Sénégal : La France met fin à plus de soixante ans de présence militaire permanente

C’est un tournant historique qui se joue aujourd’hui à Dakar. L’armée française met officiellement fin à sa présence permanente au Sénégal, mettant un terme à plus de soixante ans d’implantation continue depuis l’indépendance du pays en 1960.
Les dernières installations militaires françaises, dont le camp Geille – plus grande base française dans la capitale sénégalaise – et l’escale aéronautique militaire située à l’aéroport, sont en train d’être restituées à l’État sénégalais. Une cérémonie officielle se déroule ce jeudi matin à Dakar en présence du chef d’état‑major des armées sénégalaises, le général Mbaye Cissé, et du général Pascal Ianni, commandant des forces françaises en Afrique.
Les Éléments français au Sénégal, qui comptaient encore environ 350 militaires, cessent donc définitivement leurs activités. Leur mission principale consistait à conduire des partenariats militaires opérationnels avec les forces armées sénégalaises. Depuis mars dernier, les restitutions d’emprises se succèdent, marquant un retrait progressif qui s’achève aujourd’hui.
Cette étape majeure s’inscrit dans une dynamique plus large : depuis 2022, Paris a mis fin à ses présences permanentes au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad et au Gabon, face à des contextes politiques et sécuritaires de plus en plus hostiles ou remaniés.
À Dakar, ce départ se déroule dans un climat de concertation. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, au pouvoir depuis avril 2024, revendique une rupture assumée avec les schémas hérités de la période post‑coloniale. « Le Sénégal est un pays indépendant, c’est un pays souverain, et la souveraineté ne s’accommode pas de la présence de bases militaires dans un pays souverain », déclarait-il en novembre dernier. Il insiste cependant sur sa volonté de bâtir un « partenariat rénové » avec la France, loin de toute rupture brutale.
Ce jeudi, la page se tourne officiellement. L’armée française quitte le Sénégal, symbole fort d’une nouvelle ère où Dakar entend traiter Paris « à l’égal des autres partenaires étrangers » et faire de sa politique de défense un marqueur de souveraineté retrouvée.

