relevées à mi-2025, soit une hausse de 59 % par rapport à 2024, avec 737 interpellations et près de 100 kg de drogues saisis.
Les autorités ont mené en mars une opération majeure, démantelant un réseau de douze trafiquants considérés comme des « gros bonnets ». Mais leur disparition a provoqué une lutte féroce pour reprendre le contrôle des zones de deal, avec des règlements de comptes désormais fréquents. Vincent Dos Santos, du syndicat policier Alliance, souligne une évolution inquiétante : « Ce sont des scènes qu’on ne voyait pas à Clermont il y a encore quelques années. Avant, ça se battait à coups de poing. Aujourd’hui, c’est couteaux et armes à feu. »
Juillet a été marqué par deux rixes mortelles en huit jours, dont l’une impliquant Lucas M., 20 ans, incarcéré pour violences aggravées. Sa mère déplore la situation : « Il voulait séparer deux personnes qui se battaient. Il était au mauvais endroit, au mauvais moment. » Elle témoigne également de la dégradation de certains quartiers : « Gaillard, la gare… c’est devenu inquiétant. On se fait accoster en permanence. Ce n’est pas un environnement sain. »
Dans toute la ville, le sentiment d’insécurité grandit. Nadia, mère de deux enfants vivant en centre-ville, confie : « Même à 18 heures, on ne se sent plus en sécurité. » Les incivilités et nuisances se multiplient, redessinant un visage inquiétant pour Clermont-Ferrand. « Et maintenant, la drogue arrive même à domicile par Uber-shit », ironise un policier.
Le débat s’invite aussi dans la campagne municipale. Julien Bony (LR), probable candidat à la mairie en 2026, dénonce : « Il y a un fossé entre ce que les habitants vivent et le discours officiel. On est dans une situation de violence quasi hors de contrôle. Stop à l’angélisme ! »
Le maire sortant, Olivier Bianchi (PS), défend les mesures prises : fermeture d’épiceries de nuit, interdiction de vente d’alcool à partir de 19 heures dans certains secteurs, et renforcement des effectifs municipaux. Il plaide pour une coordination renforcée entre police, justice, bailleurs et éducation, soulignant qu’aucune ville n’échappe à ces phénomènes.
Le préfet Joël Mathurin insiste sur l’objectif de démanteler tous les points de deal : « On est passés de huit à six sites actifs. L’objectif, c’est zéro. » La nouvelle loi contre le narcotrafic permet désormais d’interdire la présence de guetteurs même sans possession de drogue, une mesure qui vise à « frapper administrativement » les trafiquants.
Clermont-Ferrand intègre depuis fin juillet le dispositif national des Villes de sécurité renforcée, aux côtés de Grenoble, Marseille ou Nantes. Ce plan doit permettre un renforcement des moyens humains et techniques pour « créer de l’insécurité chez les dealers », souligne Joël Mathurin.
Les descentes de police sont désormais quotidiennes, et une unité mobile de tranquillité veille aussi la nuit dans les logements sociaux pour décourager trafics et nuisances. Pourtant, l’impatience grandit chez les habitants, qui se font entendre notamment sur les réseaux sociaux. La page Facebook « Saccage Clermont », inspirée de « Saccage Paris », reflète cette exaspération, parfois avec des propos violents, que déplore Olivier Bianchi, qui a porté plainte.
Dans cette capitale auvergnate aux 320 000 habitants, la question reste entière : combien de morts faudra-t-il encore pour que Clermont-Ferrand retrouve son calme d’antan ?
