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Des anciens du 8e RPIMa portent plainte contre l’armée : Un climat toxique les ayant conduits au bord du suicide et du meurtre

·La rédaction⏱ 4 min
Des anciens du 8e RPIMa portent plainte contre l’armée : Un climat toxique les ayant conduits au bord du suicide et du meurtre

Ils rêvaient de servir la France, ils en sont sortis brisés. Quatre anciens militaires du prestigieux 8e régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMa), basé à Castres, ont décidé de briser l’omerta. Dans une démarche inédite, ces jeunes hommes, âgés d’une vingtaine d’années, ont porté plainte contre leur hiérarchie et le ministère des Armées. Les accusations sont graves : violences volontaires, harcèlement moral, menaces, mise en danger de la vie d’autrui et provocation au suicide.

Un témoignage-choc, comme un cri d’alerte lancé contre ce qu’ils décrivent comme un système déshumanisant et destructeur, au cœur d’un des corps les plus respectés de l’armée française.

De la vocation au désespoir

Clovis Tritto, 27 ans, diplômé en biologie, n’avait jamais envisagé une autre voie que celle de l’armée. Comme ses trois camarades plaignants, il s’était engagé avec passion dans le « Grand 8 », ce régiment d’élite régulièrement déployé en opérations extérieures. Comme le relate Le Parisien, quatre ans plus tard, il est en arrêt maladie pour dépression, rongé par une expérience militaire qui a viré au cauchemar. « Je voulais intégrer les forces spéciales. Aujourd’hui, je lutte pour rester debout. »

Les récits concordants des quatre plaignants, corroborés par une vingtaine de témoignages anonymes, dressent le portrait d’un climat délétère, marqué par des pratiques humiliantes, des violences psychologiques répétées, une culture viriliste toxique, et une totale impunité.

Le bouc émissaire du régiment

Dès ses premiers jours, Clovis Tritto devient la cible de cadres qui préfèrent l’humiliation à l’encadrement. Privations, insultes, tâches dégradantes, exclusion sociale… Tout est mis en œuvre pour le briser. Un camarade résume : « Clovis était traité comme une larve. On voulait qu’il échoue dans la douleur. »

Un régime de terreur dénoncé à l’unisson : ostracisation systématique des soldats jugés « faibles », encouragements explicites à la violence entre militaires, falsification des évaluations, racisme ordinaire, et moqueries homophobes. L’objectif : éliminer ceux qui ne rentrent pas dans le moule.

Derrière les murs, l’alcool, la drogue et la haine

Les soirées arrosées du régiment, surnommées les « jeudredi », virent fréquemment au défouloir : alcool, cocaïne, humiliations publiques. « Un vrai para, c’est quelqu’un qui boit, fume et baise », entend-on. Les abstinents, comme Clovis Tritto ou Alexis Semedo, sont affectés à la « popote », bar clandestin improvisé où ils servent d’hommes à tout faire.

En mission en Roumanie, au moment de l’invasion de l’Ukraine, les humiliations s’intensifient : ordres absurdes, harcèlement sexuel déguisé en « blagues », menaces physiques. Un soir, un adjudant ivre contraint plusieurs soldats à s’agenouiller pour lui sucer le téton, au cri de « Tête ! Tête ton père ! ».

Un pas du gouffre

Pour Alexis Semedo, l’épreuve devient insoutenable. Un an après avoir été menacé de mort par un supérieur — « Ta sœur, je la viole. Toi, je t’égorge comme une merde » —, il tente de se suicider dans une forêt roumaine. Secouru in extremis, il est ensuite frappé par un cadre de 120 kg, une gifle qui lui laisse des séquelles auditives permanentes.

À son retour, il est moqué, surnommé « Doliprane ». Harcelé en ligne, pneus crevés, il est accusé de désertion pour ne pas avoir reçu un courrier retenu par le régiment. « J’ai dû rembourser plus de 10 000 euros, alors que j’étais en dépression », témoigne-t-il.

Un système qui broie les hommes

L’exemple de Clovis Tritto est tout aussi glaçant : un passage à tabac enregistré, où l’on entend un supérieur hurler : « On va t’exploser la mâchoire. T’as aucun témoin (…) la justice, je lui chie dessus ! » étranglement, suffocation, silence radio de l’institution.

Sur sa promotion, il affirme que deux tiers des engagés ont quitté l’armée, un quart souffre de troubles psychologiques sévères.

La parole se libère

« Ces jeunes hommes font preuve d’un courage inouï », déclare leur avocat, Me Thibault Laforcade, qui a adressé une lettre ouverte au ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Pour lui, il ne s’agit pas de cas isolés mais d’un système militaire qui sacrifie des générations de soldats.

L’armée se défend

Contacté, l’état-major de l’armée de terre assure :

« L’institution ne cautionne aucune de ces dérives. Notre politique est la tolérance zéro. Tout signalement fait l’objet d’enquêtes et de sanctions s’il est avéré. »

Mais les plaignants, eux, affirment que rien n’a été fait, malgré des alertes internes. Aujourd’hui, ils réclament justice, pour eux et pour ceux qui, dans l’ombre, n’ont pas survécu à ce silence.

La rédaction

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