Vis ma vie : pompiers et policiers échangent leurs rôles pour une journée d’immersion
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirNancy. Le temps d’une journée, policiers et pompiers troquent leurs uniformes et plongent dans le quotidien de l’autre. Une immersion au cœur des interventions d’urgence qui vise à renforcer la coopération entre les forces de l’ordre et les soldats du feu.
Première à voir le jour, cette initiative inédite est désormais officielle grâce à la signature d’une convention entre le SDIS 54 et la Direction Interdépartementale de la Police Nationale (DIPN 54). Chaque jeudi, un policier et un pompier échangent leur quotidien pour découvrir l’envers du décor relate l’Est-Républicain.
Le lieutenant de police Loïc Doublier, l’un des premiers participants, se souvient avec le sourire de son baptême du feu : « J’avais passé la première barre avec prudence, la seconde un peu plus vite… et je me suis brûlé la peau sur la rampe. » Une anecdote révélatrice des spécificités du métier de pompier.
Ce jeudi, c’est au tour du major Pierrat de s’immerger dans le quotidien des soldats du feu de la caserne des Deux-Rives. Trois interventions marquent sa matinée, dont une montée sur la grande échelle, sous l’œil attentif du caporal-chef Garet et du sapeur Raboteau. « C’est une matinée tranquille », relativisent ses accompagnateurs, habitués à des situations bien plus critiques. Pas d’ivresse publique à signaler pour pimenter cette première demi-journée, un type d’intervention que policiers et pompiers gèrent souvent ensemble : « Si la personne tient debout, c’est pour la police. Sinon, c’est pour les pompiers. Mais cela dépend aussi des équipes disponibles sur le terrain », explique le major Pierrat, conscient des « patates chaudes » partagées par les deux services.
Car au quotidien, ces femmes et ces hommes de l’État agissent de concert, souvent sans bien connaître les contraintes et les réalités de l’autre. Pour Frédéric Laissy, directeur interdépartemental de la Police nationale, ces journées d’immersion sont précieuses : « Il peut y avoir des malentendus, au bureau comme sur le terrain. Plutôt que de donner des consignes descendantes, on a préféré organiser ces échanges. Ce n’est peut-être qu’une goutte d’eau, mais on mise sur le bouche-à-oreille pour améliorer la compréhension mutuelle. » Une vision partagée par Jean-Philippe Gueugneau, responsable du SDIS 54, également signataire de la convention.
Pour l’instant, l’expérience concerne les chefs d’agrès des 80 pompiers de la caserne des Deux-Rives et les 130 agents de police secours du département. Mais déjà, les signataires imaginent élargir l’initiative à d’autres casernes ou même aux opérateurs du « 18 » et du « 17 ».
Les premiers retours confirment l’intérêt de l’expérience. Sous l’uniforme de pompier, les stagiaires se sentent sauveteurs ; sous celui de policier, le rôle bascule vers celui de gardien de l’ordre. Paul, chef ambulance au SDIS, souligne aussi les différences administratives : « Nos rapports d’intervention prennent 30 minutes et se font sur tablette. En police, c’est plus lourd : il faut retourner au poste, rédiger un procès-verbal, remplir une main courante, gérer la garde à vue… »
Au-delà des uniformes, chacun découvre ainsi les exigences, les limites et les réalités de l’autre. Une immersion qui, à coup sûr, laissera des traces durables dans les esprits… et sur les rampes des pompiers.
