DZ Mafia, clan Yoda et Mohamed Amra : premier casting pour la prison de haute sécurité de Vendin‑le‑Vieil

Les premiers détenus jugés les plus dangereux de France reçoivent, en plein cœur de l’été, leurs convocations pour intégrer le tout nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison ultrasécurisée de Vendin‑le‑Vieil.
L’administration pénitentiaire, en concertation avec les magistrats, a commencé à trier les profils : une première vague doit rejoindre les lieux d’ici la fin du mois relate Le Parisien.
Ce dispositif inédit, voulu par le ministère de la Justice pour accueillir « les 100 plus grands narcotrafiquants », vise à couper tout lien opérationnel entre les caïds et leurs réseaux extérieurs. Parmi les critères retenus : appartenance avérée à un réseau criminel, risque d’évasion ou de poursuite d’activités derrière les barreaux.
Amra, Ory, “Mareko Scarla”… les premiers noms tombent
Sans surprise, Mohamed Amra — surnommé « la Mouche » — figure sur la liste. Célèbre depuis son évasion sanglante au péage d’Incarville, il doit quitter la prison de Condé‑sur‑Sarthe sous escorte individualisée. « Il nous importe surtout de pouvoir le rencontrer en toute confidentialité, ce qui n’est pas le cas pour l’instant », regrette Me Lucas Montagnier, l’un de ses avocats.
Gabriel Ory, considéré comme l’un des chefs de la DZ Mafia, est également appelé. Mis en examen pour plusieurs meurtres, il est soupçonné d’avoir dirigé des règlements de comptes depuis sa cellule. Malgré son statut de détenu particulièrement signalé (DPS), il a récemment été surpris à plusieurs reprises en possession de téléphones.
Dans l’autre camp, celui du clan marseillais Yoda, le redouté Guy B., alias « Mareko Scarla », 22 ans, purge déjà une peine de 25 ans pour actes de torture et de barbarie. « On envisage de l’envoyer dans ce centre qui bafoue les libertés publiques, alors qu’il n’a jamais été définitivement condamné dans les affaires invoquées », s’indigne son avocate Me May Sarah Vogelhut, dénonçant l’impact sur la santé de son client.
Les avocats dénoncent “une procédure factice”
Moufide Bouchibi, longtemps considéré comme le plus gros importateur de drogue en France, fait lui aussi partie des candidats désignés. Pour son conseil, Me Raphaël Chiche, « ce transfert relève davantage du symbole ». L’avocat, également représentant d’autres détenus visés, fustige « une apparence de procédure contradictoire » :
« La loi narcotrafic entre en vigueur le 15 juin, le décret est pris le 8 juillet, la procédure démarre le 15 juillet pour des installations fin juillet. Même un référé administratif ne pourra rien empêcher », tranche-t-il.
D’autres dossiers suscitent la colère des avocats. Me Gaëlle Dumont évoque « une erreur de casting » pour un détenu ayant presque purgé sa peine, uniquement poursuivi pour une affaire de faux : « Un transfert serait aberrant. »
Un transfert qui change tout
Concrètement, les détenus visés reçoivent un document listant les critères retenus. Ils peuvent formuler des observations lors d’une audience interne, mais beaucoup de robes noires jugent ce dialogue illusoire.
« Le débat auquel nous sommes conviés sert d’alibi à une procédure contradictoire totalement factice », dénonce Me Delphine Boesel, qui s’inquiète aussi de l’éloignement des familles et des difficultés d’insertion future.
Alors que les premiers transfèrements se préparent, l’administration annonce déjà une seconde vague pour le mois d’août. Dans les couloirs des maisons d’arrêt concernées, un mot circule : à Vendin‑le‑Vieil, la rentrée se fera sous haute tension.

