Esclavage moderne dans le métro parisien : Un réseau bosnien démantelé. Des enfants esclaves forcés de voler dans le métro
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirC’est un nouveau coup de filet retentissant dans le monde souterrain des réseaux criminels parisiens. Treize personnes, appartenant à des clans bosniens organisés, ont été interpellées et mises en examen à Paris pour « traite des êtres humains, association de malfaiteurs et blanchiment ».
Derrière ce réseau, une réalité glaçante : des enfants réduits en esclavage, contraints de voler quotidiennement dans le métro sous peine de violences relate Le Parisien.
Depuis près d’un an, une vingtaine d’adolescents, âgés de 12 à 17 ans, étaient exploités par cette organisation, essentiellement sur les lignes 1 et 9 du métro parisien, prisées des touristes. Chaque jour, ils devaient rapporter un butin conséquent sous peine de dormir dans la rue ou de subir des passages à tabac. Les victimes de ce trafic, garçons et filles, agissaient toujours en binôme, maîtrisant à la perfection l’art du vol à la tire sans recourir à la violence.
Des vols à grande échelle
L’affaire débute en août 2024, lorsque les forces de l’ordre constatent une recrudescence des vols dans les stations situées autour des Champs-Élysées, du Palais-Royal à la place de l’Étoile. Très vite, les enquêteurs identifient une organisation structurée, pilotée principalement par des femmes.
Parmi elles, Monica, 21 ans, joue un rôle central : issue elle-même d’une fratrie de voleurs, elle coordonne les opérations, harcèle sa sœur adolescente pour qu’elle vole davantage et récupère les recettes du jour. Selon le parquet, sa mère, bénéficiaire d’allocations sociales en France, avait accumulé 44 000 euros sur ses comptes.
« Certaines femmes pouvaient engranger jusqu’à 5 000 euros par mois grâce aux vols commis par les enfants », indique une source proche du dossier. Au total, 136 vols ont été imputés à ce réseau, pour un butin estimé à environ 500 000 euros. Une partie de l’argent était acheminée en Bosnie-Herzégovine par voie routière ou aérienne, ainsi que par mandats Western Union.
Un système clanique verrouillé
Les forces de l’ordre ont mis des mois à démanteler le réseau, en recourant à la surveillance téléphonique et vidéo. Deux familles principales en seraient les chefs d’orchestre. « Il s’agit d’un véritable réseau familial, où les femmes jouent un rôle de contrôle et de direction des enfants », précise un enquêteur. Lors des interpellations, certaines femmes enceintes ont été arrêtées, soulevant la question des futures conditions de vie des enfants à naître.
Pour les avocats de la défense, ces femmes sont aussi des victimes d’un système clanique toxique. « Ma cliente a quitté l’école en CM2 et vit dans la rue depuis l’âge de 12 ans. Peut-on vraiment lui imputer l’entière responsabilité ? » s’interroge Me Reda Ghilaci. Son confrère Me Maxence Gallo plaide, lui, pour une réponse sociale : « Les victimes d’aujourd’hui sont les victimes d’hier. Tant qu’on ne s’attaque pas à la racine sociale du problème, ce système perdurera. »
Une fuite vers l’Autriche avortée
Samedi 14 juin, la brigade de protection des mineurs a mené une vaste opération simultanée à l’aéroport de Beauvais, en Gironde, en Indre-et-Loire et à Ivry-sur-Seine. Certains membres du clan s’apprêtaient à fuir vers l’Autriche pour échapper à la pression policière croissante. Lors des perquisitions, 30 000 euros en espèces ont été saisis.
Une seconde vague d’arrestations a eu lieu le 17 juin à Marseille et Bondy. En parallèle, deux chefs de clan ont été placés en garde à vue en Bosnie-Herzégovine. Certains des suspects sont déjà connus pour des faits similaires en France, en Belgique et en Allemagne.
Les mineurs sous protection… éphémère
Placés dans des foyers de l’aide sociale à l’enfance, les enfants victimes du réseau ont rapidement tenté de s’échapper, parfois récupérés par leurs aînés dès la sortie des établissements. « C’est malheureusement un scénario fréquent dans ce genre d’affaires », déplore un policier.
L’enquête, désormais entre les mains de trois juges d’instruction, vise à démanteler totalement ce réseau tentaculaire. « Neutraliser le gang, oui, mais surtout protéger durablement ces adolescents des chefs de clans tyranniques et violents qui les exploitent », conclut une source judiciaire.
