Lutte contre la drogue : Gérald Darmanin généralise la confiscation des téléphones portables des consommateurs
Ajoutez Actu FDO en favori pour nous soutenirLe ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé ce jeudi la généralisation d’une mesure jusqu’ici expérimentée à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) : la saisie et la confiscation des téléphones portables des consommateurs de stupéfiants. Objectif affiché : frapper fort contre la demande, jugée aussi problématique que l’offre.
« Je vais donner une instruction, une circulaire cet après-midi à tous les procureurs de la République de France », a déclaré le ministre sur franceinfo. « Les consommateurs et les vendeurs de drogue, lorsqu’ils seront attrapés, non seulement paieront l’amende forfaitaire, mais se verront aussi saisir leur téléphone portable. »
Un outil devenu central dans le trafic
Cette décision s’inscrit dans une volonté de s’attaquer à ce que le procureur de la République de Bayonne, Jérôme Bourrier, a qualifié de « ubérisation du trafic de drogue ». Des messageries cryptées comme WhatsApp, Telegram ou Signal sont de plus en plus utilisées pour organiser des livraisons, à la manière des plateformes de VTC. « Ubershit », « Ubercoke » : ces termes désignent un nouveau modèle de distribution devenu majoritaire, selon les autorités.
Le lieutenant-colonel de gendarmerie Charles Abadie confirmait déjà en mars que cette tendance s’est accentuée depuis la pandémie, avec des « livreurs de drogue » opérant à domicile, souvent payés à la course.
Un levier dissuasif et symbolique
Pour Gérald Darmanin, cette confiscation repose sur un arsenal juridique existant, autorisant déjà la saisie d’objets liés à des délits, qu’il s’agisse de véhicules, d’argent liquide ou de téléphones. Il souligne que cette réponse peut s’avérer « parfois plus dissuasive qu’une poursuite judiciaire ». La confiscation des téléphones sera possible « avant même la condamnation », a-t-il précisé.
Le procureur Bourrier, à l’origine de l’expérimentation bayonnaise, insiste sur la portée « dissuasive » et « symbolique forte » de la mesure, notamment auprès des jeunes usagers. « Il n’y a pas d’offre sans demande », rappelle-t-il, appelant à « assumer une répression accrue » envers les consommateurs.
Des modalités déjà bien rodées
À Bayonne, la mesure est déjà mise en œuvre de manière systématique lorsque l’enquête établit que le téléphone a servi à entrer en contact avec le vendeur. La confiscation peut intervenir dans différents cadres : mesures alternatives, ordonnances pénales ou jugements devant les juridictions.
Avec cette extension à l’échelle nationale, Gérald Darmanin entend envoyer un signal fort : la lutte contre la drogue passe désormais aussi par la technologie, et les consommateurs ne seront plus à l’abri d’une réponse pénale concrète.